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Coupe du monde: vendre le hockey, mais à qui?

TORONTO - Depuis le début de la Coupe du monde, les joueurs et les entraîneurs répètent sans cesse qu'ils sont à Toronto pour développer le sport et faire la promotion du hockey. Parmi les 300 journalistes qui couvrent le tournoi, un seul ne provient pas d'un marché déjà conquis: la Chine.

Un texte de Jean-Patrick Balleux

Jonas Gilbart est le correspondant sportif nord-américain pour la télé chinoise. C'est la première fois que CCTV l'envoie couvrir un événement de hockey. Il faut dire que la chaîne nationale diffuse depuis deux ans, sans payer de droits de diffusion, des matchs de la LNH. Avec un succès relatif: un million de cotes d'écoute. 

« La Chine est un si grand marché. Si tu peux le percer et en tirer profit avec des revenus publicitaires, la LNH serait folle de s'en passer », explique Gilbart, qui a plus l'habitude de couvrir des tournois de golf et de tennis.

Tout est à faire en Chine en ce qui concerne le hockey. Mais dans ses reportages à la Coupe du monde, le journaliste ne s'est pas attardé à expliquer les bases du jeu. « J'ai fait des portraits des grandes vedettes du hockey comme Sidney Crosby et Alex Ovechkin. Les Chinois ne connaissent pas ces joueurs, mais en voyant ce qu'ils réalisent sur la glace, ils seront peut-être accrochés et éventuellement, voudront comprendre le jeu. »

La LNH est en retard par rapport à la NBA pour développer le marché chinois. Le basket a présenté des matchs présaison en Asie dès 2004. C'était dans la foulée de l'arrivée de Yao Ming chez les Rockets de Houston. Le phénomène de 2,29 m (7 pi 6 ) était le joueur le plus grand sur les parquets nord-américains. Il est entré au Temple de la renommée du basket en avril dernier avec Shaquille O'Neal.

Mais il y a plus. Depuis cette saison, la Ligue continentale russe (KHL) possède une équipe à Pékin: les Kunlun Red Stars. Questionné sur les véritables intentions de la LNH en termes de marketing, l'adjoint au commissaire de la LNH Bill Daly sait à quel point sa ligue tire de la patte en Chine.

« La LNH promet une annonce sous peu pour augmenter sa visibilité en Asie. Les équipes de la LNH ont commencé à défricher le terrain chinois avec des cliniques sportives et du développement commercial. Mais pas la ligue. Nous allons corriger tout ça très bientôt », a confié Daly à Radio-Canada Sports.

Il faut dire qu'en juin 2015, un premier joueur né en Chine a été repêché dans la LNH. Les Islanders de New York ont fait du défenseur Andong Song leur choix de 6e tour. 

Ajoutons Connor McDavid qui, à titre personnel, s'est rendu en Chine au printemps dernier. Invitée par un commanditaire, la jeune sensation des Oilers d'Edmonton a adoré son expérience dans ce monde complètement nouveau pour un joueur habitué à la routine de la vie dans la LNH.

« Il y a tellement de Chinois. Si 10% de la population se met au hockey, la sélection de joueurs sera facile, et ils seront compétitifs », affirme McDavid, lorsqu'invité à commenter la possibilité pour la Chine de gagner l'or olympique en hockey, un jour. C'est un des buts du gouvernement chinois. Pendant que vous riez, il travaille déjà le dossier...

Il y a quelques mois, le Comité olympique chinois a publié une annonce pour recruter des joueurs de hockey. À titre d'organisatrice des Jeux d'hiver en 2022, la Chine aura sa place dans les tournois féminin et masculin. L'équipe nationale espère donc convaincre la diaspora de renouer avec le régime, ou d'autres joueurs, le temps de quelques mises en échec olympiques. 

Voilà pourquoi il y a sept ans, le Canadien Curtis Dracz s'est installé en Chine pour développer le hockey et propager les valeurs canadiennes à l'aide de ce sport. En 2009, il y avait 200 joueurs à Pékin, dont le quart étaient des étrangers. Il sait que le nombre ne pourra qu'aider, à la longue, l'équipe chinoise masculine qui occupe le 37e rang mondial en ce moment.

« Aujourd'hui, il y a 2000 joueurs à Pékin et 5000 en Chine. Avec les Jeux olympiques en 2022, le gouvernement investit en infrastructures et en développement chez les jeunes, constate le consultant. Il travaille aussi sur le programme national. Ça change la donne dramatiquement. Et ce n'est qu'un début », dit Dracz.

En marge de la LNH qui prépare une offensive commerciale en Chine et de Pékin qui met tout en place pour les Jeux de 2022, il y a les Sidney Crosby et autres Patrice Bergeron qui menacent de boycotter le tournoi olympique de Pyeongchang en 2018. Ce serait un bien mauvais message à lancer pour les jeux suivants, même si Daly estime qu'il est possible de rater 2018 pour se présenter quatre ans plus tard. 

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