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Cinq militaires suspendus pour avoir perturbé une manifestation à Halifax

Les membres des Forces armées canadiennes qui ont perturbé une manifestation de militants autochtones à Halifax sont suspendus pour la durée d'une enquête sur leurs gestes.

Le chef d’état-major de la Défense nationale, le général Jonathan Vance, en a fait l’annonce mardi soir.

« Nous sommes les protecteurs de la nation, et les membres des forces qui n’acceptent pas ce mandat en subiront les conséquences, dont leur possible exclusion », a précisé le général Vance dans une déclaration.

Samedi, des membres des Premières Nations et d’autres militants ont organisé une manifestation près de la statue d’Edward Cornwallis, au centre-ville d’Halifax. Ils disent qu’ils ont choisi ce monument parce qu’il symbolise la persécution systématique des peuples autochtones.

Cinq militaires, qui n’étaient pas en service, ont perturbé l’événement.

Edward Cornwallis, un ancien gouverneur de la Nouvelle-Écosse, a fondé Halifax en 1749. Cette même année, il a offert une récompense à quiconque lui apportait un scalp de Micmac.

Le débat fait rage en Nouvelle-Écosse sur la place que devrait occuper le nom de Cornwallis dans l’espace public.

Des attentes élevées

« Ce qui s’est passé à Halifax en fin de semaine est déplorable et je peux assurer les Canadiens que l’état-major prend ce dossier au sérieux », dit Jonathan Vance. « Les membres des Forces armées impliqués dans ces événements sont suspendus de leur entraînement et de leurs tâches pendant que nous faisons une enquête et révisons les circonstances de leurs gestes. Leur avenir est certainement remis en question. »

Le général présente d’ailleurs ses excuses aux peuples autochtones pour le comportement de quelques personnes. « Je m’attends à mieux de leur part », dit-il.

Réaction du ministre

Le ministre de la Défense nationale condamne aussi les gestes des cinq militaires. Il dit que les membres des forces qui expriment leur intolérance, qu’ils portent un uniforme ou non, en subiront les conséquences.

« Je veux vous assurer que ce genre de comportement ne sera pas toléré dans les Forces armées canadiennes et au ministère de la Défense nationale », a écrit Harjit Sajjan sur Facebook, mardi soir.

Il dit que le Service national des enquêtes des Forces canadiennes enquête sur l’incident.

Confrontation

Les cinq militaires ont interrompu la manifestation au moment où une des militantes, la chef Grizzly Mamma, se rasait la tête en guise de symbole de la persécution des Premières Nations.

Les hommes portaient tous une chemise de golf noire et l’un d’entre eux portait un drapeau Red Ensign, l’ancien drapeau canadien arborant l’Union Jack britannique. L’homme au drapeau aurait dit aux manifestants qu’ils manquaient de respect envers le général Cornwallis.

L’échange a duré une dizaine de minutes.

Un de ces militaires, selon toute vraisemblance Dave Eldridge, a déclaré à CBC News qu’il faisait partie du groupe Proud Boys. La page Facebook de la section canadienne des Proud Boys affirme qu’ils sont « une organisation fraternelle de chauvinistes occidentaux qui ne présenteront pas d’excuses pour avoir créé le monde moderne et qui ne font pas de discrimination fondée sur la race ou l’orientation sexuelle ».

Des excuses du ministre

Le ministre Harjit Sajjan a présenté ses excuses à la communauté micmaque d’Halifax et à la chef Grizzly Mamma.

« Mes mots ne peuvent pas effacer l’outrage qui vous a été fait. Je sais que notre gouvernement a encore beaucoup de choses à faire pour se réconcilier avec les Premières Nations. »

Plus tôt mardi, le commandant des Forces maritimes de l’Atlantique avait lui aussi présenté ses excuses aux Autochtones pour les gestes des militaires impliqués dans la confrontation. Le contre-amiral John Newton précise que les membres des Forces armées représentent l’institution même quand ils ne sont pas en service.

« Je me tiens ici devant vous et présente mes excuses à la communauté autochtone et au grand public qui s’est senti offusqué par les gestes d’autres Canadiens en uniforme », a-t-il dit à des journalistes.

Érosion de la confiance

Le contre-amiral Newton tient à préciser que les actions des cinq militaires ne représentent pas les Forces armées.

« Ces comportements contribuent à l’érosion de la confiance du gouvernement, du public et des autres militaires envers nos unités de combat. Je l’ai dit clairement à nos membres », déclare-t-il.

« Les manifestants n’ont pas pu avoir leur espace pour exprimer leur vision des choses. Nos soldats et nos marins n’auraient pas dû se rassembler à cet endroit. »

Enquête en cours

Le contre-amiral John Newton confirme que la police militaire enquête sur les incidents et qu’une enquête administrative est aussi en cours. Il ne précise pas toutefois les conséquences potentielles pour les membres des Forces armées qui s’identifient comme des Proud Boys.

« Faites-moi confiance. Il s’agit d’une question de la plus haute importance pour nous et nous devons agir de la bonne façon si nous voulons continuer d’attirer de jeunes gens dans les Forces armées canadiennes », dit-il.

Une des participantes à la manifestation, la militante micmaque Rebecca Moore, s'est dite satisfaite des excuses de l’état-major. « Je crois que le contre-amiral John Newton s’est engagé sur la bonne voie », a-t-elle déclaré.

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