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Crise des réfugiés : pas dans la cour américaine

Touchés par le drame des migrants, les Américains pensent d'abord à leur propre sécurité. Et s'il y avait des terroristes parmi tous ces réfugiés? Les États-Unis n'ont donc pas l'intention d'en faire plus.

Un billet de Yanik Dumont Baron correspondant à Washington

Le porte-parole de la Maison-Blanche pesait ses mots, parlait lentement. La question portait sur le rôle que peuvent jouer les États-Unis dans cette tragique crise qui secoue l'Europe.

Josh Ernest voulait faire preuve de compassion, mais une des phrases qu'il a prononcées résume bien son message : « Il y a assurément de la place en Europe pour gérer ce problème. » Autrement dit, « pas dans ma cour »!

Les Américains sont bien sûr touchés par ces images, par le désespoir qui pousse des milliers de familles à entreprendre un dangereux périple pour améliorer leur sort. Mais la question de leur propre sécurité semble passer en premier. Bien des élus craignent que parmi les réfugiés se trouvent des terroristes, des militants du groupe armé État islamique.

Cet été, l'un des responsables d'un comité sur la sécurité intérieure écrivait au président Obama qu'il y a « un risque réel que des individus liés à des groupes terroristes tentent d'exploiter un programme de réinstallation des réfugiés pour entrer dans notre pays ».

Les migrants, des chevaux de Troie?

C'est une crainte aussi répétée par des candidats républicains à la présidence. Rand Paul affirme que les États-Unis fournissent leur part d'efforts et qu'ils sont généreux, mais qu'il faut prendre son temps, bien choisir ceux qui sont acceptés.

Ben Carson était plus mordant : « Au moment où nous avons des terroristes islamistes radicaux qui veulent nous détruire, la possibilité de permettre des chevaux de Troie, ça n'a aucun sens. »

Les États-Unis n'entendent donc pas changer de cap. Leur réponse à cette crise concerne d'autres continents. Ils ont déjà offert plus de 4 milliards de dollars pour gérer les problèmes humanitaires qui découlent de la guerre civile en Syrie. Ils offrent aussi une assistante technique aux pays européens les plus touchés.

La porte des États-Unis n'est pas complètement fermée aux réfugiés syriens. Mais elle n'est pas grande ouverte non plus. L'an prochain, jusqu'à 8000 Syriens pourraient être admis. C'est peu devant l'ampleur du problème.

C'est 100 fois moins que ce que propose de faire l'Allemagne. Aux États-Unis, pas question d'accepter n'importe qui. On veut vérifier l'identité des demandeurs d'asile, leurs antécédents. Une démarche quasi impossible pour ceux qui fuient un pays en guerre.

Pour l'instant, donc, les photos qui arrachent les cœurs ne touchent pas assez les responsables américains pour qu'ils changent leur politique. D'ailleurs, le jour même où il publiait des photos du bambin Aylan Kurdi, mort noyé, le Washington Post publiait cette caricature, bien révélatrice de la position américaine :

Photo : Washington Post

Il y a aussi des voix, dont la force pourrait s'amplifier, qui réclament davantage de la part des États-Unis. Au nom de celles-ci, le commentateur Chris Hayes, de MSNBC, lançait un défi aux politiciens américains. « Nous pouvons accueillir des dizaines, des centaines de milliers de réfugiés dans ce vaste et riche pays. Chaque personne qui veut devenir président devrait être obligée d'expliquer pourquoi on ne devrait pas le faire. »

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