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Crise de santé publique au Canada à cause des opioïdes

En 2016, les autorités canadiennes ont dénombré 2816 décès apparemment liés à la consommation d'opioïdes, soit 8 personnes par jour. L'administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam, lance un signal d'alarme pour composer avec cette crise qui s'aggrave.

En moyenne, 16 Canadiens ont été hospitalisés chaque jour entre le 1er avril 2016 et le 31 mars 2017 en raison d'une intoxication aux opioïdes, ce qui représente une hausse de 19 % par rapport à 2015.

Ces statistiques portant sur les hospitalisations ne tiennent pas compte des personnes qui sont passées par les urgences sans être admises à l'hôpital. Elles ne tiennent pas compte non plus des gens qui sont décédés avant même d'arriver à l'hôpital.

Les autorités sanitaires craignent que 2017 ne soit encore plus meurtrière, car elles estiment à 3000 le nombre de décès qui pourraient survenir. Déjà, durant les trois premiers mois de l'année, 602 Canadiens ont péri en raison d'une surdose.

La situation « préoccupe grandement » les responsables de Santé Canada qui ont tenu jeudi, à Ottawa, une séance d'information - la seconde cette année - pour faire état de ces données alarmantes, colligées par l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS).

Dans ce rapport, l'ICIS a pu rassembler les données de toutes les provinces et des territoires. Toutefois, il s’agit de données préliminaires et le bilan pourrait s'avérer encore plus lourd, une fois les mises à jour faites.

Les Prairies et l'Ontario aux aguets

« Aucune région [du pays] n'est à l'abri », a prévenu la Dre Tam, qui affirme qu'après la Colombie-Britannique et l'Alberta, ce sont les Prairies et l'Ontario qui doivent se préparer à une éventuelle escalade du nombre de surdoses liées aux opioïdes.

Ces deux dernières années, le nombre de visites aux urgences liées à une intoxication aux opioïdes a doublé en Alberta et a augmenté de plus de 40 % en Ontario.

Trois facteurs expliquent pourquoi la dépendance aux opioïdes est en croissance :

  • le nombre élevé de prescriptions d'antidouleurs au pays;
  • le fait que les utilisateurs peuvent aisément devenir dépendants;
  • la vente illégale, sur le marché, de fentanyl mélangé à de faux comprimés pharmaceutiques.

Dans cette crise, deux réalités fort différentes se chevauchent, soit la circulation d’opioïdes sur ordonnance et celle qui s'effectue sur le marché noir, explique le Dr Robert Strang, directeur de la santé publique en Nouvelle-Écosse. Cette dualité complique la tâche des responsables de la santé publique et « il n’y a pas de solution unique », selon le Dr Strang.

En ce qui a trait aux opioïdes prescrits, Santé Canada affirme qu'il importe d'explorer d'autres façons, autres que pharmacologiques, d'atténuer la douleur chronique.

Le fentanyl au banc des accusés

De tous les opioïdes, c'est le fentanyl qui est le plus souvent en cause : entre janvier 2016 et janvier 2017, le nombre de décès qui lui sont attribués a plus que doublé.

En ce qui concerne les taux d'hospitalisation, Santé Canada constate qu'ils sont plus faibles dans les métropoles de Vancouver, Toronto et Montréal que dans des villes moins populeuses. En guise d'explication, Santé Canada avance que les métropoles sont dotées de centres d'injection supervisée et de stratégies de réduction des risques qui semblent porter leurs fruits.

Moins d'hospitalisations dans les grandes villes

Les villes canadiennes les plus éprouvées par la crise des opioïdes sont les suivantes : Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, Regina, Saskatoon, Edmonton, Moncton et Thunder Bay.

Les différences démographiques entre les métropoles et les villes moins populeuses expliqueraient en partie ces disparités, selon Michael Gaucher, de l’Institut canadien d’information sur la santé.

À Hamilton, Saskatoon ou encore Victoria, il y a une plus grande proportion de personnes âgées qui consomment des opioïdes sur ordonnance. Le rapport illustre justement que durant la dernière décennie, ce sont les adultes âgés de 45 à 64 ans et les personnes de 65 ans et plus qui ont présenté les taux d’hospitalisation les plus élevés en raison d’une intoxication aux opioïdes.

Mais c’est chez les jeunes de 15 à 24 ans qu’on a enregistré la hausse la plus rapide du nombre d'hospitalisations.

Le défi des autorités sanitaires consistera donc à mieux répondre aux besoins de ces plus petites villes, de même qu'aux communautés rurales et éloignées, a affirmé en substance Suzy McDonald, sous-ministre adjointe et membre de l'équipe d'intervention en matière d'opioïdes de Santé Canada.

Les hommes, plus durement frappés

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, dit prendre bonne note que près des trois quarts des personnes décédées par surdoses d'opioïdes sont des hommes, selon ce qu'a révélé Santé Canada.

Dans 84 % des cas de surdoses mortelles, une gamme variée de substances est en cause, pas seulement des opioïdes. Ces autres substances sont l’alcool, la cocaïne et les benzodiazépines, des médicaments pour combattre l’anxiété tels que l’Ativan et le Valium.

Ce mélange de substances ajoute à la complexité de la crise, d'affirmer Mme Petitpas Taylor, qui déplore que les utilisateurs de drogues soient encore victimes de beaucoup de préjugés. Cette stigmatisation fait souvent en sorte que ces personnes hésitent à demander de l'aide, dit la successeure de Jane Philpott, qui veut travailler à l'élimination de ces préjugés.

Questionnée à savoir si son ministère accroîtra les sommes allouées à cet enjeu de santé publique, Mme Petitpas Taylor a fait valoir qu'une subvention de 7,5 millions de dollars venait d'être accordée pour prévenir les surdoses d'opioïdes et traiter la dépendance à ces substances.

Avec les explications de Philippe-Vincent Foisy

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