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Comprendre la crise au Venezuela en 5 questions

Depuis plusieurs semaines, les affrontements entre les forces de l'ordre et les manifestants sont quasi quotidiens au Venezuela. Près d'une centaine de personnes sont mortes au cours des derniers mois. Que se passe-t-il?

Pour tenter de comprendre les raisons de la crise, nous avons discuté avec Phillip Gunson, analyste à l'International Crisis Group, à Caracas.

1. Le pays est-il au bord de la guerre civile?

Pour qu’il y ait une guerre civile, il faut deux factions de forces à peu près équivalentes. En ce moment, l’opposition n’a pas une structure militaire. Le conflit dans les rues est essentiellement entre des escouades antiémeutes de la garde nationale et des jeunes armés de cocktails Molotov et de mortiers artisanaux. On ne peut donc pas parler d’une guerre civile pour l’instant.

Mais, s’il devait y avoir une division au sein des forces armées, et on sait qu’il y a du mécontentement, une guerre civile pourrait alors éclater.

2. Pourrait-on assister à un soulèvement populaire?

Je crois qu’après la pseudo-élection du 30 juillet, qui va nous conduire à une situation de dictature ouverte, on pourrait passer à une phase encore plus violente.

Mais, même dans ces circonstances, ce serait, au moins au départ, une guerre de basse intensité, très étendue, mais très inégale.

Il n’y a pas encore de guérilla urbaine ou de groupes organisés militairement. Il y a cependant des gens dans les marges de l’opposition qui veulent s’organiser. Ils croient qu’il faut être naïf pour penser que le gouvernement va lâcher le pouvoir sans une lutte violente.

3. Comment en est-on arrivé là?

Au début de l’année, l’opposition était à terre après avoir échoué dans sa tentative de tenir un référendum pour faire révoquer le mandat du président Maduro. Elle ne semblait pas avoir de feuille de route, elle n’était même pas unie et ne savait que faire.

Pour régler son grave problème de flux de trésorerie, le gouvernement a alors essayé de transférer tous les pouvoirs de l’Assemblée nationale (contrôlée par l’opposition) à la Cour suprême. Cela a créé une rupture. La procureure générale de la République, Luisa Ortega, qui jusqu’alors était loyale au chavisme, a déclaré que cette mesure contrevenait à l’État de droit.

L’Organisation des États américains (OEA) est intervenue et l’opposition a été redynamisée. Elle a vu qu’il fallait faire fi de ses dissensions internes et exercer une pression dans la rue parce qu’on était littéralement en train de détruire la démocratie au Venezuela.

Les représentants de l’opposition ont constaté avec surprise, je crois, que la population l’appuyait. Ils ont enclenché une campagne de manifestations qu’ils maintiennent depuis maintenant trois mois.

4. Comment expliquer que les manifestants ne s’essoufflent pas?

Un grand nombre de nouveaux députés, élus en décembre 2015, se sont placés à la tête des manifestations, n’hésitant pas à mettre leur vie en péril, et cela a contribué à donner du souffle à l’opposition des gens ordinaires qui sont très angoissés par la situation.

La crise sociale et économique, le manque de médicaments, le fait qu’un million et demi de Vénézuéliens souffrent de la faim et doivent chercher de la nourriture dans les poubelles, tout ça a agi comme un catalyseur pour cette nouvelle phase.

Les gens ont la sensation qu’il n’y a pas d’autre option, que le gouvernement est en train de détruire le pays, et que s’ils ne luttent pas maintenant, ils pourraient perdre leur pays à tout jamais.

5. Comment sortir de la crise?

Il y a différentes possibilités. L'une d’elles est que ça finisse comme au Zimbabwe, avec un mauvais gouvernement, haï par la majorité des gens, mais qui se maintient au pouvoir.

Une autre possibilité est le déclenchement d’une guerre civile, si l’armée se divise. Mais on ne perçoit pas, malgré le mécontentement de certains militaires, une rupture définitive.

Ça pourrait aussi devenir, avec le temps, une guerre de basse intensité avec une guérilla urbaine. Certains dans les marges de l’opposition ne croient pas à la lutte non violente et se préparent pour une lutte armée.

Sur le plan politique, il pourrait y avoir une rupture au sein du régime entre les leaders civils. Même si le groupe au pouvoir semble assez uni, dans les cercles plus éloignés du pouvoir, une plus grande dissidence est possible.

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y aura pas une élection que l’opposition va remporter et qui lui permettra d’assumer le pouvoir.

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