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Craintes pour l’accès aux services dans la foulée de l’abolition des frais accessoires

Tandis que se poursuivent de houleuses négociations entre Québec et ses médecins spécialistes sur les frais accessoires, les omnipraticiens sont, eux, parvenus à une entente « partielle » avec le gouvernement, alors que le règlement interdisant la facturation de ces frais entre en vigueur aujourd'hui.

Ainsi, comme l'a expliqué en conférence de presse le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMOQ), les patients ne devront plus payer de frais supplémentaires pour les vasectomies et certaines autres petites chirurgies qui sont exercées dans les cliniques médicales, par exemple l'ablation d'un kyste ou d'une tumeur bénigne de la peau.

La couverture de ces chirurgies mineures sera financée à même l'enveloppe de rémunération des médecins de famille, pour un total d'un peu plus de 2 millions de dollars par année.

Cependant, pour ce qui touche les services administratifs, comme l'octroi de billets d'absence et de résumé de dossiers, les discussions vont se poursuivre avec le ministère de la Santé. Les médecins pourront continuer de réclamer les frais qu’ils percevaient pour ces services jusqu'à ce qu'on arrive à un arrangement.

Par ailleurs, la décision du gouvernement dans le dossier des prélèvements sanguins se heurte à l'opposition des omnipraticiens. Le ministère de la Santé permet en effet à une entreprise privée installée dans une clinique de facturer la Régie de l'assurance maladie du Québec pour de tels prélèvements, mais pas si ce sont des employés de la clinique qui les effectuent.

Semblant très déçu du résultat des négociations, le président de la FMOQ, Louis Godin, a prévenu qu’il y aurait probablement « de forts risques que l’accès [aux services médicaux] soit diminué dans les prochaines semaines ».

M. Godin pense par exemple que de multiples cliniques privées vont cesser de faire des prélèvements sanguins, en raison de la mésentente à ce sujet.

Nous sommes en parfait désaccord avec les interprétations qui sont faites. On va s’assurer que les médecins travaillant dans les cliniques médicales puissent être traités convenablement.

Louis Godin, président de la FMOQ

Déplorant le fait que les patients « n’auront plus le choix », M. Godin indique que ceux-ci devront donc désormais se tourner vers les laboratoires privés, les hôpitaux, ou les CLSC pour obtenir des prélèvements sanguins.

Par ailleurs, « le parcours des patients » pour obtenir certains services médicaux impliquant des stérilets, et des vaccins ou des fournitures médicales non assurées par la RAMQ ou les assurances privées « va être beaucoup plus complexe », affirme-t-il.

« Les patients devront aller à la clinique chercher une prescription, puis aller à la pharmacie, et revenir chez le médecin pour se les faire administrer, souvent à des coûts supérieurs à ce qu’ils payaient auparavant », dit-il.

L'« improvisation » du gouvernement critiquée

Le président de la FMOQ affirme que le syndicat n'a jamais donné de mot d'ordre à ses membres pour qu'ils cessent de donner certains services à la population, mais affirme qu'il comprend le malaise des omnipraticiens au terme de ces négociations, commencées le 22 décembre dernier.

« Face à toute cette improvisation-là et toute la zone floue, je ne peux quand même pas blâmer mes médecins d’avoir une certaine réserve face à la crédibilité de l’engagement du gouvernement, lance-t-il. C'est un dossier très complexe qui aurait nécessité de longues négociations. Qu’un médecin de famille se dise qu’il n’a pas envie de s’embarquer là-dedans, je suis obligé de le comprendre ».

« La meilleure solution aurait été de baliser les frais accessoires, pas de les abolir. Au cours des prochaines années, on se prive d’une opportunité de développer des services à la clientèle et à nos patients, particulièrement à l’extérieur de l’hôpital », poursuit le président de la FMOQ.

On n’est pas sûrs, loin de là, que notre système de santé sera gagnant à l’intérieur de ça.

Louis Godin, président de la FMOQ

Guerre de mots entre le ministre et la présidente de la FMSQ

Entre-temps, les négociations entre Québec et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) ont repris jeudi matin, après que le ministre Barrette et la présidente de la fédération, la Dre Diane Francoeur, se sont livrés à une authentique guerre de mots dans des entrevues accordées à Radio-Canada.

« La population doit s’attendre à un cafouillage total », a assuré la Dre Francoeur en blâmant le ministre pour la situation actuelle. « La seule chose qui est claire aujourd’hui, c’est que pour les services assurés […] le seul frais qui sera permis sera pour le transport des échantillons, tel que prévu par le règlement.

Pour le reste, il n’y a rien de réglé. Il y a une meilleure volonté autour de la table, mais de toute évidence, on est en train de rattraper l’improvisation.

Diane Francoeur

La Dre Francoeur déplore que des patients soient obligés de faire des allers-retours entre le cabinet de leur médecin et leur pharmacie, pour obtenir par exemple un vaccin ou un stérilet.

Le client devra en effet obtenir une prescription avant d’aller se procurer le produit en pharmacie, avant de revenir chez le médecin pour l’administration du vaccin ou la pose du stérilet.

« Préparez-vous à faire de l’exercice, c’est bon pour la santé » a commenté la Dre Francoeur, après avoir assuré que les médecins, dans de tels cas, ne faisaient « la plupart du temps » aucun profit.

« Dans le dossier actuel, on ne s’entend pas, mais ce n’est pas sur l’argent », assure-t-elle. « C’est pour s’assurer que, pour les services, il n’y aura pas de trou pour les patients. C’est là-dessus qu’on est en train de s’obstiner et malheureusement, le ministre récolte ce qu’il sème : il n’y a personne qui a confiance en lui. »

« Nous, on a un souci de s’assurer qu’il n’y aura pas de patients qui vont tomber entre deux chaises, parce que c’est évident que ça va arriver », poursuit la Dre Francoeur. « C’est plate, mais c’était prévisible. On aurait pu tout arranger ça avant, et annoncer le règlement après. Comme ça tout aurait été écrit, signé, les gens auraient été sécurisés. »

Le ministre Barrette, qui a longtemps dirigé la FMSQ avant de faire le saut en politique, tient un tout autre discours. Selon lui, les médecins spécialistes ne cherchent qu’à s’enrichir, et la Dre Francoeur ne fait que mener une « opération de relations publiques » en cherchant à « noircir le tableau ».

Ce ne sera toujours que des commentaires qui visent à ce que certains médecins, surtout des spécialistes, fassent un profit. Chez les médecins spécialistes, c’est ça qui est l’enjeu.

Gaétan Barrette

« La Dre Francoeur avait dit qu’elle absorberait les frais accessoires qui étaient de petits coûts. Là, la problématique actuelle, elle est très simple : à la FMSQ, ce n’est plus nécessairement vrai qu’on veut absorber tout. C’est là qu’est le problème. Et il y en a beaucoup », a-t-il déclaré en début de journée.

Le ministre répète que les médecins spécialistes devraient absorber tous les frais accessoires courants, excluant ceux nécessitant de l’équipement lourd, à même l’enveloppe globale qu’ils reçoivent du gouvernement.

Selon lui, les Québécois ne doivent pas croire qu’il risque de ne pas avoir les vaccins prévus. « Il n’y a pas de chaos », assure-t-il. S’il est vrai qu’un pédiatre ne pourra plus facturer pour un vaccin, « les CLSC vont continuer de faire de la vaccination », dit-il. « Les vaccins vont être accessibles. »

Quand on a [...] un groupe de médecins qui gagne 7 milliards de dollars par année, à qui on demande d’absorber 10, 15 millions de dollars, on n’est pas dans un sou dans la piastre; on est dans une fraction de sou dans la piastre. Et là, la Dre Francoeur est dans la rue pour s’époumoner là-dessus?

Gaétan Barrette

Interrogé sur d’autres allers-retours possibles entre le médecin et le pharmacien, le ministre Barrette concède à demi-mot que cela est possible. Il répète, comme il l’a dit mercredi, que le gouvernement est d’ores et déjà prêt à rectifier le tir dans certains cas.

« Tout le monde a voulu avoir l’abolition des frais accessoires. C’est ce qui se passe et c’est ce qui a été demandé », se défend-il. « Maintenant, si la population, et surtout les chantres – ceux qui ont fait cette cabale, à laquelle on a répondu – si la population veut des ajustements, on les fera les ajustements. »

S’il est nécessaire de faire des ajustements parce que la population le désire, on les fera. On ne peut pas avoir tout en même temps.

Gaétan Barrette

Selon lui, les responsables de cette « cabale » sont « les Jean-Pierre Ménard de ce monde, les Médecins québécois pour un régime public, l’Association médicale du Québec, les partis d’opposition et les médias ».

Le ministre assure néanmoins qu’il ne tient pas les gens responsables de la confusion actuelle. « Pas du tout », assure-t-il. « Les gens, au contraire, avaient raison. Le public avait raison de demander l’abolition des frais accessoires. »

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