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Comment le Canada se compare-t-il en matière de logement abordable?

Les Canadiens consacrent au logement une part un peu plus grande de leurs revenus que la moyenne des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais chez les moins nantis, la disparité est plus grande.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Une des choses qui me frappent au Canada, c’est l’augmentation du prix des maisons au cours des dix dernières années, plus particulièrement à Vancouver et à Toronto. Elle a été plus marquée que dans la majorité des pays de l’OCDE », lance d’emblée Willem Adema, économiste principal de la division des politiques sociales de l’organisation.

Pourtant, les propriétaires ne manquent pas : 70 % des ménages canadiens possèdent une habitation, bien plus que le taux moyen de 50 % de l'OCDE.

Les Canadiens sont cependant moins nombreux à vivre dans une maison entièrement payée : 29 % contre une moyenne de 42 % pour l'ensemble des pays membres.

« Il y a en Amérique du Nord un biais politique en faveur des propriétaires. Le sentiment est endémique », croit Steve Pomeroy, chercheur principal du Centre de recherche et de formation sur le milieu urbain (CRFMU) de l'Université Carleton, à Ottawa.

La situation est tout autre en Allemagne, qui ne favorise pas le statut de propriétaire par rapport à celui de locataire, statuts qui se divisent à parts égales, souligne-t-il.

Plusieurs pays de l'Europe de l'Est éclipsent cependant le Canada. Après la chute du communisme, de nombreux ménages ont acheté au début des années 1990 l’appartement dans lequel ils vivaient, souvent à des prix relativement bas. « Mais ces chiffres ne disent rien de la qualité des habitations, qui se détériore », souligne Willem Adema.

Le Canada tire de l'arrière

Contrairement au Canada, qui considère qu'un ménage a un problème d'abordabilité de logement si les frais qui y sont reliés monopolisent plus de 30 % de ses revenus, l'OCDE a opté pour un seuil de 40 %, utilisé par la majorité de ses pays membres.

Dans cette optique, le Canada se situe dans la moyenne.

Là où le bât blesse, c'est dans le groupe composé des 20 % des ménages canadiens les moins riches, notamment les propriétaires avec une hypothèque.

« Près de la moitié des ménages canadiens situés dans le quintile le plus pauvre dépassent le seuil d'abordabilité, précise Willem Adema. C'est substantiel. » Un taux qui positionne le pays dans le dernier tiers du peloton.

La comparaison n'est pas plus avantageuse pour les locataires canadiens les moins nantis : le Canada frôle le dernier tiers.

Willem Adema voit dans le logement abordable une façon de lutter contre la pauvreté et l'itinérance.

Il s'inquiète du taux d'itinérance de 0,4 % au Canada, parmi les plus élevés de l'OCDE, alors que la façon dont le pays définit l’itinérance est pourtant des plus restrictives. Dans la majorité des pays de l’OCDE, ce taux est de 0,1 % à 0,2 %.

La Finlande est souvent montrée en exemple, indique-t-il. En plus d'offrir du logement social, le pays a par exemple acheté des unités du secteur privé pour les louer à des sans-abri et a converti des auberges dotées de dortoirs en logements subventionnés.

Le Canada peu porté sur le logement social

La part du logement social dans le parc locatif canadien dépasse à peine 4 %. « Aux Pays-Bas, c’est supérieur à 30 % », signale Willem Adema, qui évoque une tradition historique liée à l'après-guerre.

« Les pays ne définissent pas le logement social de la même façon, nuance cependant Steve Pomeroy. Aux Pays-Bas, la plupart des unités de logement social appartiennent à des sociétés d'habitation municipales, qui les louent au prix du marché. Ce n'est pas du vrai logement social au sens où nous l'entendons au Canada, destiné aux ménages à faibles revenus. »

Il faut regarder les statistiques dans leur contexte, avertit l'expert du CRFMU.

« L’Europe de l’Ouest tend à avoir la plus grande proportion de logements sociaux au monde », illustre-t-il. Mais il a fallu reconstruire après les bombardements des deux guerres mondiales. « La façon la plus rapide de le faire était avec des programmes publics, qui ont créé un cadre institutionnel », dit-il.

La part des logements sociaux dans des pays comme le Canada ou les États-Unis n'atteint pas 6 %, mais ils n'ont pas subi les mêmes dommages, fait valoir Steve Pomeroy. Leur système est en outre davantage axé sur le libre-marché.

« Dans les pays méditerranéens, comme l'Espagne et l'Italie, la proportion de propriétaires est très élevée, et la part de logement social est minuscule, poursuit-il. Ils ont tendance à s'appuyer davantage sur la famille. Il n'est pas rare que les jeunes hommes restent chez leurs parents jusqu'au mariage et, souvent, quand ils se marient, leur femme emménage dans la maison familiale. »

« Puis, vous avez les anciens pays du bloc de l'Est, comme la République tchèque et la Lettonie, où les logements achetés à bas prix à l'État ne sont pourtant pas comptabilisés comme du logement social », poursuit Steve Pomeroy.

Investir et soutenir les ménages

L'amélioration de l'accès au logement abordable « réside probablement dans un ensemble de mesures qui inclut de l'investissement direct, du soutien aux fournisseurs de logement et un soutien financier aux ménages, estime Willem Adema.

« L’acuité des problèmes varie d’un pays à l’autre, mais les enjeux sont les mêmes, note de son côté Steve Pomeroy. Lors des conférences internationales réunissant des experts, chaque pays semble présenter les mêmes problèmes. Nous pensons tous que les prix des maisons sont trop élevés et qu'il y a trop peu de logements abordables. »

« Il y a de plus en plus de pays de l'OCDE qui réalisent que le logement abordable est un enjeu majeur, notamment dans un contexte où la population vieillit, tout comme le parc actuel de logements », conclut Willem Adema.

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