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Comment accueillir les djihadistes canadiens qui rentrent au pays?

Les autorités s'attendent à ce que plusieurs Canadiens qui collaborent avec le groupe armé État islamique reviennent au pays dans la foulée des combats qui font rage actuellement au Moyen-Orient. Seront-ils une menace? Sommes-nous prêts à les accueillir?

Un texte de Johanne Faucher d’Enquête

Au moins une centaine de Canadiens se trouvent présentement en Syrie ou en Irak. Certains combattent dans les rangs de Daech - le groupe armé État islamique - depuis plus d’un an.

Que ce soit comme combattant, comme enseignant ou comme infirmier, participer aux activités d’un groupe terroriste est criminel. Les jeunes Canadiens pourraient donc être accusés d’activités terroristes à leur retour au pays.

Pour le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), le retour éventuel « des voyageurs à risque » est la priorité.

« Est-ce qu'ils reviennent avec une mission pour commettre un attentat au Canada, ou est-ce qu'ils reviennent parce qu'ils ne veulent plus rien savoir des actes terroristes? », c’est la question cruciale que se pose Michelle Tessier, directrice adjointe au SCRS, dans une rare entrevue des services secrets canadiens à un média.

En ce qui concerne nos enquêtes sur la menace de la sécurité du Canada, le terrorisme demeure la priorité numéro un. Le Canada est dans la mire de Daech. Nous le savons, ils le disent.

Michelle Tessier du SCRS

Une soixantaine de Canadiens serait de retour au pays. Certains font l’objet d’enquête, mais aucun n’a été accusé de quoi que ce soit.

À moins qu’ils ne s’affichent dans des vidéos de propagande, il est difficile pour la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de prouver qu’ils ont participé aux activités d’un groupe terroriste.

« C'est extrêmement difficile de recueillir la preuve nécessaire parce que nous n’avons pas une bonne couverture des activités qui se passent en Syrie ou en Irak », explique le Commissaire adjoint de la GRC James Malizia.

Au total, le SCRS estime à 180 le nombre de Canadiens qui ont rejoint un groupe terroriste. Mais il admet qu’il pourrait y en avoir plus. Certains, non connus pour leur radicalisation islamiste, ont pu se rendre en Syrie à l’insu des autorités.

Ces Canadiens n’ont pas tous gonflé les rangs de Daech. Certains ont rejoint d’autres groupes terroristes en Afghanistan, en Somalie ou en Libye.

Ils seront parmi nous

Le retour de djihadistes canadiens entraînés au maniement des armes et à la guerre est une priorité, puisque ces gens peuvent représenter une menace à la sécurité du pays.

Le Canada a déjà connu deux attentats alimentés par l’idéologie islamiste et en a évité un troisième de justesse au mois d’août dernier. Martin Couture-Rouleau, Michael Zehaf Bibeau et Aaron Driver étaient des loups solitaires qui n’ont jamais quitté le pays. Mais les autorités craignent cette fois qu’un attentat soit commis par un ou des combattants canadiens de Daech de retour au pays.

La GRC n’a pas les ressources pour les suivre tous, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il faudrait 40 personnes pour surveiller quelqu’un à temps plein, estime Phil Gurski, ex-analyste au SCRS.

Elle doit établir des priorités selon le degré de dangerosité de chacun. Un filet qui n’est pas infaillible.

Comment les accueillir?

Le Centre de prévention de la radicalisation de Montréal est en contact avec des jeunes Québécois présents en Syrie et en Irak. Certains y font du travail humanitaire comme infirmier ou enseignant dans des institutions contrôlées par Daech.

Pour le directeur Herman Deparice-Okomba, le pays doit se préparer à les intégrer.

On n’a pas 50 solutions, on a une seule solution. Est-ce qu’on les accueille? Quel est le soutien qu’on leur donne? Ce qui est sûr et certain, l’option prison n’est pas appropriée pour tout le monde.

Herman Deparice-Okomba

« Il faut évaluer cas par cas, s’assurer que chaque personne ait le soutien psychosocial nécessaire pour que ces personnes soient réintégrées dans notre société », ajoute-t-il.

Une Montréalaise dont l’enfant est présentement en Irak ou en Syrie a accepté de répondre à nos questions. Elle se demande ce qui attend son enfant à son retour.

« Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’opinion publique. J’aimerais qu’elle soit plus indulgente avec ces jeunes et ne pas les condamner et les traiter comme des personnes dangereuses. Comme parent, je fais confiance au système judiciaire et je sais qu’ils vont lui donner le droit de se défendre surtout qu’on est devant des personnes sans casier judiciaire et qui ont des facteurs de réinsertion disponibles : la famille, la communauté et les services disponibles à Montréal », nous a-t-elle écrit dans une lettre.

Cette mère, qui ne veut pas être identifiée, recevait des nouvelles de son enfant deux ou trois fois par semaine sur Skype ou sur d’autres médias sociaux depuis son départ en janvier 2015. Elle ne reçoit plus qu’un appel par semaine depuis que les combats se sont intensifiés. Son enfant dit avoir suivi des cours de médecine en Syrie et travailler dans un hôpital.

Selon elle, il souhaiterait revenir, mais en serait empêché.

Aucun jeune qui vit en Syrie ne peut dire ou écrire qu’il désire revenir. C’est dangereux! Ils n’ont aucune liberté de s’exprimer ou de quitter.

Mère d’un jeune parti en Syrie

Certains des propos de son enfant lui laissent croire qu’il aimerait rentrer au pays, notamment lorsqu’il dit : « on aimerait vous revoir » et « priez pour moi pour vous rencontrer de nouveau ».

Comment trier ceux qui représentent une menace à notre sécurité?

Les autorités envisagent le retour de Canadiens de Syrie et d’Irak du point de vue de la sécurité nationale, mais il y aura d’autres enjeux dont il faudra également s’occuper.

Comment assurer la réinsertion de ceux qui ne seront pas accusés? À quel moment peut-on être certain qu’une personne ne représente plus un danger?

« Jamais », répond Phil Gurski un ex-analyste du SCRS.

« Moi, je me dis que je ne peux pas garantir qu’une personne qui a voyagé, qui croyait dans une certaine idéologie violente, c’est 100 % sûr qu’elle a tout abandonné. Mais, est-ce que ça veut dire qu’on devrait la suivre jusqu’à sa mort? Non, pas du tout. On fait du triage, on [établit] des priorités », ajoute M. Gurski.

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