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Crise du recyclage : où ira le papier récupéré par les Montréalais?

Le Centre de récupération et de tri de Montréal, qui pensait avoir trouvé un marché alternatif à la Chine pour écouler les ballots de papiers accumulés depuis l'automne, tente aujourd'hui d'éviter l'enfouissement de ces matières recyclables.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Rebuts Solides Canadiens inc., une filiale du groupe Tiru, cherche maintenant de nouveaux débouchés pour les 6000 tonnes de matières qui sont stockées dans sa cour depuis plusieurs mois.

Depuis que la Chine a annoncé qu’elle cessait d’accepter tout plastique ou papier venant de l’étranger pour respecter ses nouvelles normes environnementales, le Centre de récupération et de tri de Montréal en subit les contrecoups. La situation est loin de s'améliorer pour le plus important centre du genre au Québec.

Il y a quelques semaines, le grand patron du centre de tri de Montréal, Gilbert Durocher, affirmait pourtant avoir trouvé de nouveaux marchés, dont l'Inde, pour écouler les 6000 ballots de papiers. Mais il soutient aujourd'hui être incapable de vendre ce qu'il a accumulé dans sa cour.

« On réussit encore à écouler notre production courante, mais tout ce qui est à l'extérieur est encore là. Je vous dirais qu'on éprouve toujours des problèmes à en disposer. Le marché se fait de plus en plus difficile. Les commandes à l'exportation diminuent, donc la situation ne s'améliore pas », affirme Gilbert Durocher.

« Honnêtement, je n'étais pas de très de bonne humeur quand j'ai vu ça, » soutient la ministre québécoise du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon.

« Il va falloir qu'on revoie [ça], parce qu'il y a un contrat entre la Ville de Montréal et Tiru », poursuit-elle. « Ils vont devoir [...] trouver des solutions, parce que la crédibilité, la confiance, ça va encore plus loin que ce qu'on met dans le bac. Les gens le font parce qu'ils ont confiance. »

Des surplus

Depuis que la Chine a fermé ses frontières aux importations de matières recyclables, les marchés sont inondés de ballots de plastiques et de papiers. Certains pays d'Asie, comme l'Inde, n'arrivent plus à absorber les surplus.

Certains d'entre eux ont même augmenté leurs critères de qualité. « L'Inde nous regarde en disant : "Hé! les gars, on n'est pas en mesure de prendre tout ça" », explique le président du centre de tri.

Pour Gilbert Durocher, c'est un véritable casse-tête. Il veut éviter à tout prix que les 6000 ballots, qui représentent environ 6000 tonnes de matières récupérées, se retrouvent à l'enfouissement ou à l'incinération.

« On a des discussions avec la Ville de Montréal. Il y a des rencontres qui ont lieu aussi avec Recyc-Québec et nous tentons de trouver une solution », assure-t-il.

La présidente-directrice générale de Recyc-Québec, Sonia Gagné, abonde dans le même sens.

« Nous, sans relâche avec la ville, avec Tiru, on regarde les possibilités pour le traitement de ces ballots-là, dit-elle [...] Aussitôt que cette solution-là va être trouvée, on sera en mesure de la communiquer. »

Marché québécois

M. Durocher croit qu'une des solutions à la crise qui frappe les centres de tri, dont le sien, est de trouver des débouchés au Québec pour le papier qui se retrouve dans les bacs de récupération.

« Il faut développer des marchés ici. Kruger et Cascades, il va falloir que ces papetières-là puissent avoir des incitatifs pour s'approvisionner localement », estime-t-il, précisant que les négociations sont déjà en cours avec Kruger.

« Je leur en vends déjà un peu présentement et nous sommes à négocier pour augmenter les volumes », ajoute-t-il.

La ministre Isabelle Melançon croit elle aussi que la solution à la crise est au Québec et non à l'étranger.

Elle souhaite que les centres de tri problématiques se modernisent et que le Québec développe un marché pour les papiers qui se retrouvent dans le bac de récupération. Elle espère que les centres de tri de la province signent éventuellement des contrats à long terme avec des papetières québécoises, pour que les papiers soient recyclés ici.

« J'ai parlé avec des Kruger, des Cascades qui sont prêtes à signer des ententes à long terme, ce qui n'était malheureusement pas le cas auparavant parce qu'il y a un marché avec des fluctuations, dit-elle. Moi, je pense que si on est capable de parler d'une entente à long terme, on vient de régler bien des problématiques. »

Le directeur général du Front québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, nous a déjà dit craindre que les ballots accumulés par le Centre de récupération et de tri de Montréal se retrouvent dans un site d'enfouissement ou à l'incinération.

« Si ça reste longtemps à l'extérieur, éventuellement, on va devoir en jeter », mettait-il en garde, il y a un mois de cela.

Rencontré lundi, M. Ménard ajoute : « C'est juste une question de temps avant que la fibre, le papier, le carton commencent à pourrir et n'aient plus de propriétés pour être recyclés. »

Chaque année, le centre de tri de Montréal traite 170 000 tonnes de matières récupérées. Un nouveau centre de tri d'une capacité de 100 000 tonnes, situé dans l'arrondissement de Lachine, ouvrira ses portes en 2019.

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