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Damas cherche à resserrer l'étau sur les rebelles à Alep

Forte des frappes de son allié russe, l'armée syrienne continue de grignoter le territoire des rebelles qui sont encerclés dans l'est d'Alep, affirment vendredi l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) et des médias officiels. Les rebelles démentent tout recul.

Selon l'OSDH, les forces du régime de Bachar Al-Assad ont réussi à capturer vendredi matin l'ancien hôpital Kindi, après s'être emparées jeudi de l'ancien camp de réfugiés palestiniens de Handarat.

La conquête de ces deux emplacements, situés dans le nord d'Alep, leur permet maintenant de menacer deux quartiers rebelles du nord-est, Hellok et Haydariyé, selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, qui suit le conflit depuis Londres grâce à un réseau d'observateurs en Syrie.

Au moins 15 personnes, dont deux enfants, ont été tuées vendredi par des frappes sur Hellok et d'autres quartiers rebelles, selon l'OSDH.

Des sources rebelles nient que le gouvernement ait réussi à s'emparer de l'ancien hôpital Kindi. Elles affirment que les combats sont toujours en cours, ce qui confirme à tout le moins que l'armée syrienne est passée à l'offensive dans le secteur.

L'OSDH et les médias officiels soutiennent également que l'armée syrienne a progressé dans le quartier central de Souleimane al-Halabi, situé sur la ligne de front séparant les quartiers ouest d'Alep, aux mains du gouvernement, et les quartiers est, où sont cantonnés les rebelles.

Un responsable rebelle confirme là aussi que les forces du régime ont avancé dans le quartier, mais assure qu'elles ont été contraintes de reculer.

Selon l'agence officielle Sana, 15 civils ont été tués et 40 autres ont été blessés par des roquettes tirées par les rebelles sur la partie gouvernementale de Souleimane al-Halabi et Midane, un quartier adjacent.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, 338 personnes, dont 106 enfants, sont mortes à Alep depuis une semaine, et 846 autres, dont 261 enfants, ont été blessées.

De passage à l'ONU cette semaine, le chef des casques blancs syriens a estimé que les quelque 250 000 personnes qui vivent toujours dans les quartiers rebelles d'Alep pourraient tenir « un mois, tout au plus » dans les conditions actuelles.



L'ONU a annoncé vendredi avoir mis sur pied une « commission d'enquête » chargée de faire la lumière sur la récente attaque contre un convoi humanitaire dans le nord de la Syrie.

Cette attaque avait fait au moins 18 morts le 19 septembre à Orum al-Koubra, dans l'ouest de la province d'Alep. Washington en avait accusé Moscou qui avait nié toute implication.

L'offensive syrienne à Alep, mise en branle la semaine dernière, après l'effondrement d'une trêve russo-américaine, est activement soutenue par l'aviation russe. Les rebelles, l'ONU et des ONG accusent Moscou d'utiliser des bombes antibunker, particulièrement destructrices.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a démenti vendredi que l'aviation russe utilise des munitions interdites à Alep. Il nie également que Moscou frappe des cibles civiles, comme l'allèguent les rebelles.

Ces bombardements russes ne sont pas près d'arrêter si l'on en croit le journal russe Izvestia, qui affirme vendredi que Moscou a dépêché davantage de bombardiers SU-25 et SU-34 à la base aérienne de Hmeymim, dans l'ouest de la Syrie. Des SU-25 seraient prêts à s'y rendre.

Le ministère russe de la Défense a refusé de commenter ces informations, divulguées par un responsable de l'armée non identifié.

L'aviation russe est entrée en action en Syrie il y a un an jour pour jour, à la demande de Bachar Al-Assad, en affirmant vouloir combattre le terrorisme international. Un retrait partiel de ces troupes a été annoncé en mars, mais Moscou a prévenu qu'elles reviendraient au besoin.

Syrie : l'engrenage de la guerre

Selon un décompte effectué par l'OSDH, les frappes russes auraient fait 9364 morts, dont 5560 combattants du groupe armé État islamique (EI) ou d'autres groupes rebelles. Elles auraient aussi tué 3804 civils et en auraient blessé 20 000 autres.

Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a soutenu vendredi qu'à défaut de cette intervention russe, des combattants islamistes auraient pris le contrôle de Damas. Il a aussi affirmé qu'aucune échéance n'avait été fixée pour la fin de l'opération russe en Syrie.

Pendant ce temps, l'impasse persiste sur le plan diplomatique entre Washington et Moscou. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a
dit vendredi à son homologue John Kerry que la Russie était disposée à continuer à travailler avec les États-Unis en vue d'une solution au conflit syrien et à examiner de nouvelles pistes pour « normaliser » la situation à Alep.

Pour sa part, Washington se dit près de renoncer aux négociations. Le secrétaire d'État américain a dit à M. Lavrov, au cours d'un entretien au téléphone jeudi, qu'il jugeait « absurde » de poursuivre les négociations avec Moscou pendant que son aviation bombarde « aveuglément » les quartiers insurgés de la grande ville du nord de la Syrie.

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