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Crise des migrants : MSF renonce au financement de l'Union européenne

Médecins sans frontières (MSF) a annoncé vendredi que, pour protester contre la politique migratoire « honteuse » adoptée cet hiver, elle n'acceptera plus d'argent de l'Union européenne (UE) ou de ses États membres.

Cette politique, et particulièrement l'accord UE-Turquie conclu en mars, vise à « repousser les personnes et leurs souffrances loin des côtes européennes » dénonce l'ONG, réputée notamment pour son travail dans les zones de guerre.

« Cette décision prend effet immédiatement et sera appliquée à tous les projets de MSF à travers le monde », a-t-elle précisée lors d'une conférence de presse tenue à Bruxelles, siège de l'UE.

MSF affirme qu'elle se privera ainsi de 8 % de son budget annuel. L'an dernier, elle avait reçu 27,7 millions de dollars des institutions européennes, et 53,8 millions de ses États membres.

L'ONG refusera également les fonds de la Norvège, qui n'est pas membre de l'UE, mais qui arrime sa politique migratoire avec elle. L'an passé, Oslo lui avait versé 10,2 millions de dollars.

MSF assure qu'elle n'abandonnera pas certains de ses programmes pour autant. « Nous allons chercher d'autres sources de financement », assure son secrétaire général international, Jérôme Oberreit.

À court terme, elle puisera dans sa réserve d'urgence pour maintenir ses activités.

Le concept de réfugiés « en danger »

L'accord UE-Turquie prévoit le renvoi en Turquie de tous les migrants et demandeurs d'asile arrivés illégalement en Grèce. Pour chacun d'eux, l'UE accepte ensuite de prendre un Syrien dûment enregistré en Turquie.

Parallèlement à cet accord, la « route des Balkans », empruntée jusque-là par des centaines de milliers de migrants, a été fermée, de sorte que des milliers de personnes sont demeurées coincées à la frontière de la Macédoine.

« Sur les îles grecques, plus de 8000 personnes, y compris des centaines de mineurs non accompagnés, sont restées bloquées en conséquence directe de ce pacte », dénonce MSF. Ces gens vivent dans « des conditions terribles, dans des camps surpeuplés, parfois pendant des mois ».

« Depuis des mois, MSF a dénoncé la réponse honteuse de l'Europe, qui se focalise plus sur la dissuasion que sur l'aide et sur la protection à apporter aux personnes qui en ont besoin », a déclaré M. Oberreit. L'accord UE-Turquie « va un cran plus loin, et met le concept de réfugié et la protection qu'il engendre en danger ». 

La crainte de l'« effet domino »

MSF déplore aussi la volonté de l'UE « d'imposer une réduction de l'aide au commerce et au développement » aux pays africains qui « n'endigueraient pas la migration vers l'Europe ou qui ne faciliteraient pas les retours forcés » de migrants irréguliers.

Selon M. Oberreit, l'UE discute actuellement avec 16 pays « dans le but de nier le droit d'asile » de réfugiés. Cela inclut l'Érythrée, la Somalie, le Soudan et l'Afghanistan, quatre pays dont beaucoup de ressortissants tentent de joindre l'Europe.

« Cela envoie clairement un message que venir en aide à des gens forcés de quitter leur domicile n'est qu'une option, que l'on peut résoudre le problème avec de l'argent », dénonce-t-il. « Cela pourrait potentiellement signifier que des gens restent enfermés dans des zones de guerre où ils peuvent être persécutés. »

L'ONG affirme ne pas vouloir faire de « débat politique » avec cette décision de cesser d'accepter des fonds européens, mais invite le grand public à s'interroger sur « la valeur de la vie » de tous ces gens qui fuient la misère et les conflits.

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