Retour

Crise économique à Terre-Neuve : « partez si vous pouvez »

1er de 2 - La chute des prix du pétrole a plongé Terre-Neuve-et-Labrador en crise économique, la pire depuis l'effondrement de la morue, il y a 25 ans. La province traverse aussi la « pire crise financière de son histoire », selon le premier ministre Dwight Ball. Un coup très dur pour des milliers de nouveaux chômeurs.

Un texte de Sophie Langlois

Terre-Neuve a connu une véritable ruée vers l'or noir. Pendant une quinzaine d'années, des cadres et des travailleurs qualifiés et bien payés sont venus de partout dans le monde pour travailler sur les plateformes pétrolières, au large de Saint-Jean. Les condos haut de gamme loués à des prix exorbitants, les restaurants gastronomiques, les épiceries fines se sont multipliés.

Des quartiers entiers de grosses maisons ont vu le jour. Pour un travailleur du pétrole, avoir une maison, un chalet, au moins une camionnette, un bateau, un quatre-roues et une motoneige, c'était devenu la norme. Mais tout cela a disparu du jour au lendemain pour des milliers de Terre-Neuviens.

« On est en dépression, il n'y a pas de doute, on le voit à des milles à la ronde », dit Chris Andrews, copropriétaire du Erin's Pub, où les musiciens jouent souvent devant une poignée de clients depuis quelques mois.

Parmi ces nouveaux chômeurs, on trouve une bonne partie des 10 000 Terre-Neuviens qui travaillaient sur des sites pétroliers en Alberta, où les conditions de travail étaient encore plus alléchantes. John Michael Lannon faisait 142 000 $ par année comme consultant en sécurité et santé au travail à Fort McMurray.

Ce père de cinq enfants a fait la navette entre les deux provinces pendant 10 ans. Il n'a plus d'emploi depuis quatre mois et peine à payer l'hypothèque de sa maison à Saint-Jean.

Pour l'instant, la banque préfère avoir un mauvais payeur qu'une autre maison vide, impossible à vendre. Des milliers de maisons et de condos presque neufs sont maintenant vacants dans la région de Saint-Jean.

« Avant, tu mettais une pancarte et la maison était vendue le soir même, relate Debbie Hanlon, agente immobilière dans la capitale terre-neuvienne depuis 25 ans. Les gens faisaient la file, on obtenait parfois beaucoup plus que le prix demandé. Maintenant, c'est le contraire. Il faut baisser les prix et être patient ou très créatif pour vendre. »

Depuis deux ans, ce sont surtout les travailleurs venus d'ailleurs qui désertaient. Depuis quelques mois, de plus en plus de jeunes quittent la province, faute d'emploi. Russell Wangersky, chroniqueur au Telegram, le principal quotidien de la province, a créé la controverse en écrivant « Get out if you can », « Partez si vous pouvez ». Il nous dit, la gorge nouée, avoir même encouragé son fils à le faire.

C'est que Terre-Neuve est pratiquement en faillite, avec un déficit record de près de 2 milliards de dollars. Les revenus du pétrole représentaient le tiers des recettes de la province. Quand ces revenus ont chuté, les finances publiques ont frappé un mur. Le gouvernement vient de lancer un régime de compressions sans précédent.

Par exemple, des centres de soins, des écoles et plus de la moitié des bibliothèques seront fermés. De plus, presque tous les impôts, les taxes et les tarifs sont revus à la hausse. Le fardeau fiscal de chaque foyer grimpe ainsi de 3000 $ par année. Même des retraités songent à quitter la province, devenue trop coûteuse.

C'est le cas de David Coish, un ancien fonctionnaire fédéral. « C'est trop dur pour quelqu'un comme moi. Je ne suis pas pauvre, mais je ne suis pas riche quand même. Je vais peut-être devoir déménager à Halifax. »

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine