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Condamnation de Karadzic : le point de vue d'un écrivain d'origine bosniaque réfugié à Trois-Rivières en bas âge

Deux écrivains montréalais qui ont dû fuir la Bosnie-Herzégovine à cause des massacres perpétrés par les hommes de Radovan Karadzic se disent soulagés de sa condamnation pour génocide, mais déçus de la longueur du procès.

Un texte de Bahador Zabihiyan

L'auteur montréalais Adis Simidzija avait trois ans lorsqu'il a quitté la Bosnie-Herzegovine en 1998, avec sa mère et son frère aîné. Son père n'a pu suivre la famille.
« En 1991, au début de la guerre, au mois d'août, il y a eu un raid de l'armée serbe dans notre ville. L'armée a décidé d'entasser les familles dans un centre communautaire où ils ont procédé [...] à la séparation des hommes avec les femmes et les enfants », relate-t-il.

« Parmi ces hommes, il y avait mon père et son frère qui tous deux ont été tués », dit M. Simidzija. « Ils ont été amenés plus loin dans les montagnes [...] où ils ont été assassinés et laissés pour morts là-bas », explique-t-il.

Ce n'est que deux semaines plus tard que ses proches ont pu aller récupérer les corps de son père Muhamed et de son oncle Murat dans les montagnes entourant la ville de Mostar. « Elles ont réussi à les identifier par les vêtements », dit-il.

Radovan Karadzic, était alors le leader politique des Serbes de Bosnie. Il a été reconnu coupable de génocide par leTribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye (TPIY) pour son rôle dans le massacre de Srebrenica. L'ancien président séparatiste serbe de Bosnie a également été jugé responsable de crimes contre l'humanité, mais pas de génocide, dans plusieurs municipalités de Bosnie.

M. Simidzija est satisfait de la sentence. « C'est un mélange d'émotions mitigées par rapport au fait que c'est quelque chose de très symbolique [...] Considérant son âge avancé [...] il va crever en prison », dit-il. Mais il pardonne l'ancien leader des Serbes de Bosnie.

« Seulement le pardon pouvait nous permettre d'avancer au-delà de cette haine-là et c'est ce qui nous distingue de ce type de personnes, de ces idéologies fascistes », constate-t-il. 

L'écrivaine montréalaise Maya Ombasic est aussi satisfaite de la condamnation de M. Karadzic, mais elle déplore la lenteur du processus judiciaire. « Je déplore surtout que tous les criminels des tous les côtés ne soient pas condamnés et que Karadizc est certes coupable, mais que c'est aussi un bouc émissaire », soutient l'auteure du livre Mostargia, qui aborde ce conflit.

Elle se souvient d'une enfance « extrêmement heureuse » jusqu'au jour où un camion-citerne a explosé à Mostar. « On a pris les passeports [...] on nous a dit : « vous allez revenir dans une semaine quand tout ça va se calmer » et on n'est plus jamais revenus », dit-elle. Elle n'a perdu aucun membre direct de sa famille durant le conflit.

Son père, qui est décédé au Canada il y a quelques années, a toutefois été profondément marqué par la guerre. « Il tenait absolument à être enterré là-bas, comme quoi s'était quand même son pays malgré tout ce qui s'est passé », dit-elle.

La guerre inspire encore aujourd'hui les deux auteurs dans leur écriture. « La grande question qui me taraude, c'est le lien que l'inconscient individuel peut avoir par rapport à la grande politique », dit Mme Ombasic, en citant l'exemple de Radovan Karadzic, psychiatre issu d'une famille très modeste, qui deviendra chef militaire et politique puis criminel de guerre.

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