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Commission Viens : des relations tendues entre les policiers et les itinérants autochtones

Les policiers doivent bâtir une relation de confiance avec les itinérants autochtones du centre-ville de Montréal et cesser de leur donner des contraventions, ont plaidé mercredi des travailleuses communautaires à la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (CERP), qui tient ses audiences dans la métropole cette semaine.

Un texte de Laurence Niosi

« Plutôt que de se concentrer sur les amendes, concentrez-vous sur des relations positives. Les contraventions au square Cabot doivent arrêter pour que les itinérants approchent les policiers lorsqu'ils ont besoin d'aide », a témoigné Nakuset, directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, au Palais des congrès.

Nakuset (qui n’utilise que son prénom) et d’autres membres du Réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone – un regroupement de 900 personnes issues d’organismes et de divers paliers de gouvernements – ont témoigné devant la Commission pour dénoncer des pratiques policières, en particulier autour du square Cabot.

Depuis plusieurs années, le Réseau travaille à s'assurer que la revitalisation du parc situé près du métro Atwater se fasse en consultation avec les communautés autochtones. Le square est fréquenté en grande partie par une population itinérante, notamment des membres des Premières Nations et des Inuits.

Les relations entre le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et les itinérants autochtones y sont particulièrement tendues, racontent les travailleuses communautaires, en raison entre autres des nombreuses contraventions qui sont distribuées pour flânage.

Ça a été le cas d’une itinérante crie, a témoigné Rachel Deutsch, coordonnatrice du « projet du square Cabot ». La femme autochtone, qui était visiblement malade, aurait été attrapée par le capuchon de son manteau par un policier, qui se serait mis à l’invectiver en français, une langue qu’elle ne maîtrise pas. La femme, qui a reçu une contravention, a dû être transportée à l’hôpital.

Une plainte a été déposée contre les policiers, mais le dossier a été abandonné après une enquête interne, a ajouté la coordonnatrice.

Des railleries des policiers

L’une des initiatives du Réseau a été la mise sur pied d’un « comité de vigie autochtone » résultant d’une entente de collaboration entre le Réseau et le SPVM, signée en juin 2015. Mais sur les 15 représentants du comité, seulement 4 sont autochtones, ont dénoncé les membres du Réseau.

Nakuset a également critiqué la nomination, en 2015, d’un policier non autochtone en tant qu’agent de liaison autochtone au SPVM, Carlo DeAngelis.

« Chaque fois que vous placez le mot "autochtone" dans un poste, la personne devrait être autochtone. Cela n'arrive pas avec d’autres populations, mais ça se fait avec nous. Cela doit changer. Il y a des gens autochtones qualifiés, notamment les gardiens de la paix à Kahnawake », a souligné la directrice du Foyer pour femmes autochtones.

Les travailleuses communautaires ont par ailleurs dénoncé le manque de respect des policiers lors d’une formation de sensibilisation des policiers. Pendant « l’exercice de couverture » – une sorte de cours interactif sur l’histoire des Autochtones – des policiers discutaient et se moquaient de la formation. L’activité a finalement été annulée, à la demande des policiers.

« On nous a dit que la pédagogie autochtone que nous utilisions n'était pas assez experte et pas assez professionnelle », a indiqué Rachel Deutsch.

Vicky Boldo, coprésidente du Réseau, a pour sa part parlé d'un système « qui doit être changé », à travers notamment l'éducation et la sensibilisation des policiers.

Des services juridiques spécifiques aux Autochtones

En après-midi, Jonathan Rudin a témoigné devant la Commission pour parler du programme qu'il pilote, Aboriginal Legal Services of Toronto, qui offre des services juridiques aux populations autochtones dans la ville la plus peuplée du Canada.

La Commission basée à Val-d'Or tient ses audiences à Montréal jusqu'au 23 février, puis revient dans la métropole en mars, pour deux semaines.

Le résumé de Valérie-Micaela Bain :

 

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