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Crise du recyclage : le centre de tri de Montréal veut l'aide de Québec

Frappé par une crise dans l'industrie du recyclage depuis que la Chine a resserré ses normes de qualité pour les matières récupérées qu'elle importe, le centre de tri de la métropole souhaite obtenir une subvention pour moderniser ses installations, surtout qu'il vient de trouver de nouveaux marchés en Asie.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Après des semaines de recherches, le centre de tri de Montréal a trouvé de nouveaux acheteurs comme l'Inde, l'Indonésie et la Corée pour y expédier le papier que les habitants de la métropole mettent dans leurs bacs de récupération.

Selon le président de Rebuts solides canadiens, Gilbert Durocher, des conteneurs remplis de ballots de papier ont même commencé à quitter son établissement et le port de Montréal pour l'Asie.

« Ça commençait à devenir urgent de trouver de nouveaux marchés parce qu'on a un espace limité à l'extérieur pour stocker ces ballots-là », explique-t-il. M. Durocher soutient que les ballots qui ont été accumulés depuis le début de la crise seront tous expédiés d'ici deux à trois mois.

Depuis l’automne, 6000 ballots de papier habituellement expédiés en Chine se sont accumulés dans la cour du centre. Selon nos calculs, ce sont près de 8000 tonnes de matières qui se sont empilées au cours des derniers mois.

Papier et intempéries

Malgré tout, le directeur général du Front québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, craint que des ballots ne se retrouvent dans un site d’enfouissement ou à l’incinération.

« Le papier, c’est une matière putrescible, donc ça réagit aux intempéries. Ça peut pourrir, ça peut se dégrader, notamment s'il y a des changements de température. [...] Si ça reste longtemps à l'extérieur, dit-il, éventuellement, on va devoir en jeter. »

Le centre de tri partage habituellement ses revenus avec la Ville de Montréal, mais il ne prévoit pas verser de ristournes à cause de la crise cette année. Il s'agira d'un manque à gagner pour la métropole, qui a reçu 2 millions de dollars par an au cours des deux années précédentes.

Par ailleurs, le centre doit également améliorer le partage d'informations avec la Ville ainsi que la propreté des lieux, selon des constats d'infraction obtenus par Radio-Canada.

Installations vétustes

Selon une étude réalisée par Recyc-Québec avant Noël, certains des centres de tri moins performants, dont celui de Montréal, sont considérés comme à risque en raison de la vétusté de leurs installations et de la qualité des ballots de matières recyclables qu'ils produisent.

Ce sont surtout les centres de tri de Cowansville, de Granby et de Montréal qui posent problème et qui ont besoin d'investissements majeurs « pour favoriser une amélioration de la qualité et le développement de débouchés au Québec », d'après cette étude.

Pour traverser la crise qu'a créée la Chine dans l'industrie du recyclage et améliorer la qualité de la matière triée, le centre de tri de Montréal demandera l'aide de Québec. Gilbert Durocher précise qu'il déposera prochainement un projet de modernisation des installations montréalaises à Recyc-Québec « pour ajouter un ou des équipements pour améliorer la qualité du produit fini. » Il souhaite obtenir de 4 à 5 millions de dollars.

« Notre but n'est pas nécessairement de trouver une qualité qui conviendrait à la Chine, on a toujours le même objectif et c'est de pouvoir vendre notre matière localement », précise M. Durocher.

Le gouvernement du Québec a annoncé récemment 3 millions de dollars pour aider les centres de tri de la province à se moderniser et à accroître la qualité de leurs produits afin de trouver des débouchés au Québec et créer une véritable économie circulaire.

Un nouveau centre de tri d’une capacité de 100 000 tonnes, situé dans l’arrondissement de Lachine, ouvrira ses portes en 2019.

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