Réputés discrets, les francs-maçons ont ouvert pour la première fois en trois ans au public leur temple de Montréal, un magnifique manoir de style Beaux-Arts de la rue Sherbrooke, tout en chêne et en laiton.

Un texte de Laurence Niosi

« Les portes sont toujours ouvertes, on ne se cache pas », affirme notre guide, François Beaudry, vénérable maître de la Loge des cœurs-unis. Même si le 1805 Sherbrooke n'a pas tenu de portes ouvertes depuis quelque temps, le temple, qui abrite 30 loges (fraternités), peut être visité en tout temps.

Un peu à la manière des francs-maçons britanniques, ceux du Québec cherchent à se défaire de leur image de clan secret et exclusif, qui leur colle à la peau depuis des siècles.

À Montréal, les francs-maçons insistent sur leur caractère inclusif. Pour être admis, il suffit d'avoir 21 ans, de croire en un « Être suprême révélé »... et d'être un homme.

Car les femmes ne sont toujours pas acceptées. Pour des raisons historiques, nous dit-on. « Les rituels à l'époque étaient en accord avec la psyché masculine », explique Sebastien Marcon, premier surveillant et vénérable maître élu de la Loge des cœurs-unis.

Notre guide, Geneviève, administratrice de l'édifice dont le père est franc-maçon, n'y voit pas d'inconvénient non plus. Comme les autres femmes, elle peut être physiquement dans le temple, mais elle ne peut pas assister aux rituels, ni évidemment, faire partie de leur loge.

Les femmes peuvent néanmoins rejoindre des obédiences mixtes ou féminines. La grande loge féminine de France, née en 1952, existe au Québec comme ailleurs. Mais les femmes demeurent une minorité parmi les maçons.

Les francs-maçons montréalais ne discriminent pas les hommes cependant : qu'ils soient gais, indus, musulmans, tous sont invités au « boy's club ».

On compte 74 loges et environ 4200 francs-maçons au Québec. Ils seraient 6 millions à travers le monde. 

Voici une visite guidée du temple de Montréal.

COMPAS ET ÉQUERRE

Le compas et l'équerre, symboles très importants dans la franc-maçonnerie, rappellent la construction des cathédrales et sont liés à des traditions médiévales. « Il y avait cette idée au Moyen-Âge que pour pratiquer un travail noble, il fallait chercher le savoir d'un maître charpentier », explique l'historienne Evelyne Ferron.

LOGES

L'édifice de la rue Sherbrooke Ouest possède aujourd'hui quatre loges, où se déroulent généralement les rituels d'initiation. Auparavant, l'édifice comptait huit loges et un théâtre avec 500 places assises. Aujourd'hui, les étages du bas sont loués à une garderie et à un traiteur, notamment.

ASCENSEURS

Au Temple maçonnique de Montréal, les ascenseurs n'ont pas changé depuis la construction de l'édifice en 1929 : portes extérieures en laiton, portes intérieures coulissantes de type accordéon. Sans compter la présence d'un liftier, Yvon, qui travaille au temple depuis 35 ans.

MEUBLES ANCIENS

On raconte que la reine d'Angleterre, Élisabeth II, s'est assise sur l'une de ces chaises, situées dans une des quatre loges, lors de sa visite à Montréal en 1967. Même si l'édifice de la rue Sherbrooke n'a pas 100 ans, une partie du mobilier a des centaines d'années et appartenait à la Loge de l'ordre royal d'Édimbourg.

ANTICHAMBRES

Une des antichambres de l'édifice de la rue Sherbrooke.

PLAFOND EN OR

C'est dans cette salle de réception que le public a été accueilli samedi. Le plafond de cette salle a été peint notamment avec des feuilles d'or.

CAFÉTÉRIA

Dans les salles à manger du Temple, les francs-maçons mangent et boivent avant ou après les rituels. En Angleterre, ce genre d'activité se faisait dans des tavernes.

TABLIER TRADITIONNEL

Des maçons de la Meridian Royal Alexandra Lodge de Pierrefonds posent avec leurs uniformes traditionnels. Dans le temple, les francs-maçons portent généralement un complet, une cravate et un tablier traditionnel.

ÊTRE SUPRÊME

Une copie de la bible traîne dans le bureau du Grand maître du Temple maçonnique de Montréal.

Excommuniés par l'Église catholique

Les francs-maçons intègrent toujours dans leurs rituels de nombreuses références bibliques, notamment au Temple de Salomon. Malgré leurs liens historiques avec la chrétienté, ils se disent tolérants des autres religions. D'ailleurs, le pape Clément XII a excommunié les francs-maçons en 1738, une première d'une longue série de condamnations, rappelle Sébastien Marcon.

Depuis des siècles, les francs-maçons sont souvent accusés de corruption, de complots ou même de pouvoirs occultes. Des ouvrages font état de la corruption au sein de la police britannique, que les francs-maçons auraient cachée.

Mais les principaux intéressés rejettent ces « théories du complot ». Ils préfèrent parler de leur philosophie ou de leur travail de charité, comme les hôpitaux financés par les Shriners, une société de francs-maçons. Ils étaient d'ailleurs présents samedi, aux portes ouvertes.

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