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De proches collaborateurs de Stephen Harper avec Doug Ford

Ce sont des vétérans de la politique, de même que d'anciens collaborateurs de Stephen Harper, de Mike Harris et de l'Alliance canadienne. Portrait de ceux qui se retrouvent maintenant aux commandes de la province la plus populeuse du pays.

Un texte de Philippe Leblanc

Ils ont dû travailler probablement beaucoup plus fort qu'ils ne l'anticipaient en début de campagne, lorsque les sondages leur accordaient une large avance qualifiée d'insurmontable. L'entourage du premier ministre désigné de l'Ontario, Doug Ford, a dû naviguer à travers les nombreux scandales tout en s'assurant que son bouillant candidat ne déroge pas du plan de match déjà convenu.

La victoire électorale de jeudi dernier est aussi la leur.

Selon Karl Bélanger, qui est président de la Fondation Douglas-Coldwell et qui a connu ses travailleurs de l'ombre à Ottawa lorsqu'il était directeur national du Nouveau Parti démocratique (NPD), « on peut s'attendre à des gens qui vont jouer dur ». « C'est, dit-il, un peu le style auquel on est habitué avec ces gens-là. »

Voici les membres de cette équipe Ford ainsi qu'un résumé de leurs tâches et expériences.

Dean French

Il a été président de la campagne électorale de Doug Ford, et on l'a vu claironner le soir de l'élection que son parti était à l'écoute du peuple et non des analystes ou des membres des médias. Dean French est devenu le directeur de cabinet du premier ministre élu vendredi dernier. Dans les années 90, il a été collaborateur de l'Alliance canadienne de Stockwell Day dans l'Ouest canadien. Il a également été vice-président du Parti conservateur ontarien de 1994 à 1996, donc au début du règne de Mike Harris.

Chris Froggatt

Il a été nommé directeur de l'équipe de transition de Doug Ford. Il s'agit d'un proche collaborateur de l'ex-ministre John Baird, tant dans le gouvernement Harris, en Ontario, que dans le gouvernement de Stephen Harper.

Kory Teneycke

Il portait officiellement le titre de directeur de la campagne de Ford. Il est l'ancien directeur des communications de Stephen Harper.

Hostilité envers les médias

Doug Ford ainsi que ses trois collaborateurs nommés ici sont reconnus pour leur hostilité envers les médias. Ils ont éliminé le traditionnel autocar réservé aux médias lors de la campagne électorale. Ils ont aussi limité le nombre de questions posées à Doug Ford ainsi que le nombre d'événements médiatiques. Les journalistes étaient confinés à une zone située loin du chef lors de ces événements, exactement comme on a vu l'équipe Harper faire lors des élections de 2015.

« Ils limitaient l'accès aux journalistes, résume Sarah Boesveld, du magazine Chatelaine, et ils diffusaient leurs messages sous forme de faux reportages réalisés par l'équipe Ford sur le site web de leur campagne. Essentiellement, ils faisaient de la propagande. »

Doug Ford a exhibé cette attitude combative et cette dynamique de confrontation lors de son passage à l'hôtel de ville de Toronto comme conseiller municipal alors que son frère Rob était maire de la Ville Reine. Les séances du conseil municipal viraient souvent à l'affrontement. Il n'y avait que très peu de place au compromis.

« Les politiciens de la famille Ford pensent en termes de "nous contre tout le monde", affirme John Filion, qui est conseiller municipal à Toronto et qui a écrit le livre The Only Average Guy au sujet de la famille Ford. Pour eux, la politique est une partie de football sans fin. Ils veulent battre et écraser leurs adversaires et ils s'attendent à la même chose de leur part. »

S'il se fie à ce qu'il a connu à Toronto, il anticipe que Doug Ford invoquera une crise financière grave en Ontario – ou, même, qu'il exacerbera la crise actuelle en réduisant les tarifs d'électricité et le prix de l'essence à la pompe – pour ensuite faire des compressions.

« Les Ford ne sont pas intéressés à gouverner, ajoute John Filion : ils veulent réduire la taille de l'État et l'influence du gouvernement dans nos vies. En ayant une crise budgétaire, Doug Ford pourrait alors faire des compressions en éducation et en santé. »

Les Ontariennes feront-elles les frais de ce gouvernement? 

C'est précisément ce que craint Sarah Boesveld. Celle-ci fait remarquer que Doug Ford s'est entouré de proches de Stephen Harper, des hommes. Ces personnes ne sont pas reconnues comme de grands défenseurs des programmes sociaux qui touchent souvent la vie des femmes au quotidien.

« Mais Doug Ford pourrait aussi avoir un cabinet des ministres où on trouverait des femmes fortes, comme Christine Elliott et Caroline Mulroney, ses adversaires lors de la course au leadership du parti, dit-elle. Ce sont des femmes intelligentes qui savent que nous sommes en 2018, pour paraphraser Justin Trudeau. »

Dans quelle mesure Doug Ford écoutera-t-il ces femmes ou les autres membres de son équipe? Il l'a fait lors d'une courte campagne électorale de 28 jours minée par plusieurs scandales. Mais Doug Ford demeure un personnage bouillant qui aime livrer le fond de sa pensée. Cela pourrait représenter tout un défi pour d'anciens collaborateurs de Stephen Harper habitués à un chef discret et concentré sur la tâche à accomplir.

« Ce sont des gens qui sont habitués de fonctionner avec un chef, un leader très discipliné, confirme Karl Bélanger. Ils ont maintenant en Doug Ford quelqu'un qui est beaucoup plus erratique. Donc, ça sera beaucoup plus difficile de composer avec ça, parce que ses comportements ne seront jamais prévisibles; un peu comme on peut voir avec Donald Trump à Washington. »

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