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Coup de tonnerre démocrate en terre républicaine

Les électeurs de l'Alabama, qui n'avaient pas élu de sénateur démocrate en 25 ans, ont mis fin à cette séquence mardi soir en élisant Doug Jones. Cette victoire, qui semblait impossible il y a quelques semaines à peine, fragilise les républicains au Sénat et soulève des questions sur l'influence du président Trump.

Il s'agit d'une mince victoire pour Doug Jones. Selon le décompte quasi final, cet ancien procureur fédéral a recueilli 673 236 votes, ou 49,9 % des voix, par rapport à 652 300 votes, ou 48,4 %, pour son adversaire, l'ex-juge ultraconservateur Roy Moore. Les tiers candidats ont récolté 22 783 votes, ce qui représente 1,7 % des électeurs.

Cette défaite des républicains aura des répercussions qui dépassent grandement les frontières de l'État. Lorsque M. Jones aura été assermenté, probablement au début de 2018, les républicains n'auront plus que 51 sièges au Sénat, contre 49 pour les démocrates.

Même avec 52 sièges, les républicains n'ont jamais réussi à abroger et à remplacer l'Obamacare, un objectif qui fait pourtant l'unanimité au sein du parti, même si les moyens pour y parvenir divergent. Avec un siège en moins, chaque sujet litigieux sera encore plus susceptible d'entraîner des maux de tête pour les républicains du Congrès.

« J'avais raison! », tweete Trump

La défaite de Roy Moore constitue en outre un cuisant revers pour le président Donald Trump, qui avait appelé ses partisans à l'appuyer. Plusieurs autres ténors du parti républicain ont refusé de faire de même, étant donné les allégations d'inconduites sexuelles portées contre M. Moore par plusieurs femmes.

Réagissant sur son compte Twitter au terme de la soirée électorale, M. Trump a d'abord félicité le nouveau sénateur démocrate. « Félicitations à Doug Jones pour cette victoire âprement disputée », a-t-il écrit. Les votes pour des candidats tiers ont constitué un « facteur très important », a-t-il ajouté, mais « une victoire est une victoire ».

« Les habitants de l'Alabama sont formidables et les républicains auront une nouvelle chance de gagner ce siège très bientôt », a conclu le président.

Le mandat des sénateurs américains dure normalement six ans, mais celui de Doug Jones sera plus court puisqu'il complète en fait le mandat du sénateur Jeff Sessions, qui a quitté ce poste après avoir été nommé secrétaire à la Justice. Il devra en fait briguer les suffrages de nouveau en 2020.

Dans un nouveau message sur Twitter mercredi matin, le président Trump a tenté de nuancer son appui à Roy Moore, en rappelant qu'il avait en fait appuyé Luther Strange pour l'investiture républicaine, comme l'avait fait l'establishment du Grand Old Party. M. Strange occupe actuellement le siège de Jeff Sessions au Sénat, après avoir été désigné pour assurer l'intérim par le gouverneur de l'Alabama.

« La raison pour laquelle j'avais appuyé Luther Strange - et ses appuis avaient fortement augmenté - est que je disais que Roy Moore n'était pas capable de gagner. J'avais raison! Roy a travaillé fort, mais les dés étaient pipés contre lui », a-t-il écrit.

Plus tard dans la journée, le président Trump n'a pas caché qu'il aurait préféré un autre dénouement. Il a aussi admis que de nombreux républicains sont heureux de la défaite de Roy Moore, dans une référence aux problèmes potentiels que sa présence au Sénat aurait pu entraîner pour le parti.

S'il est vrai que le président Trump avait appuyé M. Strange, il n'en a pas moins mis tout son poids derrière Roy Moore en bout de piste, au nom de la poursuite de son programme électoral.

« Nous avons besoin de Roy » sur l'immigration clandestine, la défense, les armes à feu et la lutte contre l'avortement, affirmait le président dans un message téléphonique automatisé envoyé aux électeurs tout juste avant le scrutin. « Roy Moore est l'homme qu'il nous faut pour rendre à l'Amérique sa grandeur. »

Contrairement au président, le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, le sénateur John McCain et même l'autre sénateur de l'Alabama, le républicain Richard Shelby, n'ont jamais appuyé Roy Moore.

Dans leurs analyses publiées mercredi matin, plusieurs médias américains soutiennent que la victoire de Doug Jones remet en question l'influence de M. Trump, à moins d'un an des prochaines élections de mi-mandat, au cours desquelles tous les sièges de la Chambre des représentants et un tiers de ceux du Sénat seront en jeu.

Moore refuse de concéder la victoire

Malgré l’annonce des médias et les félicitations du président au vainqueur démocrate, Roy Moore n'a pas reconnu sa défaite mardi soir. « Quand le vote est si serré, ce n'est pas terminé », a-t-il dit dans une courte intervention devant ses supporteurs à Montgomery.

Le secrétaire d'État de l'Alabama, John Merrill, a toutefois reconnu dans une entrevue accordée à CNN qu'il est « hautement improbable » que le résultat de l'élection puisse être renversé. « La population de l'Alabama a parlé », a-t-il constaté.

M. Moore, un ancien juge ultraconservateur, n’est pas étranger à la controverse. Il a notamment été suspendu après avoir refusé de retirer une stèle arborant les Dix Commandements de l’Ancien Testament installée devant la Cour suprême de l’État. Il a été suspendu de nouveau en 2016 pour des problèmes d’ordre éthique.

Sa victoire contre Luther Strange, avec 55 % des appuis, avait été considérée comme une victoire de l’aile droite du Parti républicain contre l’establishment.

Cette victoire aurait normalement dû lui ouvrir la voie pour une victoire. L’Alabama est un État où les démocrates sont laminés depuis des années. Donald Trump y a récolté 62 % des suffrages lors de la dernière élection présidentielle, devançant Hillary Clinton par 28 points de pourcentage.

Sa campagne a cependant été sérieusement perturbée après que le Washington Post eut publié, dans la foulée des dénonciations consécutives à l’affaire Weinstein, un reportage dans lequel neuf femmes ont soutenu avoir été victimes de diverses inconduites sexuelles de la part de Roy Moore au fil du temps. Certaines disent qu'elles étaient mineures au moment des faits allégués.

M. Moore a nié toutes ces allégations.

La victoire de Doug Jones n'était pas acquise pour autant, car le fait qu'il soit favorable à l'avortement constituait un obstacle de taille, particulièrement auprès de l'important électoral évangéliste de l'État et dans les zones rurales. Le démocrate a cependant obtenu un important appui auprès de l'électorat noir et dans les secteurs urbains.

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