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Débat conservateur : sauver les apparences en français

L'homme d'affaires et candidat conservateur Kevin O'Leary depuis ce matin n'aurait pas survécu à l'exercice du débat en français à Québec de mardi soir. Pourtant, la barre était bien basse. L'objectif du parti et des candidats aura été de sauver les apparences.

Une analyse d’Emmanuelle Latraverse

La salle semblait trop grande, les quelque 400 militants conservateurs étant loin d’être entassés. Pourtant, il régnait une certaine trépidation dans la vaste salle du Centre des congrès de Québec.

Les militants venus écouter leurs 13 candidats à la direction du parti retenaient leur souffle. Certains étaient même un peu inquiets. Ce parti qu’ils portent à bout de bras serait-il humilié par le piètre français de ceux qui aspirent à le diriger?

Au terme de deux heures de courts discours souvent préparés et de quelques échanges un peu plus vivants, ils ont collectivement poussé un soupir de soulagement. On aurait cru entendre un « ouf! » généralisé dans la salle.

L’unique débat en français de la course à la direction du Parti conservateur n’a pas dégénéré en une cacophonie incompréhensible et indigeste, tel que plusieurs l’avaient appréhendé.

Mais l’exercice aura tout autant montré l’ampleur du défi auquel ces candidats sont confrontés. Leur bilinguisme semble davantage être un bilinguisme de circonstances.

Il demeure ironique que ces candidats, dont plusieurs étaient ministres et secrétaires parlementaires, aient tous voté pour une loi obligeant les agents du Parlement à être bilingues.

Pourtant, ils semblent avoir jugé que le standard qu’ils imposaient ainsi aux serviteurs de l’État ne s’appliquait pas à eux... du moins jusqu’à ce que leur ambition les mène au coeur de la course à la direction de leur parti.

Du folklore aux réponses toutes faites

Deux heures et 11 anglophones : le débat allait offrir son lot de surprises.

À cet effet, la médaille reviendra certainement à Deepak Obhrai. Celui qui se vante d’être le doyen du caucus conservateur aura certainement démontré à quel point il n’a fait aucun effort pour apprendre, ou même apprivoiser, le français au cours de ses 20 ans à Ottawa. On imagine déjà le clip d’Infoman.

Certes, certains que la majorité des militants connaissaient peu ou pas du tout, comme l’ancien ministre Chris Alexander, l’ex-ministre Michael Chong (celui qui avait démissionné en s’opposant à la reconnaissance de la nation québécoise), l’ancien président des Communes Andrew Scheer ou l’homme d’affaires Kevin Petersen, ont impressionné la foule en affichant une capacité relative à improviser.

Le problème, c’est que les mentions honorables que récolteront les Lisa Raitt, Erin O’Toole, Pierre Lemieux, Andrew Saxton, Kellie Leitch et Brad Trost masqueront inévitablement une faiblesse incontournable.

Il fallait les voir feuilleter leurs cartables remplis de fiches thématiques dès qu’une question était posée, à la recherche de la réponse toute faite préparée par leur équipe.

Aucun débat possible ici. Pendant que les uns répondaient, les autres répétaient silencieusement leur réponse. Une valse permise par le format du débat à 13 où chacun répondait tour à tour à une question du public et où chacun n’avait que deux occasions de réclamer un droit de réponse. Disons que la marge d’improvisation était plutôt limitée...

Le résultat : un débat riche en phrases creuses.

Comment résoudre la crise sur les réserves autochtones? Kellie Leitch nous a appris que certains chefs autochtones se comportent comme des élites, Pierre Lemieux a vanté l’importance de la famille comme fondement de la société.

Comment aborder la présidence Trump? Encore là, Kellie Leitch nous a révélé qu’il faut que le premier ministre du Canada trouve un terrain d’entente avec la Maison-Blanche. Pour résoudre le conflit du bois d’oeuvre, Chris Alexander a plaidé qu’il faut convaincre Donald Trump des avantages mutuels des deux pays dans ce dossier.

Les débats sur la gestion de l’offre que Maxime Bernier propose d’abolir et sur le resserrement de l’immigration autour des valeurs canadiennes que prône Kellie Leitch auront au moins permis de définir certaines lignes de faille. Deux enjeux polarisants qui isolent chacun à leur façon leurs champions respectifs.

Et le Québec?

À Québec, au Québec, la question allait être posée : comment augmenter les appuis du parti conservateur dans la province à l’ère Trudeau? Question stratégique et importante s’il en est une.

Pour Stephen Blaney, la réponse était toute simple : « Ben c’est simple, on élit un chef du Québec! »

Maxime Bernier n’aura guère beaucoup plus précisé sa pensée, plaidant que le Parti conservateur a besoin d’un chef bilingue puisqu’une centaine de comtés au pays ont une majorité francophone.

Andrew Saxton nous a appris qu’il « ne veut pas être premier ministre pour faire tourner un ballon sur [son] nez ».

Et voilà. Ne pas faire comme Justin Trudeau, baisser les impôts, créer des emplois, être à l’écoute des Québécois et même venir passer quelques semaines au Québec l’été!

Le facteur O’Leary

Il y avait bien sûr un absent sur la scène. Kevin O’Leary, le riche homme d’affaires, vedette des téléréalités Dragon’s Den et Shark Tank (version canadienne et américaine des Dragons).

Celui que plusieurs comparent déjà à Donald Trump n’a jamais caché qu’il ne parle pas français. Bien qu’il ait depuis tempéré ses propos, il a même déjà déclaré que le bilinguisme n’était pas nécessaire pour devenir chef du Parti conservateur puisqu’étant né à Pointe-Claire, « son ADN est au Québec ».

C’est sans surprise donc qu’il a choisi de lancer sa campagne au lendemain du débat. Tout pour s’éviter d’échouer à un test qui aurait miné sa campagne dès le début.

Il était pourtant bien présent. À voir le zèle avec lequel certains candidats ont tenté de communiquer en français depuis le débat de Moncton, difficile de ne pas conclure que l’arrivée prochaine de cette vedette aussi unilingue qu’imprévisible n’a pas joué en faveur de leur intérêt soudain pour la langue de Molière.

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