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Conflit syrien : le sort d'Al-Assad divise toujours les Russes et les Américains

Puisant dans l'histoire de la fondation de l'ONU - les cendres de la Deuxième Guerre mondiale - le président américain Barack Obama a tendu la main à l'Iran et à la Russie afin de parvenir à une résolution diplomatique du conflit syrien. Il exclut cependant toute collaboration avec le président syrien Bachar Al-Assad, alors que Moscou en fait la pierre d'assise de son approche.

« Les États-Unis sont prêts à travailler avec tous les pays, y compris la Russie et l'Iran, pour résoudre le conflit », a lancé M. Obama lors de son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies. Il s'est toutefois empressé d'ajouter que « nous devons reconnaître qu'après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d'avant la guerre », référant au président syrien Bachar Al-Assad.

Au cours de son allocution, M. Obama a délimité les limites de sa collaboration en qualifiant Bachar Al-Assad de « tyran » qui « massacre des enfants innocents ». En référence à la position russe, qui consiste à s'appuyer sur Al-Assad pour sortir de la guerre civile, M. Obama a dénoncé la logique consistant à soutenir « des tyrans comme Bachar Al-Assad » sous prétexte que l'alternative « serait pire ».

Prenant la parole peu après, Vladimir Poutine a plutôt fait valoir que le monde devrait collaborer avec Bachar Al-Assad. « Nous pensons que c'est une énorme erreur de refuser de coopérer avec le gouvernement syrien et ses forces armées, qui tiennent courageusement tête au terrorisme », a-t-il fait valoir.

« Nous devrions reconnaître que seules les forces armées du président Assad et les milices (kurdes) combattent réellement l'État islamique et d'autres groupes terroristes en Syrie », a-t-il ajouté.

Pour lutter contre le groupe armé État islamique, le président russe préconise en fait la mise en place d'une large coalition internationale « similaire à celle qui a combattu le nazisme », et intégrant les principaux pays du Proche-Orient. Selon lui, le Conseil de sécurité de l'ONU devrait adopter une résolution à ce sujet.

Les discours des présidents Obama et Poutine interviennent à un moment où la Russie tente de prendre l'initiative dans le conflit syrien qui ravage le pays depuis plus de quatre ans.

La Russie a renforcé sa présence militaire en Syrie au cours des dernières semaines, mais Vladimir Poutine a déjà déclaré que son pays ne prévoyait pas, « en tout cas pas pour l'instant », de déployer des troupes au sol en Syrie.

MM. Poutine et Obama devaient se rencontrer - une première en plus de deux ans - au terme du discours du président russe.

Les deux hommes ont eu un long entretien en tête à tête peu après, qualifié par Vladimir Poutine de « franc et fructueux ».

Un groupe de contact

Le ministère russe des Affaires étrangères russe a révélé ce matin qu'un groupe de travail - réunissant les États-Unis, la Russie, l'Arabie saoudite, l'Iran, la Turquie et l'Égypte - se réunira à compter du mois d'octobre.

« Quatre groupes de travail doivent être formés à Genève, et la rencontre du groupe de contact incluant les principaux acteurs, je pense, se réunira en octobre après la session de l'Assemblée générale de l'ONU », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, à l'agence Ria Novosti.

« Le niveau [de représentation] n'a pas encore été décidé, poursuit-il. Je pense que cela peut être un travail à plusieurs niveaux, au niveau des experts, des vice-ministres ou des ministres mêmes, si nécessaire. »

Le médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffa de Mistura, devrait également se joindre au groupe de contact. M. de Mistura a réuni, au cours du mois de septembre, quatre groupes de travail thématiques, mis sur pied par l'ONU, dans le but de relancer les négociations.

Les deux sommets de Genève sur la Syrie n'ont pas permis de parvenir à une entente pour mettre un terme au conflit.

Washington et Paris refusent toutefois d'inclure le régime de Damas dans l'équation devant mener à une sortie de crise.

Déclenché par la répression de manifestations antigouvernementales pacifiques en mars 2011, le conflit a dégénéré en une guerre civile qui a fait plus de 240 000 morts en quelque quatre ans et demi. Des millions d'autres ont fui les affres de la guerre et ont gonflé le nombre de migrants réclamant le statut de réfugié en Europe.

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