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Comment le Mexique, pays de l'obésité, s'attaque au sucre

Le Mexique est le pays le plus atteint par l'épidémie mondiale d'obésité : 70 % de la population adulte a un surpoids ou est obèse. Le taux d'obésité infantile est de 31 %, le plus élevé au monde. Avec un système de santé au bord du gouffre, le gouvernement a dû passer de la prévention à l'action coercitive.

Un texte d'Alain RoyCourriel d'Enquête

La population obèse au Mexique a doublé en moins de 20 ans, passant de 35 % en 1988 à 70 % en 2016. Les causes sont multiples :

  • hausse de la sédentarité;
  • diminution de l'activité physique;
  • alimentation hautement basée sur des produits dérivés du maïs;
  • croissance de la taille des portions;
  • malbouffe;
  • éducation déficiente en matière de nutrition.

À partir de 2012, le gouvernement en place a tenté un certain nombre d'approches pour renverser la tendance : cours de nutrition dès l'école primaire, campagnes de publicité-choc sur la promotion de saines habitudes de vie, investissements dans l'accessibilité à de l'eau potable.

Rien n'y faisait, les cas de diabète, d'obésité et autres maladies chroniques augmentaient aussi vite que la population continuait de grossir.

« Lorsqu'on observe la croissance de ces problèmes de santé, on constate qu'elle survient en même temps qu'une explosion de la consommation de boissons sucrées comme les jus de fruits et les boissons gazeuses », fait remarquer le directeur de l'Institut national de santé publique du Mexique, Juan Rivera Dommarco.

De fait, 70 % des sucres ajoutés consommés par les Mexicains viennent des boissons sucrées, enchaîne Alejandro Calvillo Unna, directeur de l'organisme El poder del consumidor (le pouvoir du consommateur).

« Bien que le sucre ne soit pas seul responsable de tous les maux, il est clair que la première chose à faire est de s'attaquer à la diminution de la consommation de ces boissons », ajoute-t-il.

Les résultats positifs des campagnes d'éducation se faisant attendre, il est devenu impératif de penser à d'autres solutions. « Il est très difficile de changer rapidement des comportements ancrés profondément dans les habitudes, explique M. Rivera Dommarco. Les statistiques révèlent que, dès l'âge de trois mois, la moitié des bébés consomment déjà des boissons sucrées », dit-il.

Toucher le portefeuille des consommateurs

Alors que les Mexicains consomment en moyenne 163 litres de boissons sucrées par année, la solution retenue pour concurrencer l'industrie a été de recourir à des moyens coercitifs qui touchent directement le portefeuille du consommateur. Une taxe nationale de 10 % sur les boissons sucrées et 8 % sur la malbouffe est entrée en vigueur en janvier 2014.

« L'idée est d'inverser le rapport concurrentiel de manière à ce que le prix de l'option santé soit plus attrayant que celui des boissons sucrées », explique M. Calvillo Unna.

Après une première année complète, les ventes de boissons sucrées avaient baissé en moyenne de 12 %, et de 17 % chez les classes défavorisées.

Il reste encore à mesurer l'impact de cette baisse de consommation sur la prévalence des maladies reliées, mais n'empêche, M. Rivera Dommarco se permet même d'espérer une taxe de 20 % pour infliger une diminution plus importante encore de la consommation.

« La taxe est un élément important de la solution au problème d'obésité au Mexique. De concert avec différentes interventions au niveau de l'éducation, de l'école ou du municipal par exemple, la taxe peut faire une réelle différence », croit-il.

Le monde entier suit de près ce qui se passe au Mexique. Les différentes tentatives de taxer les boissons sucrées ailleurs dans le monde ont pour la plupart été déboutées par les tribunaux pour des questions de droits des consommateurs et de liberté d'entreprise. Ce qui se passe dans le laboratoire vivant qu'est le Mexique devrait éventuellement remettre l'idée de taxer ces produits à la liste des priorités politiques pour donner un coup de pouce à la santé publique.

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