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Consultations sur le cannabis : entre préoccupations et intérêts financiers

La légalisation de la marijuana pour une consommation à des fins récréatives, qui entrerait en vigueur le 1er juillet 2018, en inquiète plus d'un. C'est pourquoi le gouvernement du Québec organise des consultations régionales sur l'encadrement du cannabis.

Un texte de Florence Reinson

Plusieurs organisations, telles que la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), l'Union des producteurs agricoles (UPA) et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), viendront faire part de leurs craintes et de leurs recommandations, jeudi et vendredi à Montréal.

La FMSQ estime que de rendre le cannabis légal en 2018 est beaucoup trop rapide. Elle encourage Ottawa et Québec à resserrer la réglementation pour éviter que cette politique ait des conséquences négatives sur la santé publique.

Elle craint que la légalisation de la marijuana entraîne dans son sillage une augmentation des coûts des soins au Québec.

Les médecins spécialistes redoutent entre autres que la légalisation fasse augmenter le nombre de cancers du poumon, de cas d'asthme et de grossesses à risques. Ils s’inquiètent également de l’effet qu’aurait la légalisation sur les jeunes, mettant de l’avant que, selon une étude de l'Institut de la statistique du Québec, ils sont nombreux à consommer cette drogue même si elle est encore illégale.

Fixer l'âge légal à 21 ans

Dans le mémoire qu’elle présentera jeudi, la FMSQ suggère notamment d'imposer au cannabis le même encadrement législatif et réglementaire que pour le tabac, de fixer l'âge minimal pour se procurer le produit à 21 ans, ainsi que de réglementer et de contrôler le taux de THC, le tétrahydrocannabinol, qui est l'ingrédient actif du cannabis.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) tire elle aussi la sonnette d’alarme, estimant qu’il reste beaucoup à faire avant l’entrée en vigueur de la loi si on veut protéger adéquatement les jeunes. Il est primordial pour elle que la légalisation du cannabis ne soit pas perçue comme une banalisation de sa consommation ou des conséquences qu'il peut avoir sur la santé.

La FIQ, qui représente des infirmières, des inhalothérapeutes et des perfusionnistes cliniques, affirme que ses membres sont déjà surchargés de travail, et que les équipes qui oeuvrent en santé mentale ou auprès des populations vulnérables se disent particulièrement inquiètes.

Ses conclusions rejoignent celles de la FMSQ concernant la nécessité de protéger les jeunes et de retarder l’âge légal pour consommer du cannabis. Elle recommande aussi de mettre sur pied des activités de prévention.

Réinvestir en santé publique

Par ailleurs, un réinvestissement important en santé est essentiel avant l’entrée en vigueur de la loi, selon la FIQ, qui rappelle que ce secteur a essuyé des compressions budgétaires importantes au cours des dernières années.

Les intervenants de santé publique sont ainsi beaucoup moins nombreux sur le terrain et ils n’ont plus vraiment de liens avec le milieu scolaire ou la sécurité publique, déplore la FIQ.

Évoquant une éventuelle taxe sur les produits du cannabis, la FIQ note qu’un prix de vente trop élevé pourrait encourager les consommateurs à chercher des produits à moindre coût sur le marché illicite.

Enfin, la FIQ insiste pour que la commercialisation des produits du cannabis ne soit pas contrôlée par les intérêts des entreprises privées.

Dans le mémoire préparé en vue de la consultation, l'organisation syndicale rappelle que « les acteurs impliqués dans l’industrie du cannabis sont incités, par leurs intérêts financiers, à utiliser différentes techniques de marketing pour augmenter la consommation de leurs produits et la fidélisation de leur clientèle. La commercialisation est en soi difficilement dissociable d’une logique de marché basée sur la recherche de profits ».

Commercialisation des produits

La FIQ appuie l’une des avenues proposées par l’Institut national de santé publique du Québec, qui est d’instaurer une approche à but non lucratif de la production à la consommation et de confier à un organisme gouvernemental l’application de la réglementation.

Les producteurs agricoles, eux, veulent se tailler la part du lion et proposent la création d’une filière consacrée à la production et à la mise en marché du cannabis.

« Dans cette optique, l’Union croit important de mettre en place des mesures afin que les producteurs agricoles québécois puissent prendre une juste part à cette production agricole à l’intérieur du Québec et du Canada », écrit l’UPA, dans le mémoire qu’elle présentera jeudi lors de la consultation publique.

Aide financière

Les producteurs agricoles auront sans doute des investissements importants à réaliser pour démarrer une production de cannabis, selon l’organisme qui estime que le gouvernement du Québec devrait envisager de soutenir financièrement, par le biais de programmes d’aide à l’investissement, ceux qui désirent se lancer dans cette production.

Le secteur agricole est en mesure de répondre aux impératifs de qualité recherchés par les autorités et les producteurs agricoles détiennent l’expertise nécessaire à la production du cannabis, estime l’UPA, qui propose que ceux-ci prennent part à l’élaboration des règles qu’ils devront appliquer.

Le contrôle et la traçabilité des produits revêtiront une grande importance. Le recours à un système fiable et éprouvé permettra de limiter l’infiltration de groupes criminalisés, croit l’UPA. L'Union suggère que ce rôle revienne à Agri-Traçabilité Québec (ATQ), un organisme sans but lucratif, créé en 2001 afin de mettre en place un système de traçabilité dans les secteurs bovin, ovin et porcin.

Les policiers réclament formation et investissement

La Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ) affirme, elle aussi, que ses membres ne sont pas prêts pour l'entrée en vigueur de la légalisation de la marijuana.

Moins de 1 % des policiers de la province sont formés pour détecter la présence de cannabis chez les automobilistes, dénonce-t-elle, alors qu’ils sont 10 fois plus nombreux à pouvoir évaluer l’alcool au volant.

« Cette situation est préoccupante quand on sait que les accidents de la route après la consommation de cannabis ont augmenté de 40 % au Colorado après la légalisation. Il faut rapidement former de nouveaux policiers et acquérir l’équipement nécessaire », explique le président de la FPMQ, Robin Côté, par voie de communiqué.

La Fédération estime qu’il devrait y avoir au moins un agent par patrouille qui soit capable de détecter la conduite avec facultés affaiblies par le cannabis.

Par ailleurs, elle note que l’équipement adéquat fait cruellement défaut.

La FPMQ entend encore soulever la question, lors des consultations publiques, de l’absence de norme relative aux facultés affaiblies et souligner les enjeux que posent la consommation de produits comestibles, la culture de cannabis à domicile, la possession et la distribution.

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