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Craintifs, les touristes ne se rendent plus en Tunisie

Ils portent la veste pare-balles, le fusil mitrailleur en bandoulière, et arpentent à pied les plages, au milieu des parasols. Les policiers, armés jusqu'aux dents, montent aussi la garde devant les grands hôtels et ont établi des points de contrôle à l'entrée des zones touristiques de Tunisie comme Sousse ou Hammamet.

Un texte de Jean-François Bélanger

Depuis l'attentat du 26 juin 2015 à l'hôtel Imperial Marhaba de Sousse qui a coûté la vie à 38 touristes britanniques, les autorités tunisiennes ont relevé d'un cran le niveau de sécurité. Mais dans le milieu du tourisme, beaucoup craignent que ce soit trop peu, trop tard.

L'émotion est perceptible dans la voix de Mehrez Saadi lorsqu'il évoque les événements de juin dernier. Et pour cause, le directeur général de l'hôtel Imperial Marhaba était sur place au moment du drame. Il a vu le terroriste, armé d'un fusil Kalachninov, abattre des clients devant lui.

« C'est un choc, une tragédie », murmure-t-il, avouant que la page est difficile à tourner pour lui et pour tous les employés. « On ne peut pas l'effacer. On essaie de vivre avec et on doit se relever. On n'a pas le choix » dit-il, comme pour se convaincre.

L'hôtel Imperial Mahraba est fermé; des films en plastique recouvrent tous les meubles; nul ne sait quand il rouvrira. Et ce palace 5 étoiles est loin d'être une exception.

Dans toutes les stations balnéaires tunisiennes, les plages sont désertes, les terrasses sont vides et beaucoup d'hôtels sont fermés, voire barricadés.

Dans les jours qui ont suivi l'attentat, tous les hôtels se sont vidés. Les touristes européens sont partis et ne sont pas revenus. Le manque à gagner en 2015, selon les autorités tunisiennes, se chiffre en milliards de dollars. Mais ce qui inquiète le plus les hôteliers, c'est que l'année 2016 s'annonce encore pire.

Mohsen Fourati, un des pionniers de l'industrie, lui qui a ouvert son premier hôtel à Hammamet dans les années '60, n'a jamais rien vu de tel. « Il n'y a pas de réservation du tout. C'est ça qui est grave. Par conséquent, on peut dire que la saison 2016 va être une saison catastrophique », prédit-il.

La consigne des autorités britanniques à leurs ressortissants d'éviter tout voyage non essentiel en Tunisie a été reçue comme une douche froide par toute l'industrie.

Car la conséquence ne s'est pas fait attendre. Les voyagistes anglais Thomson et Thomas Cook ont purement et simplement rayé la destination de leur catalogue 2016. Des opérateurs belges et néerlandais ont suivi.

Sophia Fourati, directrice du Samira Club d'Hammamet, accuse le coup. « Le peu de réservations que nous avions pour la saison ont toutes été annulées, dit-elle. Nous sommes à moins 85 %. Alors, je ne sais pas comment faire. Ça va être très difficile. »

« Ça a fait très mal », concède Hassen Chaouache, directeur général de l'hôtel Mövenpick de Sousse, le plus gros de la région avec ses 1200 lits. L'hôtel de luxe reste ouvert, mais une seule des deux ailes est en fonction, et la moitié des 600 employés ont été mis à pied.

Pour tenter de sauver la saison, les hôteliers essaient de se rabattre sur la clientèle locale, tunisienne et algérienne, sachant d'avance que ce sera largement insuffisant. Ils peuvent aussi compter sur quelques clients occidentaux fidèles qui reviennent année après année.

C'est le cas de Pâquerette Aussant, une retraitée de Gatineau. Elle en est à son quatrième séjour en Tunisie et a prévu cette fois rester deux mois. Allongée sur un transat, près de la piscine d'un hôtel 5 étoiles de Sousse, elle dévore la collection de livres qu'elle a apportée. Elle avoue surtout ne pas comprendre la crainte, selon elle irrationnelle, vis-à-vis de la Tunisie.

« Je sais que ça inquiète beaucoup de gens, mais moi, ça ne me fait pas peur. Des attentats, ça peut arriver n'importe où, même chez nous, dit-elle. Je trouve ça triste pour la Tunisie. »

Un sentiment d'injustice très partagé en Tunisie. L'impression d'un deux poids deux mesures. « Les attaques de Paris étaient beaucoup plus dangereuses que celle de Sousse, explique Hassen Chaouache, alors pourquoi pénaliser seulement la Tunisie? »

Le directeur général de l'hôtel Mövenpick souhaite maintenant que l'État tunisien prenne les choses en main pour rassurer les voyagistes et les touristes étrangers. « Aujourd'hui, on doit montrer au monde que la sécurité est là. C'est l'élément essentiel pour faire revenir les gens. Il faut communiquer là dessus et donner des garanties aux tours-opérateurs », estime-t-il, avouant du même souffle que les perceptions seront difficiles à changer.

« Honnêtement, nous ne voyons pas le bout du tunnel », soupire-t-il.

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