Retour

Coup de balai annoncé sur la « Jungle » de Calais

L'exercice s'appelle une maraude et se répète maintenant tous les jours dans la « Jungle » de Calais. Des agents de l'État français, bottes aux pieds et gilet fluo orange ou rouge sur le dos, arpentent les allées boueuses et parsemées de flaques d'eau de ce camp de migrants improvisé.

Un texte de Jean-François Bélanger

La préfecture du Pas-de-Calais a annoncé récemment son intention d'évacuer et de raser la moitié sud du bidonville qui donne une mauvaise image à la ville. Selon les estimations, entre 1000 et 2000 personnes qui y vivent devront être relogées. Alors, les fonctionnaires vont à la rencontre des migrants pour tenter de les convaincre de quitter les lieux.

Comme la quasi-totalité d'entre eux, Salah Dakeen a échoué ici alors qu'il rêvait d'aller en Grande-Bretagne. Mais les contrôles renforcés aux frontières sont venus contrecarrer son projet.

Devant le taudis où Salah Dakeen habite depuis six mois, Georgia Fayet fait la liste des options qui s'offrent à lui. « Vous pouvez aller vers un centre d'accueil ailleurs en France; vous aurez un toit sur la tête, vous serez nourri, et vous pourrez faire une demande d'asile », explique-t-elle au jeune migrant soudanais. La chargée de l'accueil des populations migrantes au département du Pas de Calais exhibe une carte de la France listant les centres d'hébergement répartis sur le territoire.

Mais Salah Dakeen est loin d'être convaincu. « La France rejette toutes les demandes d'asile des réfugiés soudanais », affirme-t-il, ne cachant pas sa crainte d'être expulsé en cas de refus.

L'option présentée aux habitants de la « Jungle » qui refusent de quitter Calais est de déménager quelques centaines de mètres plus loin dans un nouveau centre d'hébergement provisoire ouvert en janvier. Constitué de 125 conteneurs pouvant abriter 12 personnes chacun, le centre peut accueillir un total de 1500 personnes. Près de 1000 y ont déjà élu domicile.

C'est le cas de Mohammed Saïr, un Afghan originaire de la province du Panshir. Il s'est installé mi-janvier avec ses amis dans le conteneur portant le numéro 76. Il avoue y être mieux logé que dans la tente qu'il occupait auparavant. Mais pas question pour lui de demander l'asile en France. « J'ai de la famille en Grande-Bretagne, explique-t-il, alors c'est là que je veux aller. »

Une situation que vivent beaucoup d'habitants de la « Jungle » et que dénonce l'organisme l'Auberge des migrants. « Ça me paraît être un droit fondamental que celui d'être réuni avec sa famille », explique Maya Konforti, jetant le blâme sur le gouvernement britannique qui ne remplit pas, selon, elle, ses obligations internationales en matière d'accueil des réfugiés.

Mais la travailleuse sociale en a aussi beaucoup contre les autorités françaises et leur volonté de raser la « Jungle ».

Elle énumère aussitôt tous les services informels qui ont vu le jour au fil du temps dans le bidonville : des petits commerces et restaurants ouverts par les migrants, aux lieux de culte, écoles, et centres de santé mis sur pied par des ONG et des bénévoles. « S'ils disparaissent, ce sera une grande perte du point de vue de la vie sociale », dit-elle.

Au même moment, à l'autre bout du camp, les employés de l'État savourent une petite victoire. Un autocar à bord duquel prennent place une quinzaine de migrants s'apprête à partir vers le sud de la France.

Dans l'autocar, Amir Hussein, affiche un air résigné. Avec ses trois compatriotes, cet Iranien de 25 ans s'est finalement décidé à quitter la « Jungle » et à demander l'asile en France. Ils ont essayé sans succès pendant deux mois de se rendre en Grande-Bretagne. Ils ont même perdu 3000 livres sterling chacun dans l'opération, une somme empochée sans vergogne par des passeurs fraudeurs.

« Nous sommes fatigués », avoue-t-il pour expliquer sa décision de finalement rester en France. La lassitude se lit sur son visage et sur celui de ses amis; l'inquiétude aussi. Cette étape est pour lui un saut dans l'inconnu. Il ne sait pas dans quelle ville il atterrira. On lui a seulement dit que le voyage en autocar durera 15 heures. Il sait surtout que sa demande d'asile en France pourrait très bien être refusée.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Recettes de Noël - Ragoût de boulettes de dinde et épinards