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Commission Chamberland : l'avocate en chef a omis de déclarer un don à Équipe Denis Coderre

La procureure en chef de la Commission d'enquête sur la protection des sources journalistiques, Me Lucie Joncas, a omis de déclarer avoir versé un don de 300 $ au parti politique du maire Denis Coderre en juin 2015.

Un texte de François Cormier

Cette commission d'enquête a justement été déclenchée entre autres en raison d'une affaire mettant en cause le maire Coderre, son service de police et le journaliste Patrick Lagacé.

En juin 2014, Denis Coderre a appelé son chef de police de l'époque, Marc Parent, après avoir eu vent que le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé posait des questions au sujet d'une contravention reçue deux ans plus tôt. Le SPVM a par la suite déclenché une enquête pour connaître la source du journaliste.

Contactée par Radio-Canada, la porte-parole de la Commission, Anne Dongois, a confirmé que les commissaires n'avaient pas été informés du don politique de Me Joncas.

Toutefois, Anne Dongois précise que les commissaires avaient été informés d'un lien professionnel entre l'avocate et la Ville de Montréal. En 2014, Me Lucie Joncas a représenté l'une des membres de l'administration Coderre, Chantal Rouleau, dans une cause en Cour supérieure. Ses honoraires ont été remboursés par la Ville de Montréal.

Dans un échange de courriels avec Radio-Canada, Me Joncas a confirmé qu'elle avait bel et bien fait un don à Équipe Denis Coderre sans commenter davantage. Quant à son lien professionnel avec Chantal Rouleau, elle estime que des précautions ont été prises.

Mme Dongois fait aussi valoir que le rôle des procureurs est de présenter la preuve et qu'ils n'ont pas de rôle décisionnel dans la rédaction du rapport final de la Commission d'enquête sur la confidentialité des sources journalistiques. Ce sont les trois commissaires, Jacques Chamberland, Guylaine Bachand et Alexandre Matte, qui ont cette responsabilité.

En janvier 2017, le procureur en chef de cette même Commission d'enquête, Bernard Amyot, avait présenté sa démission après que des doutes eurent été soulevés au sujet de son impartialité, « même si ces doutes n'[avaient] aucun fondement juridique », avait-il souligné. C'est à la suite de cette démission que Lucie Joncas a été nommée procureure en chef.

La légitimité de Me Amyot à présenter la preuve était contestée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) en raison de son attitude « ouvertement méprisante à l’endroit des médias et des journalistes », notamment au sujet de Patrick Lagacé, qui a fait l'objet d’espionnage par le SPVM et dont le cas est à l'origine de la création de la Commission.

Dans un texte de près de 1000 mots publié en 2008 dans The Métropolitain, Me Amyot critiquait vertement le journaliste.

« Lagacé, qui n’est ni journaliste ni analyste, s’arroge tout de même le droit de faire la morale à tout le monde, sans toutefois qu’il daigne s’imposer à lui-même, d’une manière mesurée et rationnelle, la rigueur nécessaire au débat d’idées », écrivait-il.

L’attaché de presse de Stéphanie Vallée a répondu à Radio-Canada que la ministre de la Justice ne ferait pas de commentaire dans le dossier, Me Joncas relevant d’une commission indépendante.

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