L'insurrection armée dans le sud des Philippines vient de faire une nouvelle victime : le Canadien John Ridsdel, tué lundi par ses ravisseurs, les islamistes du groupe Abou Sayyaf. Qui sont-ils et que veulent-ils? Décryptage.

Un texte de Ximena Sampson

1. Qu'est ce qu'Abou Sayyaf?

Il s'agit d'un groupe islamiste radical présent dans le sud-ouest des Philippines depuis environ 25 ans. Son nom signifie « porteur de l'épée » en arabe.
Plusieurs pays, dont le Canada et les États-Unis, le considèrent comme un groupe terroriste.

Abou Sayyaf était initialement lié à Al-Qaïda, mais ses chefs ont prêté allégeance au groupe armé État islamique (EI) en 2014.

Abou Sayyaf demeure cependant un groupe très local, croit le journaliste Nicolas Hénin, qui a été l'otage de l'EI pendant 10 mois.« [Il a] des dynamiques locales, un recrutement local et des enjeux locaux. Il ne faut pas penser que cette allégeance en fait une province du califat », a-t-il soutenu en entrevue à l'émission 24/60.

2. Que veut Abou Sayyaf?

Le groupe revendique la création d'un État musulman indépendant dans les régions du sud des Philippines à majorité musulmane.

En 1986, le gouvernement philippin a signé un accord de paix avec le Front de libération national moro (FLNM) et s'est s'engagé à créer une région autonome musulmane à Mindanao. Insatisfaits de cet accord, des dissidents ont alors créé Abou Sayyaf.

Alors qu'ils étaient environ 2000 à leurs débuts, il ne reste plus qu'environ 300 combattants.

Depuis les années 1970, plus de 100 000 personnes ont perdu la vie dans le conflit opposant les groupes indépendantistes musulmans à l'État philippin.

3. Comment se finance-t-il?

« C'est un groupe dont la dimension islamique n'est pas aussi importante que l'extorsion et le banditisme », avance Dominique Caouette, chercheur au Centre d'études de l'Asie de l'Est à l'Université de Montréal, en entrevue à l'émission 24/60.

Ils pratiquent régulièrement des enlèvements, ce qui leur a permis d'obtenir des millions de dollars. L'année dernière, ils ont notamment obtenu 6,7 millions de dollars en échange de la libération d'un couple allemand.

Abou Sayyaf réclamait 8 millions de dollars pour la libération de John Ridsdel. Ils l'ont exécuté à l'échéance de l'ultimatum. Les ravisseurs exigent le même montant pour chacun des trois autres otages capturés en même temps que M. Ridsdel.

Ils se financent aussi de plus en plus par le piratage. Au cours du dernier mois, 18 marins indonésiens et malaisiens ont été kidnappés dans la mer de Sulu, ce qui fait craindre aux autorités indonésiennes que cette route très fréquentée ne devienne « une nouvelle Somalie ».

4. Dans quelle mesure représentent-ils un danger?

Au fil des ans, Abou Sayyaf a enlevé des dizaines d'otages. Certains ont été tués, d'autres libérés. Les militants ont également mené plusieurs attaques sanglantes. Ils détiennent actuellement une vingtaine d'otages, dont un Canadien, un Novégien et son épouse philippine.

Le gouvernement canadien recommande d'éviter tout voyage dans les régions de Mindanao et de l'archipel de Sulu, ainsi que les déplacements maritimes dans la portion méridionale de la mer de Sulu, en raison du risque d'enlèvement, des menaces terroristes et de la piraterie.

5. Comment réagit le gouvernement philippin?

La semaine dernière, l'armée philippine a déclenché une offensive sur l'île de Jolo, dans l'archipel de Sulu, où seraient détenus les captifs. Plus de 2000 soldats et marines, appuyés par des hélicoptères d'assaut, ratissent la jungle.

Il faut savoir qu'il s'agit d'une région que l'État central ne contrôle pas, précise le chercheur Dominique Caouette. « C'est un État de non-droit. Il y a beaucoup d'îles que l'armée philippine contrôle peu. C'est un endroit où l'État est très poreux. Il y a beaucoup de trafic, du marché noir, des pirates... C'est très difficile d'intervenir. »

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