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Crise du verglas au N.-B. : « Nous vivions ensemble une épreuve qui restera marquée dans nos mémoires »

BILLET - La journaliste Catherine Dumas raconte son expérience de la crise du verglas qui a paralysé la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick, pendant une douzaine de jours.

Un billet de Catherine Dumas

Avant cette crise, la Péninsule acadienne était pour moi synonyme de culture, de paysages pittoresques et de bon temps. Durant ce temps là, mes connaissances se limitaient d’ailleurs aux endroits clichés de la Péninsule, soit la Brôkerie à Caraquet, le Phare de Miscou, le fameux Up and Down de Tracadie et le Village historique acadien à Bertrand. À ma défense, je n’y suis allée peut-être que quatre fois, tout au plus, pour des vacances et pour participer à mon premier tintamarre.

Dans mes souvenirs, j’y revois des Acadiens qui souriaient aux touristes, des commerçants qui nous accueillaient dans leur boutique, des restaurateurs qui nous faisaient goûter des mets typiques de la région et surtout des pêcheurs qui montraient fièrement leurs plus belles prises.

Mais rapidement mes images de belles maisons qui longent le bras de mer, de beaux bateaux amarrés aux quais et de drapeaux acadiens qui flottent dans le vent se sont dissipées, et ils ont fait place à un paysage peint par des dizaines de poteaux étalés sur le sol, des fils électriques pendus sur les maisons, des arbres cassés et lourds de verglas et des magasins fantômes.

Lors de cette crise du verglas, un silence inhabituel régnait dans cette péninsule, habituellement festive. Elle était figée dans la glace et dans le temps.

Je me suis rendu compte que l’image idyllique que j’avais de cet endroit était plutôt le fruit de mon imagination, car les fins fonds de cette péninsule me cachaient encore beaucoup trop de choses.

Lever le voile sur la pauvreté

Lorsque je suis descendue de la voiture pour la première fois pour constater l’ampleur des dégâts et pour visiter mon premier centre d’hébergement, un sentiment d'impuissance m’a envahie, et il ne m’a pas quittée depuis.

En voyant la centaine de sinistrés dans le centre, j’ai compris que cette tempête de verglas avait fait bien plus que priver de courant des milliers de personnes. Cette tempête de verglas avait levé le voile sur la pauvreté dans le nord-est de la province.

Je n’ai absolument rien. Je n’ai même pas de poêle à bois. Je n’ai pas hâte d’arriver à la maison et voir toute la nourriture que j’ai perdue. Je n’aurai plus rien.

Une sinistrée de Pont-LaFrance

C’est dur de joindre les deux bouts. On a dépensé plus qu’on était [censé]. On a juste un petit chômage et je ne sais pas comment on va faire pour arriver dans un mois.

Un sinistré à Lamèque

Ces gens rencontrés dans les maisons, les foyers de soins et les centres d’hébergement étaient désemparés, et avec raison. Plusieurs d’entre eux, sans assurance et sans budget pour les imprévus, ne voyaient pas la lumière au bout du tunnel. Ils avaient raison d’être en larmes à ce moment, car comment fait-on pour se remettre de tout ça avec un maigre salaire pour faire vivre une famille entière?

Dans l’angoisse et l’attente des centres d’hébergement, plusieurs ont compris qu’une fois le courant rétabli, la crise serait loin d’être terminée pour eux.

Pour les gens de l’extérieur, et enfin, pour moi la journaliste, il était difficile de jouer à l’autruche.

Des gestes de solidarité et des sourires contagieux

Heureusement, lors de cette crise du verglas, il y a aussi des moments qui ont réchauffé mon coeur.

J’ai vu des centres d’hébergement se multiplier à vue d’oeil, des centres remplis de bénévoles, de véritables fourmilières.

J’ai croisé d’autres Néo-Brunswickois qui se sont hâtés vers la Péninsule pour aider leur famille et des étrangers dans le besoin.

Comme on dit Acadie : quand on ne peut pas passer au travers d’une épreuve, on fait le tour, et on réussit tous ensemble.

Bénévole au centre de réchauffement de Pont-Landry

J’ai vu des entrepreneurs de partout dans la province amener une armée de bénévoles avec eux et offrir, pour l’instant d’un repas, du réconfort aux sinistrés.

J’ai vu des gens eux-mêmes privés de courant donner aux suivants.

J’ai vu des sourires, j’ai entendu des rires et j’ai vu des amitiés se former.

Lorsqu’on décrit l’Acadie, on parle d’un peuple résilient, courageux et généreux, mais le constater de ses propres yeux c’était quelque chose d’émouvant.

Des rencontres inoubliables

J’ai rencontré des gens qui, peu importe leur âge et leur situation, m’ont livré des témoignages touchants, douloureux et parfois amusants.

J’ai rencontré Anna Vienneau, 101 ans et 8 mois, qui disait avoir prédit cette tempête de pluie verglaçante. Elle n’avait pas connaissance que la crise durait depuis si longtemps, car sa famille faisait des pieds et des mains pour que sa routine ne change d’aucune façon.

J’ai rencontré Karine Lebouthillier et son conjoint Benoît Leclair, propriétaires du foyer de soins Villa du Portage. Avec leur équipe, ils se sont occupés de leurs 16 résidents et ils se sont assurés que tout le monde était en sécurité. Alice Savoie, une des résidentes ne voulait pas quitter le foyer même si sa fille lui offrait un refuge chez elle, au chaud.

J’ai rencontré Médrick Brideau et Paul-Aurèle Chiasson, deux bénévoles dans les centres d’hébergement qui ont très peu dormi pour en assurer le bon fonctionnement.

Tous ces gens, je les ai écoutés attentivement et je leur ai prêté une oreille comme on le fait à nos amis. Ils m’ont aussi laissé entrer dans leur maison, dans leur vie comme si j’étais un proche de la famille. Il y avait quelque chose de spécial dans l’air, car un lien fort nous unissait.

Nous vivions ensemble une épreuve qui restera marquée dans nos mémoires.

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