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Crise des opioïdes : Québec hausse son niveau de surveillance

Alors que le fentanyl fait des ravages en Colombie-Britannique et que certains redoutent que l'épidémie ne s'étende à l'ensemble du pays, Québec ne craint pas pour l'instant que la province soit touchée par une telle crise, mais il hausse son niveau de surveillance.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Pour la ministre québécoise déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, la situation en Colombie-Britannique est, certes, préoccupante. Son gouvernement, dit-elle, demeure aux aguets et surveille la situation de près.

Mais la ministre Charlebois ne craint pas pour le moment que le Québec ait à faire face à une crise comme en Colombie-Britannique. « Ici, la consommation d'opioïdes est plus reliée à des médicaments, alors que là-bas, c'est vraiment de la marchandise illégale. [...] Et c'est ça qui se passe en Colombie-Britannique, et c'est là que c'est encore plus dangereux, dit-elle, on ne sait pas ce qu'il y a dans les matières illégales. »

La ministre ajoute « qu'il ne faut pas présumer que ça n'arrivera jamais, mais on est moins près que la Colombie-Britannique de marchandises qui proviennent de la Chine, par exemple ». C'est ce qui expliquerait qu'il y aurait moins de comprimés contrefaits dans les rues de Montréal.

Le caporal Jacques Theberge, de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), confirme qu'un nombre important d'opioïdes de prescription se retrouvent sur le marché noir et sont vendus illégalement.

Stéphane Turcotte, un travailleur de rue pour l'organisme Méta d'âme depuis 14 ans, a constaté le phénomène. Il a remarqué que des personnes vendent leurs médicaments pour arrondir leurs fins de mois.

« Ce que j'ai vu, ce sont des gens qui ont des problèmes de cancer. Ils s'en gardent juste assez pour leur douleur et ils vendent le reste et souvent ils ne le vendent pas trop cher. Et là, ça se ramasse dans la rue à 10 $ de la pilule. Alors, s'ils en vendent 50, c'est 500 $ », explique-t-il.

L'usage en hausse au Québec

L'usage des opioïdes est toujours en hausse au Québec. Selon les dernières données de la Régie de l'assurance maladie, le nombre de nouvelles prescriptions d'opiacés a augmenté de 30 % depuis cinq ans. Le nombre de Québécois qui consomment ces médicaments est aussi en hausse.

Pour l'urgentologue Sophie Gosselin, qui voit plusieurs cas de surdoses chaque semaine, il y a un problème important de surprescriptions de pilules antidouleur au Québec. Elle estime que le gouvernement doit agir avant qu'il ne soit trop tard.

Des fausses ordonnances d'opiacés, ça arrive tous les jours quelque part au Québec.

Bertrand Bolduc, président de l'Ordre des pharmaciens du Québec.

Le président de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Bertrand Bolduc, demande pour sa part au gouvernement québécois d'avoir accès aux données de la Régie d'assurance maladie pour contrer le phénomène. « On pourrait justement identifier des tendances qui nous permettraient d'aller inspecter, par exemple nos pharmaciens, et voir s'il y a des choses qui ne sont pas correctes », dit-il.

Une rencontre doit avoir lieu prochainement entre la ministre de la Santé, le Collège des médecins et l'Ordre des médecins pour discuter de la question.

28 morts

Durant l'été 2014, 28 personnes sont mortes en quelques semaines de surdoses aux opioïdes à Montréal. Depuis, les autorités de la santé sont sur le qui-vive, tant à Montréal qu'ailleurs au Québec.

Signe qu'une autre crise peut éclater à tout moment à Montréal, en décembre, les douaniers ont saisi pour la première fois à l'aéroport de Mirabel du carfentanil, une substance beaucoup plus puissante que le fentanyl, en provenance de la Chine.

Pour le caporal Jacques Theberge, de la GRC, le Québec n'est pas à l'abri des substances qui proviennent d'Asie. « Malheureusement, il y a à Montréal présentement des médicaments contrefaits contenant du fentanyl, par exemple, comme ingrédient actif. C'est très inquiétant, on n'a aucun suivi sur ces médicaments-là, c'est très dangereux pour les consommateurs », dit-il.

Même si au Québec, la situation n'atteint pas le niveau critique qu'on retrouve en Colombie-Britannique, depuis le début des années 2000, le nombre de surdoses mortelles liées aux opioïdes a doublé.

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