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Contrairement à l’adage, dans la LNH, la défense ne gagne plus les championnats

Avant le septième match opposant les Predators de Nashville aux Jets, cette série mettant aux prises les deux meilleures formations du calendrier semblait incroyablement serrée. Le score total était de 22-18 en faveur de Winnipeg (un mince écart après six rencontres) et les deux clubs se trouvaient au coude-à-coude dans presque toutes les catégories statistiques.

Par contre, dans la catégorie « diversité offensive » (ou « profondeur » comme on dit souvent), les Jets se situaient dans une classe à part. Pendant que Nashville dépendait presque exclusivement de son premier trio (composé de Forsberg-Johansen-Arvidsson), l’attaque canadienne provenait en quelque sorte de partout.

Cinq attaquants des Jets fonctionnaient à plein régime, et ce, même si Patrick Laine (auteur de 44 buts en saison) et Nikolaj Elhers (29 buts en saison) n’ont secoué les cordages qu’une seule fois (à eux deux) au deuxième tour.

Au bout du compte, la défense atteint rapidement ses limites. C’est d’ailleurs ce que nous apprennent les séries de la Coupe Stanley depuis trois ans.

En plus de voir leur gardien numéro un chanceler du début à la fin de leur tournoi éliminatoire, les Predators n’ont obtenu que 35 points de leurs attaquants, alors que les Jets en ont récolté 60. C’est donc la profondeur qui l’a emporté.

Le hockey est cruel. Malgré l’acquisition de deux centres (Bonino et Turris) au cours de la dernière année et malgré la conquête du trophée des Présidents, le DG de Nashville, David Poile, se retrouve dans la même position qu’après sa défaite en finale contre Pittsburgh : son groupe d’attaquants manque encore de diversité.

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Depuis le premier jour du calendrier, les amateurs se demandent quelle mouche a bien pu piquer les Golden Knights de Vegas. Ce n’est pas compliqué. Le repêchage d’expansion leur a instantanément donné accès la la substantifique moelle du hockey: la profondeur.

En pigeant dans une vaste banque de joueurs de deuxième et de troisième trios à travers la ligue, George McPhee a pu se donner le genre de munitions dont jouissent les DG des meilleures équipes.

Au premier tour, impliqué dans un concours d’étanchéité défensive avec les Kings de Los Angeles, McPhee a vu sept marqueurs différents concrétiser un improbable balayage. Au second tour, pendant que les Sharks ne voyaient que deux de leurs attaquants franchir le cap des deux buts, les Golden Knights ont vu six de leurs attaquants atteindre ou surpasser cette marque.

Quand l’air se raréfie en séries, c’est l’attaque qui amène de l’oxygène et qui attise le feu. D’ailleurs, les quatre meilleures défenses du circuit (Los Angeles, Nashville, Anaheim et Boston) n’ont pas franchi le deuxième tour éliminatoire.

Parmi les quatre équipes encore en vie, seulement deux (Winnipeg et Vegas) faisaient partie du top 10 de la LNH en défense. Par contre, le quatuor faisait partie du top 10 en attaque.

Pour toutes ces raisons, je prédis une présence des Jets de Winnipeg en grande finale de la Coupe Stanley. Cette série opposera deux excellents gardiens et deux défenses extrêmement solides. Au bout du compte, l’attaque la plus talentueuse l’emportera une fois de plus. Winnipeg en sept.

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Jetez un coup d’oeil dans l’Est et le scénario s’est produit à peu près de la même façon.

Le Lightning de Tampa Bay a facilement triomphé des Bruins de Boston, qui formaient pourtant une puissance de cette association, parce que les Bruins n’avaient rien d’autre à offrir que le trio composé de Marchand-Bergeron-Pastrnak.

Le cas des Capitals de Washington est différent. Leur attaque était inférieure à celle des Penguins, mais Pittsburgh était décimé au deuxième tour. Malkin jouait en dépit d’une blessure, Kessel aussi, et j’en passe. Les doubles champions de la coupe ne fonctionnaient qu’à un seul trio, celui de Crosby.

En conservant la même grille d’analyse, il est donc extrêmement difficile de concevoir que les Capitals puissent battre le Lightning en finale de l’Est. Sur le plan de la diversité, les attaques des deux clubs ne sont pas dans la même ligue.

Après leurs gros canons (Ovechkin, Kuznetsov, Backstrom et Oshie), les Capitals dépendent d’attaquants comme Lars Eller, Tom Wilson, Chandler Stepenson et Jakub Vrana.

Du côté de Tampa, ce sont Nikita Kucherov, Brayden Point, Steven Stamkos et Ondrej Palat qui font le gros des dégâts. Et leur deuxième vague, nettement supérieure, est composée de joueurs comme J.T. Miller, Alex Killorn, Yanni Gourde et Tyler Johnson.

Parce que la diversité est une fois de plus en vedette cette année, ce sera Tampa Bay en six.

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Parlant de diversité, pour la première fois dans l’histoire de la LNH, les quatre formations qui sont parvenues à se faufiler dans le carré d’as des séries de 2018 ne totalisent qu’une seule coupe Stanley ou moins (Tampa Bay a remporté le trophée en 2004).

C’est en plein le genre de statistique que Gary Bettman aime souligner dans ses conférences de presse. En fait, c’est le genre de scénario dont le commissaire rêve à l’année, parce que c’est bon pour les affaires et parce que ça répand l’espoir un peu plus également parmi les partisans, aux quatre coins de la ligue.

Quand même, n’oublions pas que Tampa est une équipe aguerrie qui se retrouve en finale d'association pour la troisième fois en quatre ans.

Au cours des 20 dernières années, seulement sept autres équipes ont réussi pareil tour de force. Et parmi ces sept équipes exceptionnelles, seuls les Rangers de New York (2012, 2014 et 2015) ne sont pas parvenus à remporter la coupe au moins une fois.

Quand on amorce la dernière montée et qu’on aperçoit le sommet, l’expérience devient souvent aussi vitale que la diversité de l’attaque, le brio du gardien ou l’étanchéité du système défensif. Il sera intéressant de voir si le Lightning en fera bon usage.

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