Retour

Crise de suicides : le ministre de la Santé ira à Attawapiskat

Le ministre ontarien de la Santé, Eric Hoskins, va se rendre cette semaine à Attawapiskat. C'est ce qu'a déclaré ce matin en Chambre la première ministre Kathleen Wynne, qui se dit très préoccupée par la situation.

Le ministre ontarien des Affaires autochtones David Zimmer, a quant à lui a parlé des conditions dans lesquelles les résidents des communautés vivent. Selon lui, ces conditions n'ont rien pour redonner espoir à la jeune génération.

« Ces communautés, dont celle d'Attawapiskat, sont très isolées, petites et n'ont pas une bonne santé économique. Les jeunes sont désespérés, sentent qu'ils n'ont rien pour eux, ce qui peut entraîner la dépression et de l'anxiété. »

Si les besoins immédiats sont grands, l'aide doit toutefois être pensée dans l'optique pour éradiquer la pauvreté à long terme, ajoute-t-il.

« L'équipe dépêchée sur les lieux devra composer avec ce genre de situation dans l'immédiat, mais nous devons quand même trouver des solutions à long terme. »

De l'aide fédérale et provinciale en route

Des travailleurs sociaux et des intervenants en santé mentale sont en route pour Attawapiskat, la Première Nation crie de la côte ouest de la baie James, qui a déclaré l'état d'urgence samedi à la suite d'une prolifération de tentatives de suicide.

Depuis le mois de septembre, le chef Bruce Shisheesh a recensé 86 tentatives de suicide de personnes âgées de 11 à 71 ans, dont 28 tentatives en mars seulement et 11 autres depuis le début du mois d'avril. L'une de ces personnes n'a pas survécu, précise-t-il. C'est finalement samedi que les membres du conseil de bande ont décrété l'état d'urgence dans la communauté de 2000 résidents.

Le chef Shisheesh a écrit sur Twitter ce matin qu'une équipe d'intervention de crise a été dépêchée par l'Autorité de santé Weeneebayko, qui relève du fédéral. Des ressources additionnelles attendues depuis octobre, écrit-il.

Bruce Shisheesh écrit également qu'il a demandé des ressources additionnelles au ministre ontarien de la Santé, Eric Hoskins.

Une équipe provinciale d'intervenants médicaux d'urgence est en route pour Attawapiskat.

Les causes du problème

Selon Bruce Shisheesh, plusieurs facteurs expliquent le phénomène. La surpopulation avec 14 ou 15 personnes vivant sous un même toit est difficile, dit-il. L'intimidation à l'école serait un autre facteur. Les dommages émotionnels qu'ont entraînés les abus dans les pensionnats autochtones auraient aussi un effet ricochet sur les générations suivantes.

La toxicomanie constitue un autre facteur, selon le chef d'Attawapiskat. Les gens ne veulent plus rien ressentir après avoir subi des sévices physiques et sexuels, précise-t-il.

« Nous avons des gens qui prennent des médicaments sur ordonnance. Nous avons des gens qui revendent des pilules. Et je crois que c'est de cette façon que certains ont des problèmes de manque et se sentent exclus, ou ils ne savent pas comment exprimer leurs sentiments et se droguent pour oublier leurs problèmes ou leur douleur », dit Bruce Shisheesh.

Pour ce qui est des tentatives quasi quotidiennes au mois de mars, Bruce Shisheesh n'a pas d'autre explication. Il dit seulement être inquiet chaque fois que son téléphone sonne.

Forum de prévention

Les autorités de la santé organisent cette semaine un forum destiné à la jeunesse axé justement sur la prévention du suicide. Plusieurs personnes ont écrit sur Facebook pour dire qu'elles y seraient.

Réactions sur Facebook

Sur la page Facebook de la communauté d'Attawapiskat, les réactions sont nombreuses. Des résidents et anciens résidents d'Attawapiskat se disent touchés et attristés, comme Marcus Spence, de Fort Alabany, qui raconte que son frère s'est suicidé et qui croit que la dépression des jeunes est largement responsable de la situation.

Des personnes ailleurs au pays ont également réagi. Paula Guilbeault-Roballo, de Mississauga, s'est jointe au réseau social de la communauté pour dire qu'elle était de tout coeur avec les résidents d'Attawapiskat, surtout les jeunes, qui sont l'avenir de la communauté.

Même dans le monde, la situation ébranle des gens. C'est le cas de Mukuka Chilufya, un résident de la Zambie, en Afrique centrale, qui dit avoir entendu parler aux nouvelles de la crise qui touche la Première Nation et qui a écrit pour offrir son soutien.

Plus d'articles

Commentaires