Retour

De fausses analyses de drogue ont pu contribuer à retirer des enfants de leur famille

Deux mille trois cents personnes du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse ont subi des tests de dépistage de drogue et d'alcool dans un laboratoire qui est maintenant discrédité, selon le réseau CBC. Des familles ont pu perdre la garde de leurs enfants, entre autres, à cause de ces analyses erronées.

Le laboratoire en question Motherisk était situé dans un hôpital pour enfants malades à Toronto.

Les échantillons de cheveux appartenaient, pour la plupart, à des parents dont les enfants étaient visés par des affaires de protection de la jeunesse. Le défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, Norman Bossé, affirme que dans certains cas, des parents se sont fait enlever leurs enfants en raison de tests qui se sont, par la suite, avérés inexacts.

« Le gouvernement devrait alors regarder les parents et leur dire : « Désolé, nous nous sommes trompés ici, mais nous ne savons pas comment réparer les torts. »

Des centaines de ces personnes ont fourni au moins un échantillon positif entre 1997 et 2015, des résultats que le laboratoire admet maintenant comme étant peut-être inexacts.

Malgré cela, l'enquête de CBC montre que le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse n'en font pas beaucoup pour déterminer si des enfants ont été retirés injustement de leur famille. 

La Nouvelle-Écosse continue de prélever des échantillons de cheveux pour les faire analyser dans d'autres laboratoires, bien que l'Ontario et plus récemment le Nouveau-Brunswick remettent en question cette science et ont cessé ce genre d'analyse.

Pas de révision de cas

En Ontario, où la majorité des analyses de Motherisk ont été faites, le gouvernement provincial a nommé une commissaire indépendante, la juge Judith Beaman, pour faire la lumière sur plus de 25 ans d'analyses erronées. La commissaire doit aussi tenter d'identifier ceux et celles qui en ont été victimes.

Les autorités des deux provinces disent qu'elles vont seulement réviser les cas de ceux et celles qui auraient été touchés par la situation, ou par leur avocat qui en ferait la demande. CBC n'a pu obtenir d'entrevue avec les membres des gouvernements provinciaux ou de Motherisk.

La Nouvelle-Écosse a reçu une demande de révision d'une personne. Une porte-parole du ministère des Services communautaires, Heather Fairbairn, affirme que le résultat n'a pas modifié la décision initiale. 

Au Nouveau-Brunswick, tous les cas non résolus de protection de l'enfance sont sujets à révision, déclare Dave MacLean, porte-parole du ministère du Développement social.

Il ignore combien de ces cas ont pu être soumis aux analyses de MotheriskDes résultats positifs ou négatifs n'ont jamais été les seuls facteurs pris en considération pour retirer une enfant de la garde de sa famille, disent les autorités du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

« Plusieurs autres facteurs ont influencé les décisions », souligne Dave MacLean.

Le défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick veut que le gouvernement fouille dans ces dossiers pour s'assurer qu'aucun enfant n'a été retiré de la garde de ses parents sur les seuls motifs d'analyses inadéquates. 

Sans cette assurance, soutient Norman Bossé, le pire scénario est envisageable, soit un enfant arraché à ses parents à cause d'un résultat positif de drogue qui était erroné. 

Pas d'expertise médico-légale

Le laboratoire Motherisk a analysé environ 2000 échantillons par années pour les agences de protection des enfants, entre 2005 et 2015, selon une révision indépendante rédigée par Susan Lang, une juge de la Cour d'appel de l'Ontario, maintenant à la retraite. 

Bien que le laboratoire ait fourni des résultats d'analyses qui ont ensuite été utilisés comme preuves en cour, elle a déterminé que le laboratoire ne rencontrait pas les standards médico-légaux. Elle a conclu que ces résultats n'auraient jamais dû être utilisés en cour lors des cas de protection d'enfants ou de dossiers criminels.

Il y a environ un an, Motherisk a cessé définitivement son programme d'analyse de cheveux. Le gouvernement de l'Ontario a demandé aux agences de services sociaux de la province de mettre un terme aux analyses de cheveux de tous les laboratoires.

Mais les agences de la Nouvelle-Écosse continuent à commander des analyses d'un laboratoire ontarien, Dynacarece qu'a confirmé une porte-parole de la compagnie. Le laboratoire affirme que ces analyses sont poussées et fournissent des « résultats analytiques de toxicologie et d'abus de drogue de grande qualité, à partir d'échantillon de cheveux ».

Dynacare procédait aussi à des analyses pour le Nouveau-Brunswick, jusqu'à ce que la province renverse sa position sur l'analyse de cheveux, le 1er mars. 

Dave MacLean dit que la décision a été motivée par des « inquiétudes à propos de la fiabilité de ce type d'analyse ». La décision a été appuyée par le Bureau du défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick.

« Nous étions pour en arriver là, de toute manière, soutient Norman Bossé. Les juges vont commencer à rejeter ce genre de preuve comme n'étant pas fiables. » 

Il n'est pas le seul à demander une révision des dossiers de Motherisk.

En 2015, Kymberly Franklin, une avocate d'Halifax a demandé au gouvernement de la Nouvelle-Écosse de revoir des dizaines de dossiers non résolus liés à la protection de l'enfance et qui auraient utilisé les analyses de cheveux du laboratoire Motherisk.

« C'est une chose sérieuse de retirer un enfant de sa famille et c'est permanent », avait-elle déclaré à CBC en 2015.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine