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Crise du bois d'oeuvre : l'industrie et les gouvernements prêts à en découdre avec les Américains

Les réactions fusent au Canada et au Québec au lendemain de l'imposition par Washington d'un droit préliminaire antidumping sur le bois d'œuvre canadien vendu aux États-Unis.

Le département américain du Commerce a imposé lundi un droit préliminaire antidumping qui oscille autour de 6,87 %. Il s’ajoute à un droit compensatoire de 19,88 % déjà annoncé en avril.

Ainsi, au total, une taxe d'environ 27 % sera imposée sur le bois d’œuvre canadien qui franchira désormais sa frontière.

Seules les provinces de Terre-Neuve-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse sont épargnées par cette surtaxe, Washington estimant que leur industrie du bois ne nuit pas à la sienne.

Ottawa prêt à faire appel aux tribunaux internationaux

C’est la sixième fois que les États-Unis imposent des droits compensateurs et de taxes punitives sur les produits de bois d’œuvre canadien depuis les 30 dernières années et chaque fois, le Canada a obtenu gain de cause devant les tribunaux.

À Ottawa, le gouvernement Trudeau prépare déjà sa riposte en invoquant d’entrée de jeu le recours, une fois de plus, aux tribunaux si les parties n’arrivent pas rapidement à dénouer cette crise par la négociation.

À Washington, le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, a déclaré : « Bien que je demeure optimiste quant à la conclusion d'une entente négociée, jusqu'à ce que nous y parvenions, nous devons continuer d'imposer les droits compensatoires et antidumping pour défendre les compagnies américaines ainsi que leurs travailleurs. »

« On va rester les coudes serrés et on va se tenir » - Philippe Couillard

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a bombé le torse, lundi, face aux Américains.

« Ce n’est pas justifié cette approche-là. Il n’y a pas de subvention et il n’y a pas eu de dumping. Maintenant ils [les États-Unis] décident de procéder de cette façon-là », a déploré le premier ministre du Québec.

« L’argent qu’on a mis de côté pour aider notre industrie et nos travailleurs est encore là et il va servir à ça aussi. », a promis une nouvelle fois Philippe Couillard

Le gouvernement Couillard a par ailleurs convié des représentants du monde des affaires, du secteur agricole et du milieu syndical de la province pour faire le point, mardi après-midi, à Québec, sur cette nouvelle crise dans l’industrie forestière et sur l'ensemble du commerce entre la province et les États-Unis.

La Colombie-Britannique tout aussi déterminée

En Colombie-Britannique, où 60 000 travailleurs dépendent de l’Industrie forestière, le gouvernement de la province a promis de se battre, tout en répétant qu’il préfère de loin une solution négociée plutôt qu’une confrontation judiciaire devant les tribunaux internationaux.

Selon le Conseil du libre-échange pour le bois d’oeuvre de la Colombie-Britannique, les allégations de concurrence déloyale visant le Canada n'ont jamais été prouvées en cour et ne le seront jamais.

Victoria croit que le geste des Américains fait mal aux travailleurs et aux entreprises forestières canadiennes, mais aussi à l'industrie de la construction et de la rénovation américaine et à leurs clients.

Premières pertes d'emplois

Du côté de l’industrie canadienne du bois d’oeuvre, on se prépare à des baisses de rendement importantes. Des mises à pied ont par ailleurs déjà commencé, notamment à la compagnie Résolu.

Déjà, Résolu a réduit le nombre d'heures de travail dans sept de ses scieries, en plus de retarder le début d'activités en forêt, ce qui a touché 1282 travailleurs.

Au Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) on déplore les pertes importantes que générera cette mesure punitive américaine qui privera l’économie de centaine de millions de dollars.

« Avec cette nouvelle taxe, nos entreprises exportatrices de bois d'oeuvre verseront quelque 300 millions de dollars en droits compensateurs et antidumping d'ici la prochaine année.Des sommes importantes qui ne pourront être investies dans l'économie québécoise, que ce soit en équipements ou en salaires, et auxquelles s'ajouteront maintenant les effets d'une autre surtaxe déraisonnable », a expliqué lundi le président et chef de la direction du CIFQ, André Tremblay.

« On ne se laissera pas faire, on va continuer à battre, à déclaré pour sa part Renaud Gagné, directeur québécois du syndicat UNIFOR qui représente les employés de plus d’une centaine d’entreprises forestières canadiennes. « Si les négociations n’aboutissent pas à court terme, avant les négociations de l’ALENA, bien on n’aura peut-être pas le choix d’envisager le pire ».

Selon les estimations du syndicat, cette tactique américaine pourrait priver les producteurs forestiers canadiens de 1,5 milliard de dollars de revenus cette année, en plus de menacer plus de 25 000 emplois au pays.

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