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Corée du Nord : Trump croit ses menaces « peut-être pas assez dures »

Le président américain Donald Trump ne regrette en aucune façon sa promesse de répondre par « le feu et la fureur » à la Corée du Nord si cela devient nécessaire, si ce n'est qu'elle n'était « peut-être pas assez dure ».

Loin de prendre les moyens pour calmer les tensions entre les deux pays, M. Trump a redoublé de virulence face au régime qui menace sans vergogne le territoire américain de Guam, dans l'océan Pacifique.

« Il est grand temps que quelqu'un parle haut et fort pour les habitants de notre pays et les habitants d'autres pays », s’est-il justifié devant des journalistes sur son terrain de golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il est en vacances.

Il n’a cependant pas voulu en dire davantage sur la possibilité que Washington lance des frappes préventives contre la Corée du Nord si celle-ci poursuit le développement de ses programmes nucléaire et balistique : « Nous ne nous exprimons pas là-dessus. Je ne le fais jamais. [...] Nous verrons ce qui se passera. »

Puis, il a de nouveau lancé une mise en garde au régime de Kim Jong-un.

« Les Nord-Coréens doivent se ressaisir, ou ils vont se retrouver dans le trouble comme peu de nations l'ont été », a-t-il ajouté, le vice-président Mike Pence à ses côtés.

« Nous avons l'appui de 100 % de notre personnel militaire, a-t-il assuré. Nous avons l'appui de plusieurs leaders. Nous avons l'appui de tout le monde. »

Cette déclaration a trouvé écho de l'autre côté du globe, alors que le premier ministre australien Malcom Turnbull a assuré les États-Unis du soutien de son pays.

« Les États-Unis n'ont pas d'allié plus solide que l'Australie », a ainsi déclaré M. Turnbull sur les ondes de la station de radio 3AW.

Le chef du gouvernement australien a également invoqué l'accord mutuel de défense Anzus, signé en 1951 entre Canberra et Washington.

En cas d'attaque nord-coréenne contre les États-Unis, « l'Australie apportera son aide », a assuré le premier ministre Turnbull.

Donner sa chance à la diplomatie

Le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a insisté de son côté sur le fait que « les efforts américains sont d'abord portés par la diplomatie », reconnaissant qu'un conflit armé serait « catastrophique ».

« La diplomatie donne des résultats et je veux conserver cette dynamique », a-t-il affirmé.

Donald Trump a souligné que la négociation sera toujours sur la table, mais il a ajouté que ses prédécesseurs n'étaient arrivés à rien en privilégiant cette voie. « Regardez [Bill] Clinton : il s'est écrasé en négociant, a déploré M. Trump. Il était faible et inefficace. Regardez ce qui est arrivé avec [George W.] Bush et regardez ce qui est arrivé avec [Barack] Obama. Obama ne voulait même pas en parler. Mais moi, j'en parle. Il était temps que quelqu'un le fasse. »

Il a visé en particulier le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un : « Il a grandement manqué de respect à notre pays. Il a dit des choses horribles. Et avec moi, il ne va pas s'en tirer comme ça. Il s'en est tiré pendant longtemps, entre lui et sa famille. [...] Mais la donne a changé. »

M. Trump a de plus répété que les dirigeants de la Chine peuvent, doivent et vont « en faire beaucoup plus » pour mettre de la pression sur le régime de Kim Jong-un, dont la Chine est le principal partenaire commercial. « Ils savent ce que j'en pense. Cela ne va pas continuer comme ça », a-t-il déclaré.

L'armée nord-coréenne a dévoilé jeudi un projet portant sur le lancement de quatre missiles vers le territoire américain de Guam. Des experts se sont dits d’avis qu’une telle salve obligerait Washington à tenter d’intercepter les missiles, sans quoi sa crédibilité serait entachée.

Cet avertissement de Pyongyang faisait suite à un précédent tweet menaçant du chef de la Maison-Blanche affirmant que l'arsenal nucléaire américain était « plus fort et plus puissant que jamais ».

La théorie de l'homme fou

Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), directeur de l'Observatoire sur les États-Unis et professeur au département de science politique, Frédérick Gagnon s'est demandé « quelle est la logique derrière ça? C’est difficile de comprendre ce que le président Trump veut accomplir. »

M. Gagnon a évoqué en entrevue la stratégie de l'homme fou, une des pièces maîtresses de la politique étrangère des États-Unis, à l'époque du président Nichard Nixon et du secrétaire d'État Henry Kissinger.

« Il y a des observateurs qui disent en ce moment que Trump n’est peut-être pas si fou que ça, peut-être qu’il est plus brillant qu’on le croit, et qu’il emploie cette espèce de rhétorique pour brasser la soupe un petit peu, forcer le régime de Kim Jong-un à faire des concessions sur le plan diplomatique, sur le plan de cet arsenal nucléaire, et peut-être aussi forcer la Chine à y aller de sanctions qui ont un petit peu plus de mordant à l’égard de la Corée du Nord », a-t-il dit.

Frédérick Gagnon a également avancé que le président Trump pourrait avoir des motivations bien loin de la politique internationale. « Sur le plan de la politique intérieure, M. Trump est en difficulté. Ses taux d’approbation diminuent. Il y a à peu près 37 % de la population américaine qui appuie le président en ce moment. Il est embourbé dans toutes sortes d’affaires, notamment l’enquête du FBI sur les liens entre la Russie et son administration. Donc c’est clair que de faire preuve de fermeté à l’égard de la Corée du Nord peut permettre à Trump de détourner l’attention. »

« Il a toujours essayé de se distinguer de Barack Obama, de faire un petit peu le contraire de ce que Barack Obama avait fait, a également rappelé le spécialiste de la politique américaine. Et sur la Corée du Nord, les partisans de Trump disent qu’Obama n’a rien fait. »

« M. Trump parle à sa base électorale depuis l’élection, depuis qu’il est en poste à la Maison-Blanche et je pense qu’il a peut-être déjà l’œil sur [l’élection présidentielle de] 2020, a ajouté M. Gagnon. Les républicains ont l’œil sur les élections [de mi-mandat] de 2018. Donc, parler de ces choses, de faire preuve de fermeté peut être utile sur le plan de la politique intérieure. »

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