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De nombreuses dénonciations d'abus de policiers envers les Autochtones

EXCLUSIF - Des dizaines d'Autochtones ont fait de nouvelles dénonciations d'abus commis par des policiers au moyen de la ligne téléphonique mise en place par le gouvernement du Québec pour inciter les femmes autochtones à briser le silence.

Un texte de Jean-Philippe Robillard

Les dénonciations qui ont été faites au cours des derniers mois visent des agents de la Sûreté du Québec (SQ), mais également des policiers municipaux et des agents des corps policiers autochtones.

Selon nos informations, au moins 75 appels ont été faits à cette ligne téléphonique jusqu'à présent.

Les dénonciations proviennent d'un peu partout au Québec. Elles sont faites par des femmes, mais également par des hommes qui ont décidé de briser le silence, ce qui a étonné les représentants des Services parajudiciaires autochtones du Québec.

« On ne pensait pas que les hommes avaient eu ce genre d'aventure là. Majoritairement, ce sont des agressions tant physiques que sexuelles [...] La brutalité policière, c'est un cas assez fréquent; le harcèlement sexuel, c'est un autre cas. Il y aussi l'intimidation, les policiers font de l'intimidation envers les Autochtones », dit Jean Jolicoeur.

Peu d'Autochtones portent plainte

Le ministère québécois de la Sécurité publique a lancé cette ligne téléphonique en avril dernier pour inciter les femmes autochtones à briser le silence dans la foulée des révélations de l'émission Enquête concernant des femmes autochtones qui allèguent avoir été agressées sexuellement par des policiers de la SQ.

Toutefois, même si plusieurs Autochtones ont décidé de dénoncer les abus de certains policiers, rares sont ceux qui acceptent officiellement de porter plainte.

Selon nos sources, seulement onze plaintes ont été acheminées jusqu'à présent au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui est responsable d'enquêter sur ces dossiers.

Pour Jean Jolicoeur, vice-président des Services parajudiciaires autochtones du Québec, c'est insuffisant compte du tenu du nombre d'appels reçus. Il affirme que les Autochtones hésitent à porter plainte, car ils craignent des représailles des forces policières et en particulier dans les petites communautés, où les gens connaissent souvent les agents de police.

Pour le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, c'est la preuve que les Autochtones ont perdu confiance dans les services policiers. « Le lien de confiance n'existe tout simplement pas entre les membres de nos communautés et les forces policières, SPVM ou autres », dit-il.

Briser le silence

Émile Gregoire, un Innu de 74 ans de Sept-Îles, lui, n'a pas eu peur. Il est l'une des onze personnes qui ont décidé de déposer officiellement une plainte. Il veut dénoncer la brutalité policière dont il dit avoir été victime.

« J'ai besoin de conter mon histoire à quelqu'un parce que j'ai tellement mal », dit-il.

Il affirme qu'il a porté plainte, car il n'arrive pas à oublier ce qu'un policier lui aurait fait subir dans un poste de police.

Il a aujourd'hui bon espoir d'obtenir justice.

Aux Services parajudiciaires autochtones, on souhaite que les plaintes soient confiées au Bureau des enquêtes indépendantes, qui a été créé récemment par le gouvernement pour enquêter sur les corps policiers, plutôt que de confier ces enquêtes au SPVM.

« Il y a toujours un risque de protection. C'est difficile que des policiers culpabilisent leurs propres confrères [...] Ces corps policiers là sont quand même reliés d'une façon ou d'une autre. Nous, on aimerait que ça soit complètement indépendant », dit Jean Jolicoeur.

Le Secrétariat aux affaires autochtones et le SPVM ont refusé nos demandes d'entrevues. Le ministère de la Sécurité publique nous a fait savoir par courriel que les « enquêtes portant sur des allégations relatives à une agression sexuelle ou à une infraction d'ordre sexuel commise par un policier dans l'exercice de ses fonctions » seront automatiquement confiées au Bureau des enquêtes indépendantes.

« On prend note que la ligne est effectivement utilisée. C'est parfait. C'est exactement ce qu'on souhaitait. C'est que les gens se sentent en confiance. Ça peut être des hommes ou des femmes. Il y a probablement plus de femmes, mais que des hommes puissent dénoncer, c'est tout à fait correct aussi », a dit le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, interrogé à Québec, mardi.

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