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Début de l'enquête publique sur l'affaire Wettlaufer

L'enquête publique indépendante sur la sécurité des résidents des foyers de longue durée de l'Ontario débute aujourd'hui à St. Thomas, dans le sud-ouest de la province.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Cette enquête a été créée dans la foulée de l'affaire Wettlaufer. L'ancienne infirmière Elizabeth Wettlaufer a été condamnée en juin 2017 à la prison à vie pour le meurtre de 8 de ses anciens patients dans des résidences du sud-ouest de l'Ontario de 2007 à 2016.

Le gouvernement Wynne avait décidé à l'été 2017 de créer une enquête publique pour comprendre comment une infirmière a pu tuer en toute impunité des résidents dans des centres de soins de longue durée de la province et une résidence privée. L'âge des victimes variait de 75 à 96 ans.

Les audiences seront présidées par Eileen Gillese, qui a retenu en janvier 17 groupes et particuliers parmi une cinquantaine de demandeurs qui avaient soumis une requête pour avoir le statut d'être représentés dans cette enquête publique.

L'une des survivantes de la meurtrière, Beverley Bertram, a obtenu un statut de représentation. Son témoignage sera crucial, parce qu'elle a été témoin des actions et des paroles de Wettlaufer lorsqu'elle préparait des injections d'insuline dans la résidence privée du comté d'Oxford, où la sexagénaire résidait.

Au moins trois familles des victimes moins chanceuses de Wettlaufer seront également représentées dans cette enquête. Leur avocat Alex van Kralingen dirigera les interrogatoires en leur nom. « Nous connaissons déjà les détails de la confession de l'ancienne infirmière aux autorités, mais nous voulons savoir comment elle a pu agir durant une si longue période sans que ses différents employeurs ne se rendent compte de rien. »

Les centres de soins où travaillait Mme Wettlaufer, Caressant Care, de Woodstock, et Meadow Park, de London, ont également été acceptés comme parties dans cette affaire. Sept des huit victimes de l'ancienne infirmière résidaient dans l'établissement de Woodstock. Les administrateurs de Caressant Care seront d'ailleurs les premiers appelés à la barre des témoins mercredi.

Étudier les lacunes dans l'ensemble du réseau de la santé

Des ordres professionnels et des associations professionnelles d'infirmières, ainsi que des associations de centres de soins de longue durée et des groupes de défense d'aînés ont également été sélectionnés. L'Association des résidences de soins de longue durée de l'Ontario a refusé de nous accorder une entrevue.

Le groupe CARP, qui défend les personnes âgées et retraitées au pays, n'a pas demandé à être entendu lors de ces audiences, mais il compte bien les suivre à la lettre. Sa présidente nationale en matière de droit, de politiques et de recherches, Laura Tamblyn-Watts, pense que cette enquête publique est l'occasion de relever les failles qui existent dans le système de soins de longue durée en Ontario et au Canada. « Au-delà des meurtres horribles qui ont été commis dans ces foyers, la négligence à l'endroit des résidents, le manque de personnel et la qualité des soins constituent des problèmes récurrents majeurs en Ontario et dans le reste du pays. »

Mme Tamblyn-Watts rappelle que Mme Wettlaufer a également travaillé dans des résidences privées et qu'on ne connaît donc pas l'étendue des dommages qu'elle a créés dans la communauté. « Il est donc important d'étudier les lacunes dans le système, mais aussi dans l'ensemble du réseau de la santé, y compris le logement. »

Me Van Kralingen espère que les audiences permettront de modifier la loi provinciale sur les soins de longue durée et les règlements qui encadrent la profession d'infirmière pour éviter que pareille tragédie ne se reproduise en Ontario.

De son côté, l’Association des infirmières autorisées de l’Ontario, qui a reçu le statut de partie, espère que cette enquête permettra d'offrir des soins de qualité aux aînés de la province pour qu’ils puissent vieillir en sécurité et dans la dignité. Elle souligne qu’elle compte en outre faire connaître la pénurie d’infirmières à laquelle ces foyers sont confrontés au quotidien et le mode de financement de ces établissements qu’elle qualifie d’archaïque.

Le groupe CARP espère pour sa part que le rapport de la commissaire Gillese ne sera pas tabletté. « Nous ferons pression sur la province pour qu'elle mette en place les recommandations pour s'assurer du bien-être de nos aînés », conclut Mme Tamblyn-Watts.

Les audiences devraient durer neuf semaines. Le rapport de la commissaire Gillese est attendu à l'été 2019.

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