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Cri du coeur autochtone en pleine campagne électorale

Des dirigeants autochtones de l'Ontario dénoncent le silence du gouvernement Harper au sujet des problèmes de santé publique dans les réserves de la province et du pays. Ils citent la communauté de Neskantaga qui est sans eau potable et courante depuis 20 ans. C'est un véritable cri du coeur lancé à Toronto en pleine campagne électorale.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Au nord de Thunder Bay, la réserve de Neskantaga détient le record peu enviable au Canada du nombre de jours sans eau potable et courante : 7600. Dans ce hameau, les habitants doivent faire bouillir l'eau du robinet pour le bain et la lessive. Les autorités fédérales y ont installé un système d'approvisionnement en eau potable pour la consommation, mais les Autochtones doivent eux-mêmes aller y remplir leurs bouteilles.

En visite à Toronto, le chef de la communauté de 350 personnes, Wayne Moonias, affirme que son village est en crise.

Lors de son passage dans la communauté la semaine dernière, Radio-Canada n'a toutefois pu y rencontrer aucun habitant qui puisse témoigner d'éruptions cutanées comme on en voit sur les photos que le conseil de bande a envoyées dans le communiqué de presse en vue de la conférence de lundi.

Le communiqué soutient par ailleurs que les habitants n'ont droit qu'à trois bouteilles d'eau par jour. Or, Radio-Canada a constaté que les gens pouvaient aller chercher autant d'eau potable qu'ils en voulaient.

Un problème récurrent

Quoi qu'il en soit, la situation dans cette réserve n'est pas unique. Un avis de faire bouillir l'eau est en vigueur dans 116 communautés au Canada, dont 67 en Ontario. C'est sans compter près de 2000 résidences qui ne sont pas rattachées à l'aqueduc de leur réserve.

Le chef Day réclame :

  • une stratégie nationale sur la santé publique dans les communautés amérindiennes;
  • des investissements de 4,7 milliards de dollars dans les aqueducs des réserves.

Il souhaite en outre que la loi fédérale sur les Indiens soit modifiée, parce qu'il estime que les redevances des sociétés minières sur leurs territoires pourraient largement payer le coût des investissements en santé et dans les infrastructures.

Le chef Wayne Moonias affirme que sa communauté pourrait jouir d'une qualité de vie relative si des investissements constants avaient été faits au cours des vingt dernières années. « Nous avons besoin d'actions concrètes avec des résultats concrets parce que nous sommes des êtres humains et parce que l'eau est l'essence même de la vie. »

Le parallèle avec Walkerton

Les chefs ont souligné en conférence qu'il était ironique de constater que les gouvernements s'étaient mobilisés à l'époque du scandale de l'eau contaminée à Walkerton, en Ontario, en 2000. Sept résidants étaient morts empoisonnés et des milliers d'autres étaient tombés malades après avoir bu de l'eau souillée par la bactérie E. coli après que la municipalité eut été frappée par des pluies diluviennes.

« Dans notre cas, rien n'est fait, ce qui est honteux », souligne Terry Waboose, le grand chef adjoint de la nation Nishnawbe Aski.

Il cite en exemple le cas de la communauté de Kashechewan qui a connu de nombreux états d'urgence à cause des crues de la rivière Albany et des problèmes d'eau potable. Il précise que cela a pris des années avant que les autorités fédérales finissent par investir dans les infrastructures et le logement de la communauté. « Nous ne pouvons plus agir au cas par cas aujourd'hui, la situation est grave. »

Tous font enfin valoir que les problèmes de santé des Autochtones ont des répercussions inévitables sur le système de santé de tous les Canadiens. Outre la santé et l'hygiène, ils citent les taux alarmants de suicide et de mortalité dans leurs communautés.

Le ministre sortant des Affaires autochtones, Bernard Valcourt, et la porte-parole du NPD ne nous ont pas rappelés. 

Par contre, au Parti libéral, la députée sortante Carolyn Bennett parle d'une situation honteuse pour le Canada. Elle dit qu'il faut réinvestir de façon massive dans les réserves autochtones, comme le prévoyait l'accord de Kelowna que les conservateurs ont abandonné lorsqu'ils ont pris le pouvoir en 2006. 

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