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Couillard ne prévoit pas réintégrer Hamad au Cabinet prochainement

Sam Hamad restera député pendant encore un certain temps, à en croire Philippe Couillard, qui a répondu aux questions des Québécois mercredi soir durant l'émission spéciale En direct avec le premier ministre. Cette entrevue d'une heure animée par Patrice Roy coïncidait avec la fin des travaux parlementaires à l'Assemblée nationale.

Un texte de Jérôme Labbé et de Sophie-Hélène Lebeuf

Le député de Louis-Hébert avait été écarté du Cabinet après que Radio-Canada eut découvert que Marc-Yvan Côté avait bénéficié d'un accès privilégié auprès de lui alors qu'il était ministre au sein du gouvernement de Jean Charest. Une subvention à l'entreprise Premier Tech, qui comptait M. Côté au sein de son conseil d'administration, avait été haussée après un déjeuner entre les deux hommes.

« C'est une question qui est sérieuse, a reconnu le premier ministre. Les rapports sont connus, mais je ne ferai pas ce jugement ici. Je ne ferai pas d'annonce aujourd'hui pour dire que cette personne ou cette autre personne est qualifiée ou disqualifiée. M. Hamad est député; il n'est pas actuellement au Conseil des ministres. Quand il y aura des changements, on vous avisera. »

Le 2 juin dernier, la vérificatrice générale a statué que l'aide versée à Premier Tech reposait sur un processus peu rigoureux. Une semaine plus tard, le commissaire à l'éthique de l'Assemblée nationale a déposé son propre rapport, dans lequel il a reproché à M. Hamad d'avoir bafoué les règles de base du code d'éthique des parlementaires, sans toutefois recommander l'imposition de sanctions.

Une heure d'entrevue en direct

L'entretien qui a été fait dans les studios de Radio-Canada était diffusé simultanément sur ICI RDI et sur les plateformes numériques de Radio-Canada. C'était la première fois qu'un chef de gouvernement québécois se prêtait à un tel exercice.

D'entrée de jeu, Philippe Couillard s'est dit satisfait de ses deux premières années de mandat qui se sont terminées le printemps dernier.

« Je crois qu'on accomplit bien notre mandat. Bien sûr, il y a toujours des choses qu'on peut faire mieux, mais il y a eu beaucoup de bonnes nouvelles pour le Québec récemment, et ce qu'on avait promis de faire aux Québécois, on est en train de le faire à plusieurs égards. »

Si ces deux années ont été marquées par d'importantes compressions budgétaires, le premier ministre refuse toujours aujourd'hui d'utiliser le terme « austérité ».

« Si je ne l'aime pas, c'est qu'il n'est pas exact. Lorsqu'on parle d'austérité, on fait appel aux exemples qu'on a vus en Europe, où il y a eu des coupes massives dans les budgets des ministères. Je répète : on n'a diminué les budgets d'aucun ministère. On les a fait croître beaucoup moins rapidement, c'est vrai, pour établir l'équilibre, mais on est à des années-lumière de ce qui a été le cas en Grèce, en Angleterre et en Espagne. »

Les compressions des dernières années, notamment à l'aide sociale, ont néanmoins entraîné toutes sortes de conséquences, dont la fermeture inopinée du centre de désintoxication Mélaric, à Saint-André-d'Argenteuil. Le centre a pu rouvrir quatre mois plus tard, mais le gouvernement a été accusé, notamment par l'opposition, de manquer de compassion envers les personnes les plus vulnérables de la société.

Le premier ministre, qui a semblé avoir de la difficulté à reconnaître les bénéficiaires du centre Mélaric, s'est dit sensible à leur détresse.

Refusant de parler de « recul », M. Couillard s'est réjoui que la ministre Lucie Charlebois ait trouvé le moyen de rouvrir le centre Mélaric. « On a regardé la situation, on a travaillé avec les gens de l'aide sociale et on a rétabli la situation », s'est-il félicité.

À la lumière du cas de François Marcotte, ce résident d'un CHSLD de Québec qui a lancé une campagne de sociofinancement pour obtenir deux douches de plus par semaine, le premier ministre a par ailleurs reconnu qu'il manquait du personnel dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée de la province.

« On n'a pas assez de ressources dans les CHSLD, a-t-il admis. Mais la vraie question qui suit, c'est : "Comment on fait pour avoir plus de ressources pour nos soins de santé, notamment pour nos CHSLD?" Je reviens encore une fois au résultat qui nous est apporté maintenant, d'avoir des marges de manoeuvre, il faut les générer. »

L'emploi comme priorité

En ce qui concerne sa promesse électorale de créer 250 000 emplois en 4 ans, M. Couillard a refusé d'admettre qu'elle était irréaliste.

« C'est ambitieux, mais les chiffres qu'on voit sont également encourageants et je crois qu'on a beaucoup d'atouts au Québec qu'on va pouvoir faire valoir au cours des prochaines années et qui vont nous rapprocher de cette cible. »

Depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux, en avril 2014, il s'est créé 57 600 emplois au Québec. Selon les prévisions de l'économiste Pierre Fortin, ce chiffre devrait atteindre 138 200 d'ici les prochaines élections si l'économie continue de croître au même rythme qu'actuellement.

« On est dans des situations économiques qui sont difficiles, a fait valoir le premier ministre. Qui aurait prédit, même pendant la période électorale, que l'économie chinoise ralentirait à ce point? Que la demande de matières premières diminuerait de cette façon? On a des défis importants, mais je crois qu'au Québec, on a la capacité de relever ces défis. »

Questions d'éthique

M. Couillard a également été interrogé sur l'avenir de Robert Poëti, qui a perdu son poste de ministre des Transports lors du dernier remaniement ministériel. Redevenu simple député, celui-ci a par la suite confié à un journaliste que ses recommandations en matière de gestion n'avaient pas été suivies par son successeur, Jacques Daoust, ce qui a déclenché une crise au MTQ. Un citoyen a proposé que M. Poëti revienne à la tête du ministère des Transports.

« Si la raison du fait que M. Poëti a quitté le Conseil des ministres avait un rapport avec ça, bien sûr, je comprends la question, et la réponse s'imposerait. Mais il n'y a aucun rapport, a certifié le premier ministre. Les décisions de formation de conseils des ministres se font sur des raisonnements ou des considérations qui sont beaucoup plus larges, malheureusement, et qui parfois ont des conséquences sur les individus - et je le regrette, parce que j'aime beaucoup Robert Poëti [...] mais il n'y a aucun rapport. »

Questionné sur la gestion globale des questions de corruption au gouvernement, M. Couillard a souligné que la moitié des recommandations de la commission Charbonneau avait été adoptées jusqu'à maintenant.

 « Je crois que sur le plan de l'éthique, [...] les choses ont été bien faites. Est-ce qu'on peut s'améliorer? Je pense qu'on peut toujours s'améliorer. Mais on est sur la bonne voie », a-t-il estimé.

Tirs groupés sur Couillard

Un gouvernement déconnecté, qui coupe trop, agit peu et définit les mauvaises priorités : aux yeux de l'opposition, le bilan de mi-mandat des libéraux est loin d'être aussi positif que celui dressé par le premier ministre.

« Les gens qui souffrent des coupures libérales, ce sont des gens qui sont vulnérables et qui n'ont pas nécessairement une voix pour le dire », a dénoncé le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) Simon Jolin-Barrette, qui participait avec deux autres élus à un panel de Radio-Canada tenu sur Facebook après l'entrevue.

« Les parents se battent pour avoir des ressources », a renchéri le député du Parti québécois Dave Turcotte, donnant en exemple les enfants handicapés, l'aide aux devoirs ou encore les livres dans les écoles. « Le réseau [d'éducation] n'est plus capable d'absorber les nombreuses coupures. Les choix qui ont été faits par le gouvernement actuel ne sont pas les bons », a-t-il tranché.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, est allé plus loin, dénonçant l'« obsession du déficit zéro » du gouvernement libéral. « La priorité du gouvernement devrait être les CHSLD, notre réseau d'éducation », a-t-il jugé. Et, croit-il, l'argent ne manque pas.

Pourtant, a souligné M. Khadir, Philippe Couillard refuse de parler d'austérité. « Ça fait partie de l'incapacité de ce gouvernement de M.Couillard d'être proche de la réalité et de nommer les choses telles qu'elles sont », a-t-il estimé.

L'attitude de M. Couillard est la même sur le plan éthique, a enchaîné M. Khadir, évoquant au passage sa « difficulté à admettre que Sam Hamad a mal agi ».

Si le premier ministre n'envisage pas d'offrir dans un avenir rapproché un portefeuille à l'ex-président du Conseil du Trésor, Simon Jolin-Barrette n'en trouve pas moins sa réponse beaucoup trop timide. Il « n'est pas capable de dire franchement qu'il ne réintégrera pas Sam Hamad au Conseil des ministres même si le commissaire à l'éthique dit qu'il y a eu des manquements flagrants aux valeurs de l'Assemblée nationale », a-t-il critiqué.

« On a un premier ministre qui est complètement déconnecté, qui ne souhaite pas s'occuper des affaires de tous les jours, qui gouverne à vue », a jugé M. Jolin-Barrette.

Le problème, a dénoncé M. Turcotte, c'est aussi que le premier ministre exprime « beaucoup de vœux pieux » et semble faire de tous les enjeux sa priorité. « Dans les faits, l'action n'est pas nécessairement au rendez-vous. »

« Le premier ministre n'est plus crédible sur à peu près rien », a de son côté conclu Amir Khadir.

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