Retour

Comment le Canada contribue à la recherche de vie extraterrestre

Une course contre la montre est lancée pour recueillir un maximum d'informations sur les exoplanètes de la Voie lactée d'ici la mise en service du télescope spatial James-Webb en 2018. Le but ultime de cette opération? Trouver de la vie extraterrestre. Tour d'horizon d'un projet d'envergure historique, auquel le Canada est fortement associé.

Un texte de Jérôme Labbé

Selon un consensus scientifique, trois conditions sont essentielles à l'apparition de la vie : une planète rocheuse, dotée d'une atmosphère et recouverte d'eau.

Or, la technologie actuelle ne permet pas de détecter la présence simultanée de ces trois éléments sur les exoplanètes, c'est-à-dire les planètes qui se situent en dehors du système solaire. Pas encore, du moins.

La mise en orbite du télescope James-Webb (JWST), qui doit être lancé sur une fusée Ariane V à partir d'une base de l'Agence spatiale européenne en Guyane française, marquera une étape importante dans la recherche de vie sur les exoplanètes de la Voie lactée, notre galaxie. Le projet est évalué à plus de 8 milliards de dollars.

Le JWST - qui succédera au télescope Hubble, lancé en 1990 - permettra notamment de mieux analyser le rayonnement infrarouge émis par les exoplanètes. Sachant que cette lumière peut être décomposée pour savoir quels types de gaz se trouvent sur ces planètes, les scientifiques pourront plus facilement déterminer l'existence ou non d'atmosphère.

Leurs recherches se concentreront sur la présence d'oxygène, d'ozone, de dioxyde de carbone, de méthane et de monoxyde de dihydrogène liquide, soit... de l'eau.

Le Canada joue d'ailleurs un rôle important dans la construction du télescope James-Webb en fournissant le détecteur de guidage de précision (FGS) ainsi que l'imageur dans le proche infrarouge et spectrographe sans fente (NIRISS), deux instruments conçus, construits et testés par l'entreprise COM DEV International à Ottawa et à Cambridge, en Ontario. Cette contribution garantit aux astronomes canadiens du temps d'observation après le lancement du télescope.

L'analyse de toutes les exoplanètes risque néanmoins de prendre un temps fou. Le dernier décompte officiel fait état de 2099 exoplanètes, un chiffre qui augmente à une vitesse exponentielle en fonction des nouvelles découvertes réalisées dans le monde de l'astronomie. Sans compter que l'utilisation du télescope James-Webb, qui ne servira pas uniquement à l'étude des exoplanètes, devra être partagée avec d'autres scientifiques.

Pour mieux orienter leurs recherches, les astrophysiciens doivent se concentrer sur les exoplanètes à forte densité, qui sont plus susceptibles d'être recouvertes d'un sol rocheux. Pour ce faire, deux informations sont nécessaires : la masse et le volume des exoplanètes.

Pour le volume, il y a déjà le télescope Kepler, qui fournit depuis 2009 des informations sur le rayon des exoplanètes. Celui-ci doit être remplacé en 2017 par le TESS (Transiting Exoplanet Survey Satellite), plus performant.

Quant à la masse des exoplanètes, elle est calculée grâce à divers instruments depuis 1995. C'est cette année-là que le Suisse Michel Mayor a découvert la première exoplanète, baptisée « 51 Pegasi b », située à 51 années-lumière du Soleil.

Or, le Canada participe actuellement au projet international SPIRou (« SpectroPolarimètre Infra-Rouge »), qui vise à doter le télescope Canada-France-Hawaï (CFH) d'un nouvel instrument permettant de mieux cataloguer la masse des exoplanètes. En raison de sa position géographique - l'île d'Hawaï - le CFH est toutefois limité à l'étude du ciel visible depuis l'hémisphère nord.

Pour une vue complète de la galaxie, le Canada fabriquera une copie de SPIRou, le NIRPS (Near Infra-Red Planet Searcher), qui sera installé sur un télescope de l'Observatoire européen austral, au Chili. Ce projet permettra d'observer le ciel à partir de l'hémisphère sud. La consolidation du financement de ce projet de 15 M$ devrait être annoncée prochainement. Le NIRPS doit être mis en service dans trois ans, en 2019.

Ce tour d'horizon de la recherche de vie extraterrestre sur les exoplanètes a été présenté samedi dans le cadre d'une conférence TEDx aux HEC de Montréal par l'astrophysicien Olivier Hernandez, directeur des opérations de l'Observatoire du Mont-Mégantic et coordonnateur de l'Institut de recherche sur les exoplanètes de l'Université de Montréal.

« [On assiste à] une course permanente à qui va trouver les bonnes cibles à donner au télescope James-Webb quand il sera en orbite pour pouvoir découvrir la vie », a-t-il résumé, après sa présentation.

Il prévient toutefois qu'il y a loin de la coupe aux lèvres, car « pour pouvoir avoir de l'eau liquide à la surface d'une exoplanète, il faut que l'exoplanète soit dans ce qu'on appelle une "zone habitable" » - une zone suffisamment proche, mais pas trop non plus » de l'étoile autour de laquelle elle gravite. Or parmi les 2099 exoplanètes recensées jusqu'à maintenant, une dizaine seulement se qualifient en vertu de ce critère.

À l'heure actuelle, aucune certitude n'existe quant à l'existence d'exoplanètes où seraient réunies les conditions nécessaires à l'émergence de la vie telle qu'on la connaît. Mais le travail acharné des astrophysiciens, qui développent constamment de nouveaux outils de détection et d'analyse, nourrit l'espoir d'une découverte marquante pour l'humanité.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine