Élue dimanche toute première mairesse de Montréal, la chef de Projet Montréal, Valérie Plante, a fracassé le plafond de verre de la politique municipale, selon plusieurs commentateurs politiques. Pourtant, ce n'est pas d'hier que des femmes sont portées à la tête d'une grande ville, bien qu'elles ne le soient pas aussi fréquemment que leurs collègues masculins. Au Canada, c'est en 1951 que Charlotte Whitton devient la première femme à diriger une grande ville, Ottawa.

Un texte d'Isabelle Maltais

Mme Whitton, reconnue pour sa force de caractère, son franc-parler et sa capacité à tenir tête à ses conseillers municipaux, restera en poste à Ottawa jusqu'à la fin de 1956, pour être réélue en 1961, jusqu’en 1964. Marion Dewar a été la suivante, de 1978 à 1985.

La plus grande ville du pays, Toronto, a également été dirigée deux fois par une femme : June Rowlands, de 1991 à 1994, tout de suite remplacée par Barbara Hall, restée en poste jusqu’en 1997.

Edmonton a aussi élu une femme, Janice Reimer, en 1989, qui a occupé le poste pendant six ans, tout comme Winnipeg, menée par Susan Ann Thompson de 1992 à 1998.

L’accession des femmes à la plus haute fonction municipale est donc loin d’être du jamais vu. Mais force est de constater qu’elles y sont beaucoup moins présentes que les hommes, grandes villes ou non.

Les candidates font défaut

À l’échelle du Québec, par exemple, seulement 19,8 % des candidats à la mairie étaient des femmes lors des élections municipales de dimanche, selon le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire (MAMOT).

Donnée encourageante toutefois, la proportion de femmes qui tentent leur chance comme mairesses ne cesse d’augmenter avec les années, bien que lentement. Le MAMOT note une augmentation de leur participation aux élections à la mairie de 5,7 % en 12 ans.

Le Québec ne fait pas figure d’exception. En France, lors des dernières élections municipales, en 2014, la proportion des femmes candidates à la mairie était de 17,1 %, selon le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

De celles-ci, six femmes ont été élues pour diriger l’une des 21 villes françaises de plus de 100 000 habitants, dont la mairesse de Paris, Anne Hidalgo.

Par ailleurs, chez nos voisins du sud, 17,5 % des maires des villes de plus de 100 000 habitants étaient des femmes en juillet 2016, selon le Center for American Woman and Politics.

Des modèles pour les futures élues

Même si l’élection d’une mairesse à la tête d’une grande ville est beaucoup moins fréquente que celle d'un maire, les futures élues de ce monde ont tout de même plusieurs figures sur lesquelles appuyer leurs rêves.

Notamment les mairesses de Paris, Madrid, Barcelone et Rome, que la nouvelle dirigeante de Montréal, Valérie Plante, a dit elle-même admirer.

La première, la Française née Espagnole Anne Hidalgo, est devenue la première femme à diriger Paris en mars 2014. Elle avait remporté la victoire contre une autre femme, Nathalie Kosciusko-Morizet. Mme Hidalgo, une socialiste, a succédé à son ancien patron, le maire Bertrand Delanoë, dont elle était la première adjointe. Elle a fait campagne en prônant la transparence, « la viabilité du modèle économique » et le respect environnemental.

À Madrid, Manuela Carmena a été élue lors du printemps 2015 sous la bannière du mouvement Maintenant Madrid, une liste indépendante issue de la société civile et du mouvement des Indignés, et soutenue par Podemos, parti de la gauche radicale. Juge à la retraite, elle avait 71 ans lors de son élection. Elle a inauguré son entrée en fonction en s’accordant un salaire en baisse de 55 % par rapport à son prédécesseur. Manuela Carmena est la deuxième mairesse de Madrid. Elle a succédé à Ana Botella, qui ne s’est pas représentée en 2015.

Ada Colau, élue en 2015 à Barcelone, provient elle aussi du mouvement des Indignés. Première femme à occuper la mairie de la ville la plus riche d’Espagne, elle travaillait auparavant pour la Plateforme des victimes des hypothèques, une organisation qui a empêché l’expulsion de milliers de familles surendettées en raison de la crise économique qu’a connue l’Espagne. Depuis son arrivée à la mairie, elle a instauré des aides sociales au logement. Elle s’oppose à l'embourgeoisement et à l’élévation du coût de la vie dans le centre-ville, causé notamment par la forte affluence touristique.

Virginia Raggi est de son côté devenue mairesse de la capitale de l'Italie en juin 2016. À 39 ans, elle est non seulement la première femme, mais aussi la plus jeune personne à occuper ce poste. Mme Raggi a toutefois hérité d’une mairie minée par la corruption et les infiltrations mafieuses. Elle a elle-même été mise en examen en février 2017 pour faux et abus de pouvoir. Elle risque maintenant un procès.

Asie et Moyen-Orient

Tokyo, la mégapole japonaise de 13,6 millions d'habitants, est également dirigée par une femme, Yuriko Koike, élue gouverneure de la ville en 2016. Ancienne animatrice vedette de la télévision, puis ministre de l'Environnement et de la Défense, Mme Koike est la première femme aux commandes de l'immense métropole. Elle a notamment pour tâche de superviser la préparation des Jeux olympiques d’été de 2020.

Par ailleurs, Zekra Alwach a été désignée en 2015 mairesse de Bagdad, capitale de l’Irak, par le premier ministre du pays. Elle est titulaire d'un doctorat en ingénierie civile et était directrice générale du ministère de l'Enseignement supérieur. Elle doit gérer une ville aux prises avec la corruption et la violence quotidienne, causée notamment par de fréquents attentats à la bombe.

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