BILLET - Jusqu'où les dirigeants de la LNH presseront-ils le citron?

Un texte de Martin Leclerc

À peine 85 jours après la conquête de la coupe Stanley, les camps d'entraînement des équipes qui participeront à la soi-disant Coupe du monde de la LNH se mettent en branle ce dimanche. Plus que n'importe quelle autre compétition internationale tenue dans le passé, ce tournoi - que personne ne réclamait - soulève beaucoup de scepticisme auprès des amateurs. Avec raison.

Tout le monde le sait. Durant le lock-out de 2012, les propriétaires de la LNH et les dirigeants de l'Association des joueurs se sont entendus pour organiser leur propre « Coupe du monde » afin d'accroître les revenus de la ligue.

En organisant cette compétition, la LNH espère empocher quelque 100 millions de revenus supplémentaires. Rogers (Sportsnet) et TVA, qui détiennent déjà les droits de diffusion canadiens de la LNH (et qui cumulent de mirobolants déficits chaque année) se sont saignés encore davantage pour mettre la main sur les droits canadiens de la soi-disant « Coupe du monde ». Aux États-Unis, c'est le réseau ESPN (et non NBC, le partenaire régulier de la LNH) qui a remporté la mise.

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Les amateurs de hockey ne sont pas dupes.

Même si la LNH déploie toute la force de son département de marketing, et même si Sportsnet, TVA et ESPN multiplient les publicités titillant les fibres patriotiques et annonçant les plus grandes rivalités jamais vues, les amateurs savent à quoi s'en tenir.

La « Coupe du monde » (dont deux des huit équipes participantes ne représentent aucun pays) est une simple collecte de fonds. Et il est difficile d'imaginer que les joueurs y seront animés de la même fierté et du même désir de vaincre qu'aux Jeux olympiques, par exemple.

Pour avoir le privilège de participer aux Jeux de Sotchi, Steven Stamkos avait déployé tous les efforts imaginables - sans succès - pour accélérer la guérison d'une fracture à une jambe. Et à Sotchi, Carey Price avait joué en dépit d'une blessure.

Or, au cours des dernières semaines, une douzaine de vedettes de la LNH ont déclaré forfait pour la « Coupe du monde » afin de pouvoir mieux soigner des blessures. Ce qui compte pour eux, c'est la saison régulière de la LNH.

D'ailleurs, si Carey Price se blesse à l'aine durant le tournoi de la « Coupe du monde », vous pouvez parier votre chemise et votre maison qu'on ne le reverra plus devant le filet de l'équipe canadienne.

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Lorsqu'on regarde les choses froidement, on ne peut se scandaliser du fait que la LNH tente de faire de l'argent en présentant des matchs de hockey. C'est sa raison d'être.

Par contre, il est inquiétant de constater à quel point les hockeyeurs sont de plus en plus pressés comme des citrons. C'est du jamais vu.

En 21 ans de carrière dans la LNH, Wayne Gretzky a connu une seule saison de plus de 100 matchs (matchs internationaux inclus). Or, pour les supervedettes actuelles (et dont les équipes se rendent souvent en finale de la coupe Stanley), les campagnes de plus de 100 matchs sont devenues monnaie courante.

En 2013-2014, les Kings de Los Angeles ont disputé 108 matchs avant de concrétiser leur conquête de la coupe Stanley. Deux membres de cette équipe, Drew Doughty et Jeff Carter, ont participé à six rencontres de plus aux Jeux de Sotchi pour décrocher l'or avec l'équipe canadienne. On parle ici de 114 matchs de hockey en une seule saison ! Un tel niveau d'industrialisation du sport frôle le ridicule.

La saison suivante, en 2014-2015, les Kings n'ont même pas été capables de se qualifier pour les séries éliminatoires.

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En plus de devoir disputer plus de matchs et de devoir composer avec des calendriers compressés, les vedettes et les meilleures formations de la LNH disposent de beaucoup moins de temps pour récupérer entre deux saisons.

Quand les Wayne Gretzky et les Oilers empilaient les coupes Stanley dans les années 1980, la morte-saison s'étendait sur 140-145 jours, soit presque cinq mois. L'entre-saison dure désormais de 112 à 122 jours. C'est un mois de moins.

Il est maintenant courant de voir des joueurs ayant connu un long parcours éliminatoire se présenter au camp d'entraînement suivant sans être parvenus à surmonter des blessures. Et souvent, ceux qui ont pris le temps de se reposer convenablement n'ont pas disposé de suffisamment de temps pour s'entraîner convenablement. Ou vice-versa.

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Prenons le cas de Sidney Crosby, qui se présente au camp d'entraînement de l'équipe canadienne 85 jours après avoir soulevé la coupe Stanley.

La saison dernière, Crosby a disputé 102 des 104 matchs de son équipe. Mettons qu'il a été raisonnable et qu'il a pris cinq semaines de repos pour guérir tous les petits bobos accumulés au cours des huit mois précédents. Et soustrayons les deux semaines de camp d'entraînement de l'équipe canadienne. Il ne lui est donc resté que 35 jours pour s'entraîner.

C'est ridicule. Comment voulez-vous que Crosby puisse ensuite être prêt à disputer sept matchs à la « Coupe du monde » et à disputer une saison de 102 ou 105 matchs avec les Penguins ?

Quand la campagne 2016-2017 prendra fin, Crosby pourrait avoir disputé quelque 215 matchs de hockey en l'espace de 20 mois. Et entre les deux, il n'aura bénéficié que de 35 jours d'entraînement hors glace, et de seulement 35 jours de repos.

Combien de matchs un hockeyeur professionnel peut-il disputer dans une période donnée sans que ses performances, sa santé ou sa carrière en soient hypothéquées?

Wayne Gretzky aurait-il pu disputer 21 saisons dans la LNH si on avait l'avait pressé de la même manière que Sidney Crosby ou Jonathan Toews?

Coupe du monde, ou Coupe de la cupidité ?

Ce sont des questions qui se posent.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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