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Cinq ans plus tard, le regard de quatre acteurs de la révolution tunisienne

En Tunisie, la désillusion et l'inquiétude gagnent la population, cinq ans après la révolution qui a provoqué la chute de la dictature du président Ben Ali. Les meneurs de cette révolte constatent que les gains de libertés sont fragiles et que la situation économique freine les revendications de justice sociale.

Un reportage de notre envoyé spécial en Tunisie Sylvain Desjardins

Le cinquième anniversaire de la révolution du Jasmin a été assombri par la mort d'un jeune chômeur et les émeutes qui ont suivi, à Kasserine, dans le centre du pays.

Les blogueurs et militants des droits de la personne que nous avons rencontrés en Tunisie n'ont malheureusement pas été surpris. D'abord, ils disent à la blague que c'est toujours en janvier que se produisent les événements importants dans le pays. Mais ils conviennent surtout que, si la révolution a bel et bien permis de faire tomber la censure et de libérer la parole dans le pays, elle n'a pas encore permis d'offrir une plus grande justice sociale.

Les changements politiques ont dominé les débats au cours des dernières années. Le pays s'est doté d'une constitution digne des sociétés les plus démocratiques. Quatre élections ont été organisées et tenues sans violence en cinq ans. Mais les réformes économiques se font toujours attendre. Et les populations enclavées dans le centre du pays comme celle de Kasserine vivent toujours dans une pauvreté extrême. Ce qui fait dire à nos quatre observateurs que les acquis de cette révolution sont décevants, ténus et...fragiles.

« Presque tout » a changé

Haythem Mekki est un journaliste et chroniqueur très en vue à la radio et à la télévision tunisienne. Il livre ses éditoriaux politiques au quotidien dans l'émission la plus écoutée en Tunisie, le Midi show, sur les ondes de Mosaïque FM, à Tunis. Il fait partie de ce groupe de jeunes blogueurs sans le sou qui ont fait basculer le régime Ben Ali en 2011.

Pour lui, la révolution devait servir à briser la censure, mais surtout à apporter une forme de justice sociale. Ce n'est pas encore le cas. Il apprécie par contre la liberté de parole dont il peut désormais profiter. C'est même devenu son métier.

Des acquis fragiles

Radhia Nasraoui est avocate et militante des droits de la personne de la première heure. Elle a défendu avec succès des centaines de prisonniers politiques, dont son mari, le chef du parti de gauche et candidat présidentiel en 2014, Hamma Hammami.

À son grand désespoir, elle constate qu'il y a encore de la torture dans les prisons et les postes de police de Tunisie. Elle est fortement critiquée par de nombreux Tunisiens ces derniers temps parce qu'elle milite pour le respect des droits individuels des personnes accusées de terrorisme, au même titre que n'importe quel autre citoyen. Pour elle, la révolution n'est pas terminée.

L'utopie de la révolution

Nous avions rencontré Sofien Belhaj dans les jours qui ont suivi le départ du président Ben Ali, en 2011. Il faisait lui aussi partie de ce petit groupe de militants politiques, actifs sur Internet, qui diffusait les informations interdites et narguait la police et les services secrets du régime. Il était particulièrement heureux d'avoir participé au renversement du dictateur qui l'avait fait emprisonner.

Aujourd'hui, il est amer. Il dit que ce sont toujours les mêmes élites qui contrôlent les leviers de l'économie et que les dirigeants politiques vieillissants n'ont aucune compréhension des besoins de la jeunesse tunisienne. Pour lui, la révolution est devenue une sorte d'utopie.

Liberté retrouvée

Skander Ben Hamda est mieux connu en Tunisie sous le pseudonyme de Bullet Skan. Il n'avait que 16 ans lors de la révolution. Et pourtant, il était l'un des plus farouches activistes anti-Ben Ali. Il était au centre des campagnes de mobilisation dans les mois qui ont précédé la chute du régime, ce qui lui a valu de passer quelques jours dans les geôles tunisiennes avec ses collègues et amis adultes.

Autodidacte brillant, il dirige aujourd'hui, à 21 ans, une petite entreprise de gestion de crise et de communications qui compte parmi ses clients quelques géants du monde des affaires de France.

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