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Comment l'économie canadienne a-t-elle évolué ces 25 dernières années?

Peu importe quel chef s'installera au 24 Sussex après le 19 octobre, il devra gérer une économie qui a changé en profondeur au cours des 25 dernières années. Et ce, particulièrement au chapitre du commerce extérieur et de l'impôt des sociétés.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Avec la signature du Partenariat transpacifique cette semaine, Ottawa a maintenant conclu des ententes avec 51 pays qui forment 60 % de l'économie mondiale (celle avec l'Union européenne est encore à l'étape de la révision juridique).

Selon l'ancien haut fonctionnaire Donald Campbell, qui a supervisé les négociations entourant les deux premiers traités de libre-échange du Canada (Canada-États-Unis et ALENA), ces ententes ont transformé l'économie canadienne. Notamment en faisant augmenter les exportations.

Des gagnants et des perdants

Donald Campbell est bien conscient que les traités de libre-échange ne font pas l'unanimité. Il garde en mémoire la controverse causée par les négociations entourant le traité de libre-échange entre le Canada et les États-Unis. Celui-ci a été signé en 1987 par le premier ministre canadien Brian Mulroney et le président américain Ronald Reagan.

Celui qui est aujourd'hui consultant est conscient que le commerce international et l'abolition de barrières ne font pas que des gagnants. Il y a aussi des perdants et des secteurs qui doivent s'ajuster.

Le cas tout récent du Partenariat transpacifique a exposé les craintes des producteurs de lait, d'oeuf et de volaille, mais aussi des travailleurs du secteur automobile. Ceux-ci ont craint qu'une diminution de leurs protections se traduise en perte d'emplois.

Avec la prolifération des ententes de libre-échange dans le monde, certains dans le secteur manufacturier estiment qu'il faut prendre le taureau par les cornes.

« Évidemment, ça aide notre secteur. Mais on s'aperçoit que le Canada va se frotter à des économies qui sont beaucoup plus rodées. Il faut investir en innovation. Ce qui pouvait apparaître comme un choix va soudainement devenir une obligation », note Éric Tétrault, président des Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

Chez les pays les plus industrialisés, le Canada est parmi les plus généreux en termes d'incitatifs fiscaux à l'innovation. Mais il est loin derrière certains autres comme les États-Unis et la France quand vient le temps d'investir directement en innovation.

Quel effet pour les baisses d'impôt? 

Une autre des grandes tendances observées au cours des 25 dernières années a été la réduction continue de l'impôt des sociétés canadiennes.

Si les petites et moyennes entreprises ont vu leur taux d'imposition diminuer, les grandes sociétés ont assisté à une chute importante du leur.

En 2000, ce taux était de 28 %. Les gouvernements, d'abord libéral, puis conservateur, l'ont fait fondre comme neige au soleil avec les années. Il est maintenant de 15 %.

Parmi les pays de l'OCDE, le Canada affiche l'un des taux les plus faibles pour un gouvernement central. Quand on ajoute les impôts provinciaux, il est dans la moyenne de ces pays industrialisés.

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Certains jugent que ce modèle de faible imposition n'a pas encouragé les entreprises à investir dans l'économie. Elles auraient plutôt épargné comme jamais auparavant. Les liquidités des entreprises ont explosé en flèche ces 25 dernières années, atteignant 640 milliards de dollars l'an dernier. Une situation qui, par le passé, a déjà été soulignée par l'ancien gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney.

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Le poids de la conjoncture

« C'est pas ça qui va emmener une entreprise à investir, ce n'est pas en baissant son impôt. Une entreprise va investir s'il y a une perspective de croissance, si la demande pour son produit est présente, et on ne joue pas sur ces facteurs-là », constate Éric Pineau, professeur à l'UQAM et chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques.

Au Conseil du patronat du Québec, on rappelle que le contexte économique mondial, d'abord avec l'Europe et les États-Unis, puis maintenant la Chine, n'a pas encouragé l'investissement ces dernières années. « Les entreprises canadiennes sont en meilleure santé financière, elles ont accumulé de l'argent. Mais elles doivent regarder les marchés avec lesquels elles font affaire avant d'investir. Et pour l'instant, c'est toujours instable », note le président de l'organisme Yves-Thomas Dorval.

Tous s'entendent pour dire que les diminutions d'impôts ne sont pas le seul facteur qui permettrait aux investissements privés d'augmenter.

« Il faut des investissements dans l'innovation. Il faut aussi des investissements dans la santé et le bien-être pour que les gens qui travaillent puissent être sûrs que leur famille et leurs enfants ont des opportunités eux-mêmes. Si on a un environnement qui est stable, l'occasion se présentera pour créer de nouveaux emplois et d'investir », observe Paul Koros, un homme d'affaires de la région de Vancouver.

Quelles sont les promesses des partis? 

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Le reportage du Téléjournal

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