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Commissaire aux langues officielles : des inquiétudes persistent sur le processus de sélection

Des Acadiens sont toujours dans la course pour le poste de Commissaire aux langues officielles. Mais des inquiétudes persistent concernant le processus de sélection.

Un texte de Nicolas Steinbach

La deuxième ronde d'examen des candidatures pour le poste de Commissaire aux langues officielles a débuté le 12 septembre. Le processus de sélection a dû être repris dans la foulée du fiasco du choix de l’ancienne ministre libérale Madeleine Meilleur. L’opposition avait vu cette nomination comme étant hautement partisane.

Toutes les candidatures sont conservées - il y en avait 72 la première fois- et d’autres aussi pouvaient être acceptées.

Le juriste Michel Doucet de Moncton, qui avait critiqué le premier processus de sélection, n'a pas retiré sa candidature. La directrice générale de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, Marie-Claude Rioux, a confirmé elle aussi être de nouveau dans la course.

Plusieurs autres candidats pressentis de la première ronde n’ont pas voulu confirmer leurs intentions.

Par ailleurs, plusieurs sources nous ont affirmé que Linda Cardinal, professeure et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa fait aussi partie des candidatures. Elle n’a pas donné suite à nos appels.

Un commissaire de l’Est ou de l’Ouest

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada qui avait sollicité une entrevue avec le premier ministre Trudeau, dans la foulée de la nomination controversée de Madeleine Meilleur, n’a toujours pas eu d’audience.

« Je n’ai pas d’inquiétudes, je ne suis pas rassuré, je suis juste en attente », indique Jean Johnson, président de la FCFA.

Il affirme cependant vouloir donner la chance au coureur. « On a besoin d’assurer l’indépendance de ce poste pour permettre à cette personne d’agir comme chien de garde, donc l’indépendance totale », dit-il.

Depuis la création du poste en 1970, tous les Commissaires aux langues officielles venaient de l'Ontario ou du Québec. La FCFA souhaite maintenant que la prochaine nomination vienne d'ailleurs.

« Nous ce qu’on souhaiterait c’est y’a-t-il des candidats de l’Ouest, de l’Acadie, dans les trois territoires du Nord ? ».

De son côté, le professeur de sciences politiques spécialisé en francophonie canadienne à l’Université Simon Fraser, Rémi Léger, ajoute que ce devrait être au tour d’une femme d’être retenue.

« Il semble avoir une rotation homme femme. Il y avait Mme Adam, puis M. Fraser, normalement ça devrait une femme. Il y a de bonnes raisons pour que ce soit une femme et qui n’est pas de l’Ontario ou du Québec ».

Une autre nomination partisane ?

Les partis d’opposition à Ottawa avaient critiqué l’ingérence de la ministre du Patrimoine dans le processus. Mélanie Joly avait rencontré la candidate Meilleur la première fois. Ils avaient également déploré le manque de consultation.

Même si le gouvernement affirme que cette fois aucun élu ne siégera au comité sélection, le NPD affirme qu'il n’y a aucune garantie qu’il n’y aura pas une autre nomination partisane.

« Malheureusement, on est très déçu, on ne peut pas se permettre que la ministre elle-même ou des gens proches du cabinet poussent pour une candidature. Ça devrait être comme on l’a suggéré multipartisan, un représentant du NPD, des conservateurs, du parti libéral qui aurait dû suggérer la candidature du prochain commissaire aux langues officielles », souligne François Choquette.

Le porte-parole du NPD en matière de langues officielles, François Choquette, estime le gouvernement ne s’est pas commis sur une consultation en bonne et due forme.

« Il ne règle pas le problème du respect de la loi sur les langues officielles qui exige une consultation avec les chefs des partis d’opposition - le NPD et le parti conservateur. Ce qu’on a eu la dernière fois c’est un simple avis, aucune consultation sérieuse, bien que la loi sur les langues officielles l'exige », dit-il.

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, qui avait également critiqué publiquement le processus menant à la nomination de Madeleine Meilleur, rappelle que l’organisme est toujours prêt à déposer une révision judiciaire si le processus n’est pas respecté.

« À ce point-ci, je pense qu’on doit faire confiance que le gouvernement ne va pas vouloir revivre le même fiasco en sachant que les organismes sont prêts à monter aux barricades si jamais il décide d’en passer une petite vite de nouveau », affirme Kevin Arseneau.

Le bureau de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, a décliné notre demande d’entrevue.

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