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De plus en plus de Canadiens ont recours aux banques alimentaires

Les banques alimentaires canadiennes sont sollicitées par un nombre accru de citoyens pour une deuxième année de suite. Selon une étude nationale, le recours aux banques alimentaires continue de frôler des niveaux records. La situation est identique au Québec.

Le rapport Bilan-Faim 2015, de l'organisme Banques alimentaires Canada, révèle que 852 137 personnes, dont 305 366 enfants, ont eu accès à un tel service en mars de cette année. Une hausse de 1,3 % par rapport à la même période en 2014.

Au Québec, l'organisme indique que c'est 1,7 million de demandes qui sont faites chaque mois dans la province, ce qui constitue une hausse de près de 100 000 demandes par rapport à l'an dernier. Plus du tiers de ces demandes (342 987 paniers de provisions) sont effectuées pour des enfants.

Les banques alimentaires québécoises souffrent d'ailleurs d'une pénurie chronique. « Les demandes augmentent sans cesse, mais nous avons toujours un manque de denrées, sans compter le manque de fonds pour récolter plus de dons en nourriture, explique le directeur général des Banques alimentaires du Québec », Zakary Rhissa.

« Les enfants et les aînés, parmi les plus vulnérables de la société, sont de ceux qui sont le plus touchés par la faim au Québec », poursuit-il.

Des denrées qui ont de plus en plus une valeur marchande

Zakary Rhissa, a expliqué à La Presse Canadienne qu'au-delà de la pression qu'ajoute l'augmentation du nombre de demandes, la collecte auprès des fournisseurs est devenue plus difficile. « De plus en plus, les denrées ont une valeur marchande beaucoup plus importante », note-t-il.

Le dernier budget du ministre des Finances Carlos Leitao a pourtant bonifié un crédit d'impôt aux dons d'aliments, mais celui-ci n'a qu'un effet marginal.

« L'incitatif fiscal est limité aux produits maraîchers, précise M. Rhissa. Donc, on peut bénéficier de ce crédit d'impôt seulement dans la période des récoltes et les produits maraîchers, ce sont des fruits et légumes avec une durée de vie limitée », ce qui ne permet pas d'accumuler des réserves de produits manufacturés pour les périodes plus difficiles ou pour l'hiver.

Les banques alimentaires voudraient bien voir le crédit d'impôt appliqué à l'ensemble des denrées alimentaires données.

Par ailleurs, l'augmentation du prix des denrées a entraîné une lutte intensive au gaspillage dans l'industrie qui vient compliquer la donne puisque celle-ci a concentré les centres de décision et de distribution dans les grandes villes, laissant les entrepôts régionaux devenir des centres de transit qui répondent à des commandes précises où les pertes sont quasi inexistantes.

« Dans les régions, les organismes peinent à aller chercher des denrées et il faut ajouter des coûts de transport de Montréal, Québec ou même Toronto, qui n'existaient pas auparavant », fait valoir M. Rhissa.

Augmentation depuis 2008, l'année de référence

À plus long terme, l'étude constate que le recours aux banques alimentaires a fait un bond de 26 % depuis 2008, ce qui signifie à l'échelle canadienne que 175 000 personnes de plus demandent de l'aide à chaque mois. Au Québec, l'augmentation entre 2008 et 2015 atteint 28 %.

C'est toutefois l'Alberta qui vit la pire des situations à l'échelle nationale. La crise du pétrole a eu un impact majeur sur les banques alimentaires de cette province, qui ont vu le nombre de personnes aidées faire un bond de 23,4 % entre 2014 et 2015, soit six fois plus important que l'augmentation du Québec et cette hausse atteint le niveau ahurissant de 82,8 % depuis 2008.

D'autres provinces, au contraire, ont vu la demande diminuer. C'est le cas notamment au Nouveau-Brunswick, où le nombre de personnes aidées est passé de 19 590 en 2014 à 18 986 en 2015, une baisse de 3,1 %. Néanmoins, la tendance demeure à la hausse sur le long terme, soit une augmentation de 21,4 % entre 2008 et 2015.

Katharine Schmidt, directrice générale de Banques alimentaires Canada, signale qu'à court terme, les gens se tournent vers les banques alimentaires en raison de mises à pied, d'une maladie subite ou d'une augmentation de loyer qui empiète sur le budget alimentaire.

À son avis, des millions de Canadiens sont aux prises avec des revenus qui sont nettement inférieurs aux sommes nécessaires pour affronter le coût de la vie de base.

Pour que diminue le recours aux services, Banques alimentaires Canada propose d'investir dans la création de logements abordables; d'aider les Canadiens à acquérir les compétences pour accéder aux emplois bien rémunérés; enfin, d'accroître l'accès à la nourriture traditionnelle et aux aliments achetés en magasin dans le Nord canadien afin de remédier au taux extrêmement élevé d'insécurité alimentaire qu'on y constate.

Banques alimentaires Canada a coordonné l'étude auprès de plus de 4000 programmes alimentaires. Son étude Bilan-Faim, lancée en 1989, est la seule faite chaque année auprès des banques alimentaires et d'autres programmes alimentaires au Canada.

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