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Comment Janine, jeune lesbienne, est sortie du placard à 15 ans

L'ambassadrice de la jeunesse au défilé de la fierté gaie de Winnipeg, Janine Brown, a décidé à 15 ans qu'elle devait afficher son identité. Et pour la première fois, la poète de 17 ans sera accompagnée de ses parents lors du défilé qui se déroule le 3 juin.

Un texte de Gavin Boutroy

Pour réveiller ses élèves un lundi matin, l’enseignant leur lance : « Si vous aviez un million de dollars, que feriez-vous avec cet argent? » Les réponses fusent : « Je l’investirais! », « J'achèterais une Ferrari! ».

La réponse de l’élève de 11e année, Janine Brown, est d’un tout autre ordre. « Je l’investirais dans un abri pour les jeunes personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queer et deux-esprits (LGBTQ2) », déclare-t-elle.

Cette réflexion est le fruit du processus de découverte de son identité sexuelle.

« Quand j’étais très jeune, je ne savais pas que les personnes gaies existaient comme des personnes normales, je pensais qu’elles étaient un peu comme des licornes. Qu’il y en avait une pour un million de personnes! », affirme Janine Brown.

« Je ne savais pas que c’était quelque chose qui pourrait m’affecter », confie-t-elle.

Sortir du placard « un peu par accident »

Mais en 7e et 8e années, elle a commencé à se dire qu’elle était différente des autres filles. Ses amies parlaient beaucoup des garçons, mais elle les trouvait tout aussi inintéressants que lorsqu’elle était en maternelle.

À 14 ans, elle s’intéressait au féminisme, et en se joignant à l’alliance allosexuelle-hétérosexuelle de son école, elle est devenue plus à l’aise lors de discussions portant sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

À 15 ans, elle a révélé son homosexualité à ses parents. « Je suis sortie du placard un peu par accident », indique-t-elle. « Il y a eu des moments où je [dormais mal et je ne mangeais pas beaucoup] et ils m’ont demandé : qu’est-ce qui se passe? [...] et c’est juste sorti. »

Après plusieurs mois, elle l’a également révélé à ses amis proches. « Mais tu dois presque sortir du placard chaque jour, parce qu'il y a toujours des personnes qui ne savent pas. J’étais vraiment fatiguée de le dire chaque jour à d’autres élèves », se souvient-elle.

Elle note que la plupart de ses camarades de classe l’ont appuyée. « J’ai eu plus de difficulté avec mes amies, dit-elle, c’est quelque chose qui a fait du dommage. Il y a quelques amies avec lesquelles je n’ai pas encore réparé notre amitié. »

En parlant de ses enseignants du Collège Béliveau, à Winnipeg, Janine Brown est radieuse. « Les profs étaient super, j’ai reçu quelques cartes. Ils me disaient : si tu dois discuter, je suis ici pour toi. Ils m'ont appuyée absolument et tout de suite, il n'était pas question que je ne me sente pas [soutenue] », déclare l’élève de 11e année.

La fierté en famille

C’est à ce moment-là, en 9e année, que Janine Brown s'est rendue à son premier défilé de la fierté gaie. Depuis, elle participe comme bénévole à des événements portant sur la défense des droits de la personne et la reconnaissance des personnes LGBTQ2. Et cette année, pour son troisième défilé de la fierté gaie, elle a été sélectionnée comme ambassadrice de la jeunesse.

Pour la première fois, ses parents et sa petite sœur vont l’accompagner.

« Je sais qu’on a fait des erreurs, qu’on n’a pas toujours dit la bonne chose, ou que nous n’avons pas réagi de la bonne façon, mais on a juste essayé de l'appuyer puis de rester positifs et de vraiment lui donner le message qu’on était toujours là pour elle », souligne la mère de Janine, April Sutherland-Brown.

Elle explique que lorsqu’elle était élève dans les années 1970 et 1980, elle et son mari ignoraient l’existence de la communauté LGBTQ2.

« Dans la classe, il n’y avait jamais de mention de cela de la part des enseignants. Comme élèves, il y avait certainement des discussions de personnes qui disaient : je pense que peut-être lui, il est gai, mais c'était toujours avec une connotation vraiment négative », dit-elle.

« Je suis super soulagée que ma fille soit en train de grandir maintenant, dans cette génération », lance-t-elle.

April Sutherland-Brown est enseignante depuis 23 ans. Elle constate « une grande différence dans les approches et dans l’ouverture d’esprit des enseignants ».

« Même à la jeune enfance, maintenant on a des livres dans les écoles qui démontrent que parfois on a deux filles qui s’aiment ou deux garçons qui s’aiment. Ça, c’est tout nouveau », affirme Mme Sutherland-Brown.

Janine Brown est d’accord. Elle observe l’évolution des mentalités chez sa petite sœur, Abby. « Je pense qu’elle a eu la meilleure réaction lorsque je suis sortie du placard [...] On était en train de manger en famille et j’ai dit : OK, Abby, j’aime les filles. Et elle m’a dit : OK, est-ce que je peux avoir un autre morceau de poulet? »

Création parlée

Avant de se joindre au défilé avec sa sœur et ses parents, Janine Brown récitera un poème de création parlée. Elle affirme que cette forme d’art lui permet de s’exprimer avec honnêteté au sujet de causes pour lesquelles elle milite.

« J’[écris] beaucoup [au sujet du] féminisme intersectionnel, ainsi que des choses au sujet de l’activisme LGBTQ, et aussi je commence à écrire au sujet de problèmes environnementaux », déclare-t-elle.

Le festival de la fierté gaie de Winnipeg se déroule jusqu'au 3 juin. Le départ du défilé est prévu à 11 h, à l’intersection du boulevard Memorial et de l’avenue York.

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