Retour

Cinq ans après Fukushima, le Japon incapable de sortir du nucléaire

Dans la foulée de la tragédie de la centrale nucléaire de Fukushima, survenue le 11 mars 2011, les autorités japonaises avaient promis de sortir le pays du nucléaire pour embrasser les énergies propres.  La tâche s'est cependant avérée jusqu'ici impossible pour ce pays énergivore. À un point tel qu'après avoir pallié la fermeture de ses centrales nucléaires par l'achat accru d'énergies fossiles, il s'est finalement décidé à renouer avec ce à quoi il voulait tourner le dos.

Un texte de Étienne Leblanc, reporter spécialisé en environnement

Il y a cinq ans, du jour au lendemain, les 54 réacteurs nucléaires de l'archipel étaient fermés. Le Japon promettait alors de mettre en oeuvre le plan de développement d'énergies renouvelables le plus ambitieux au monde. Solaire, éolien, hydro-électricité, géothermie : le pays allait devenir le centre du monde de l'énergie propre.

Seulement, avec l'arrêt de ses réacteurs, le Japon devenait, de fait, presque entièrement dépendant de ses voisins pour l'approvisionnement énergétique. L'offre se limitait aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), dont les prix étaient beaucoup plus élevés qu'aujourd'hui.

« Quand on a commencé à remplacer la capacité nucléaire par l'importation d'autres types d'énergies, les factures des consommateurs se sont mises à augmenter », dit Carole Mathieu, experte de la politique énergétique du Japon à l'Institut français des relations internationales (IFRI).

Résultat : le Japon a rapidement changé son fusil d'épaule.

Au service de la croissance économique

Le grand changement s'est opéré en décembre 2012, alors que le Japon portait au pouvoir Shinzo Abe, un conservateur qui a mis au sommet de ses priorités la croissance économique.

À peine 18 mois après la tragédie de Fukushima, il enterre pour de bon l'engagement de sortir le pays du nucléaire.

Était-on allé trop loin en faisant une telle promesse?

« Non », dit Carole Mathieu de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

Sauf que la mise à l'arrêt de toute la capacité nucléaire du pays avait grandement plombé l'économie japonaise. Du jour au lendemain, le Japon avait perdu le tiers de son approvisionnement énergétique. Pour la quatrième économie au monde, très énergivore, le coup était trop difficile à encaisser.

« Le message [du gouvernement], surtout depuis 2014, est que le Japon ne peut se passer du nucléaire », dit Carole Mathieu.

Les centrales nucléaires passées au crible

Après Fukushima, le Japon a entrepris le plus vaste programme d'inspection de centrales nucléaires sur la planète. Tous les réacteurs ont été passés au peigne fin. Chaque opérateur de centrale a été sommé de moderniser ses infrastructures pour faire face aux séismes et aux tsunamis et mettre en place un plan d'évacuation éprouvé en cas de catastrophe.

À la suite de cette vaste inspection, le gouvernement Abe a tranché : des 54 réacteurs existants, 43 ont été jugés aptes à être relancés. Ce qui fut enclenché le 11 août 2015, à la centrale de Sendai, située dans le sud du pays, sur l'île de Kyushu.

Quatre ans après la tragédie, le premier réacteur nucléaire de l'archipel nippon a ainsi été redémarré, malgré une forte contestation populaire.

« Le Japon dit qu'il a les standards les plus stricts qui existent au monde, mais c'est très difficile de juger si c'est la garantie ultime contre un risque d'accident », dit Carole Mathieur, de l'IFRI. « Mais ce qui est clair, c'est qu'il y a de nouvelles règles du jeu, et que les centrales qui redémarrent, elles respectent vraiment ces règles du jeu », dit-elle.

L'opposition populaire

L'opposition citoyenne à la relance du nucléaire est cependant très forte. Le 9 mars dernier, un tribunal japonais a répondu à une action en justice intentée par des résidents de la préfecture de Shiga, au nord-est de Kyoto.

La cour a ordonné l'arrêt de deux réacteurs à peine relancés, qui avaient obtenu le feu vert des autorités, en appuyant son jugement sur les leçons tirées de la tragédie de Fukushima.

De fait, la population est déchirée.

« Une partie craint la relance nucléaire et s'y oppose fortement. Mais en même temps, depuis Fukushima, la facture d'électricité des Japonais a augmenté de 30 % », dit Carole Mathieu.

Climat : le Japon revient aux énergies fossiles

Le Japon importe aujourd'hui la vaste majorité de son énergie, et les combustibles fossiles sont à l'honneur. Le gaz naturel occupe le haut du pavé, composant 45 % de la consommation énergétique.  La totalité est importée par bateau, puisque le Japon n'est relié par aucun gazoduc digne de ce nom.

Le charbon, aussi importé, compte pour 30 % de l'énergie japonaise. Le Japon compte beaucoup sur ce combustible fossile, dont les importations sont en constante croissance depuis 2012.

Le pétrole ferme la marche des énergies importées, comptant pour environ 15 % du total.

« Le Japon est un des derniers pays industrialisés à toujours exploiter des centrales électriques au pétrole, ou au mazout si vous préférez ! C'est une très vieille technologie », dit Carole Mathieu de l'IFRI.

La part des énergies renouvelables stagne à environ 10 %.

« La facture du renouvelable est trop élevée pour les consommateurs, et la connexion des unités renouvelables avec le reste du réseau s'avère très compliquée », souligne-t-elle.

Climat : le Japon, un mauvais joueur

Cette utilisation massive des énergies fossiles place le Japon dans une très mauvaise position en ce qui a trait à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le Japon a promis de réduire ses émissions de GES de 26 % d'ici à 2030, par rapport au niveau de 2013.  Cette cible ne sera probablement pas atteinte.  Pas à l'interne, du moins. Car le Japon a décidé de se tourner vers l'étranger pour améliorer son bilan carbone. Il fait un usage massif des crédits de carbone sur les marchés internationaux.

Sortir du nucléaire?

Plusieurs pays, dont l'Allemagne, l'Italie et la Suède, ont promis de sortir du nucléaire, à l'instar du Japon. Est-ce possible? « Peut-être », conclut Carole Mathieu. Mais ce sera très, très long ».

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine