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Combattre le cancer après avoir vécu la guerre en Syrie

George Maksoud, 5 ans, est l'un des 10 500 réfugiés syriens à avoir été accueilli au Québec depuis deux ans. Avec ses parents et ses deux sœurs, il a fui la guerre et mène maintenant le combat de sa vie.

Un texte de Marie-Eve Cousineau

Il y en a sur qui le sort s’acharne. George est né au début de la guerre en Syrie, en 2012. Son village, près de Homs, a été pris d’assaut par le Front al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda), alors qu’il n’avait que 18 mois. Peu de temps après, un cancer s’est logé dans les muscles de l’une de ses jambes. George a survécu à tout cela, mais il lutte toujours contre la maladie.

George a atterri à Montréal avec sa famille le 21 juin. Les réfugiés syriens ont été parrainés par un groupe de 11 artistes québécois. Ces derniers ont fait pression, auprès de politiciens notamment, pour accélérer le traitement du dossier des Maksoud. La santé de George en dépendait.

« Entre le dépôt de la demande à la fin décembre et l’arrivée des Maksoud, il s’est écoulé un peu moins de six mois, dit l'auteur et metteur en scène Philippe Ducros, qui a lancé ce projet de parrainage. En général, ça peut prendre plus de temps. Ça peut prendre jusqu’à deux ans. »

Dès le lendemain de son arrivée à Montréal, George a été pris en charge par l’hôpital Sainte-Justine, l’établissement désigné par le gouvernement québécois pour l’accueil des enfants réfugiés syriens. Le garçon avait déjà subi deux traitements de chimiothérapie en Syrie.

« L’enfant était passablement dénutri, explique le Dr Yvan Samson, hémato-oncologue. Ce qui m’a frappé, qu’on voit moins, même chez les enfants qui ne parlent pas nécessairement notre langue, c’est comment il était effrayé. Comment, pour lui, toute approche était terrorisante. »

Depuis, George a pris du poids et a retrouvé le sourire. Ses « parrains » québécois se relaient pour accompagner la famille lors des traitements à Sainte-Justine.

« Nous sommes impressionnés par les soins, dit la mère de Georges, Hanaa Karkour, qui parle anglais. C’est le jour et la nuit avec la Syrie. »

Il manquait de tout en Syrie. « À un certain moment, on ne parvenait même pas à avoir les médicaments nécessaires pour le traitement de George, explique en arabe Mtanus Maksoud, le père de George. Il aurait fallu se les procurer au Liban ou sur le marché noir. »

Les Maksoud ont été frappés par la générosité des Québécois. Philipe Ducros, qui a séjourné deux fois en Syrie, aussi. Plus de 22 000 $ ont été amassés jusqu’à présent grâce à une campagne de sociofinancement. C’est sans compter les dons de meubles.

« À un moment, on demandait aux gens : "Est-ce qu’on peut savoir de quoi il a l’air votre sofa?", raconte Philippe Ducros. Il y avait tellement de monde qui nous proposait des meubles que ça nous permettait de choisir! […] On parle beaucoup, en ce moment, des réactions du Québec face à l’arrivée de l’immigration, et tout ça. Moi, ce que je sens, en tout cas, c’est que les gens veulent aider. »

Bien des défis attendent encore la famille de réfugiés syriens. En plus d'apprendre le français et de s'intégrer à la société québécoise, les Maksoud doivent composer au quotidien avec la maladie de George. Les chances de guérison du garçon sont très minces; la tumeur s'est répandue à l'aine et à l'abdomen.

Malgré tout, la famille garde espoir que George retrouve la santé. Une chandelle est allumée en permanence, sur un petit autel, dans la chambre des parents.

Québec, champion du parrainage privé de réfugiés syriens

Des 10 516 réfugiés syriens accueillis au Québec depuis 2015, 80 % ont été parrainés par des citoyens ou des organismes et 20 % ont été pris en charge par le gouvernement québécois.

Le parrainage privé est moins répandu dans les autres provinces canadiennes. Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, le secteur privé a pris en charge 38 % des réfugiés syriens en Ontario, la province où le plus grand nombre de réfugiés syriens a été admis depuis 2015, soit 21 040.

Dans certaines provinces, le gouvernement joue un rôle important dans la prise en charge des réfugiés syriens. Le Nouveau-Brunswick a parrainé 86 % des réfugiés admis dans sa province.

À noter que le « parrainage mixte » (privé et État) est possible dans les provinces canadiennes, sauf au Québec. Le gouvernement fédéral fournit jusqu'à six mois de soutien financier aux réfugiés. Le groupe de citoyens ou l'organisme prend la relève les six mois suivants.

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