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Cri d'alarme des médecins de l'Hôpital de Saint-Jérôme

Salles d'opération trop petites, urgence bondée, vétusté du bâtiment. L'Hôpital régional de Saint-Jérôme est très à l'étroit dans ses locaux qui datent des années 1960. Des médecins sonnent l'alarme et disent que le manque d'espace fait en sorte que le bloc opératoire ne répond plus aux normes contemporaines.

Un reportage de Davide Gentile

Personne n'évoque clairement de problèmes quant à la sécurité des patients, mais les médecins affirment que le respect des normes de stérilisation représente un « défi ».

La direction reconnaît que le manque d'espace est criant et pense pouvoir faire débloquer un projet d'un demi-milliard de dollars.

En route vers la salle d'opération, un patient couché sur la civière frôle un bac rempli de sacs à ordures. Il passe dans un corridor où on retrouve un bac d'instruments chirurgicaux souillés. « De l'autre bord, il y a du matériel stérile. On n'a pas de place! », s'indigne le chirurgien vasculaire Denis Chapleau.

Le coordonnateur des activités chirurgicales de l'Hôpital régional de Saint-Jérôme donne plusieurs autres exemples. Il est exaspéré, un sentiment partagé par plusieurs membres du personnel qui, avec l'équipement stérile approprié, nous laissent entrer dans les salles d'opération.

« La salle d'opération n'a pas la grandeur nécessaire pour assurer la stérilité. Donc, on est dans la gestion de risque », dit Alain Lamontagne, anesthésiologiste et cochef de l'anesthésiologie pour le CISSS des Laurentides.

« Nombre insuffisant de toilettes fermées »

Des inquiétudes partagées par des organisations externes.

Agrément Canada, un organisme qui évalue les hôpitaux, constate que les installations du CISSS des Laurentides sont souvent encombrées.

« Nous notons des enjeux au niveau du croisement du matériel propre et souillé », écrit l'organisme dans un récent rapport. Et il relève pour l'hôpital « un nombre insuffisant de toilettes fermées et de lavabos pour la prévention des infections ».

Même le Service de la sécurité incendie de Saint-Jérôme a servi un avertissement à l'établissement.

Un avis de non-conformité envoyé à la fin de mars précise que l'hôpital doit « enlever les chariots obstruant les portes dans le corridor d'évacuation. » Les pompiers se demandent aussi pourquoi « les portes coupe-feu ont été retirées » dans le corridor d'évacuation du bloc opératoire.

L'hôpital est simplement devenu trop petit.

Construit dans les années 1960, il trahit son âge : cinq de ses pavillons ont un indice de vétusté D. Cette note, octroyée par le gouvernement, veut dire que ces bâtiments sont en « mauvais état ».

Une réalité que reconnaît le PDG du CISSS Jean-François Foisy.

« L'Hôpital de Saint-Jérôme a besoin d'amour et de travaux », dit-il.

Et partout on peut voir et entendre les ouvriers à l'oeuvre. C'était le cas au moment de notre passage à l'étage de la cardiologie, où peintre et électriciens s'affairaient sous les yeux des patients alités.

Toujours lors de notre visite des lieux, le bain et la douche de l'unité des naissances étaient brisés et transformés en rangement.

La direction reconnaît que le manque d'espace ralentit le fonctionnement de l'urgence, entre autres. « Plusieurs patients de l'urgence doivent être hospitalisés sur les étages, mais il n'y a pas de place. Donc, les gens, ils restent pris à l'urgence », dit l'anesthésiologiste Marc Belliveau.

Des patients coincés à l'urgence où ils attendent longtemps. La durée moyenne de séjour sur chaise est en moyenne de 6,4 heures à Saint-Jérôme, alors qu'elle est de 4,2 heures pour la province. Et sur civière, c'est plus de 21 heures en moyenne à Saint-Jérôme, par rapport à 13,7 heures en moyenne dans la province.

Un projet pour doubler l'espace disponible

« C'est clair que le manque d'espace finit par avoir un impact sur l'urgence, affirme Jean-François Foisy. Peut-on demander plus au personnel de l'hôpital avec le bâtiment actuel? Non. C'est pour cela qu'on a déposé un projet de 443 millions. »

Le projet présenté récemment prévoit la construction de sept étages au-dessus de l'urgence actuelle. Cela permettrait d'ajouter plus d'une centaine de lits.

« Le projet qu'on a déposé permet de presque doubler l'espace disponible », indique M. Foisy. Le projet chemine normalement, selon lui.

L'anesthésiologiste Marc Belliveau est président de l'Association pour l'avancement de l'Hôpital régional de Saint-Jérôme, qui regroupe environ 300 médecins.

« Ce sont des gens qui sont fatigués de se sentir oubliés », affirme le Dr Belliveau. Je suis confiant d'avoir de bonnes nouvelles pendant l'été », dit le PDG du CISSS des Laurentides.

M. Foisy rappelle que l'ajout de 24 lits est déjà en cours et qu'un nouveau pavillon de santé mentale d’environ 100 millions de dollars sera construit.

Deux autres hôpitaux de la région ont des problèmes de vétusté.

L'Hôpital de Mont-Laurier a un indice de vétusté E, qui signifie « en très mauvais état ».

Le Centre multiservice de Rivière-Rouge a une note de D, pour « mauvais » état.

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