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Congrès du Parti québécois : l’ouragan n’est pas passé

ANALYSE - Pendant que la Floride subissait la force destructrice de l'ouragan Irma et que près de sept millions de personnes recevaient un ordre d'évacuation, environ 1500 délégués du Parti québécois se sont entassés dans le Palais des congrès à Montréal par une belle fin de semaine de septembre. On faisait des hypothèses sur la tempête qui ébranlerait le PQ si le vote de confiance envers Jean-François Lisée n'était pas bon.

Finalement, il n'y pas eu de tempête, même pas un fort vent de face. Les militants ont plutôt soufflé dans les voiles de leur chef.

92,8 %! À quelques décimales près, Jean-François Lisée, a frôlé le taux d’appui historique que Pauline Marois avait obtenu en 2011. Les sceptiques sont confondus, le pari est gagné.

Finalement le PQ n’est peut être plus « un peu bizarre » comme le disait son ancien chef, Bernard Landry. Les militants « rebelles », ceux qui déchiraient leur chemise sur la place publique à la moindre occasion, qui provoquaient des psychodrames à n’en plus finir, qui ne voulaient pas concentrer le pouvoir dans les mains du chef, se sont-ils assagis? Sont-ils toujours au PQ? Ont-il été matés?

En fait, on a l’impression qu’ils se sont fait injecter une bonne dose de pragmatisme et qu’ils sont maintenant pas mal plus disciplinés. Les chicanes internes projetaient une image négative de division dans l’opinion publique.

Ce temps semble révolu, surtout depuis que M. Lisée a convaincu les membres du parti de reporter la démarche référendaire. Ce qui n’empêche pas le PQ d’aborder des sujets, disons, délicats et de flirter avec ce que j’appellerais ses vieux démons. L’application de la loi 101 aux cégeps et la neutralité religieuse de l’État.

La loi 101 dans les cégeps

Le débat sur les cégeps était probablement le plus dangereux. Le PQ ne pouvait pas se permettre de donner l’impression de restreindre le libre choix des étudiants qui veulent étudier en anglais.

Il a plutôt choisi une approche subtile. Renforcer l’enseignement de l’anglais dans les cégeps francophones pour y attirer ceux qui veulent apprendre l’anglais. Mais quand même prévoir un financement des cégeps anglophones correspondant à leur poids démographique. Cette proposition ne peut mener qu’à une baisse du financement actuel. Les adversaires du PQ prononceront rapidement le mot astuce pour la qualifier.

La neutralité religieuse

Sur le front de la laïcité, la députée Agnès Maltais a été réquisitionnée d’urgence pour désamorcer un début de controverse. Les militants ont adopté une proposition pour étendre le principe de neutralité politique des employés de l’État à la neutralité religieuse. Cela veut-il dire que les fonctionnaires ne pourraient pas porter de signes religieux visibles, comme ils ne peuvent pas porter de macarons d’un parti politique?

Charte des valeurs quand tu nous tiens! Non, a répondu la députée. Pour l’instant seules les personnes en autorité, policiers, juges, procureurs et éducatrices de CPE et enseignants, ne pourraient pas en porter.

L’illusion du 92,8 %

Les militants ont fait leur bout. Ils ont répondu à l’appel d’unité. 92,8 % d’appui, c’est au-delà des espérances. M. Lisée peut assurément s’en réjouir.

Mais ce taux d’appui restera une grande illusion ou un écran de fumée si le chef n’arrive pas à démontrer, dans la prochaine année, qu’il représente l’alternative au gouvernement libéral. Jusqu’à maintenant il a échoué le test. Une fois les vapeurs de l’euphorie du vote de confiance dissipées, un autre chiffre, implacable, se profilera. C’est le chiffre 22!

Le Parti québécois est troisième dans les sondages, avec 22 % d’appui. L’audacieux pari de reporter la démarche référendaire ne semble pas avoir été payant. Au tour donc du chef de faire son bout de chemin, pour que son « chemin des victoires » ne devienne pas un chemin des déboires. Qu’il le veuille ou non, c’est un défi beaucoup plus grand qu’un vote de confiance dans un parti, même au Parti québécois.

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