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Décapitation dans un autocar : Vince Li retrouve sa pleine liberté

La Commission d'examen du Code criminel du Manitoba a accepté la demande d'absolution inconditionnelle déposée par l'avocat de Vince Li, l'homme jugé non criminellement responsable d'avoir poignardé et décapité Tim McLean dans un autocar Greyhound en juillet 2008.

Vince Li, atteint de schizophrénie, vit déjà dans la collectivité sous un nouveau nom et a été libéré sous conditions l'an dernier.

M. Li souffrait d’une schizophrénie non soignée lorsqu’il a poignardé, décapité et partiellement mangé le jeune homme de 22 ans.

La mère de Tim McLean, Carol de Delley, connue pour ses critiques véhémentes contre les lois canadiennes de non-responsabilité criminelle, a toujours soutenu que Vince Li devrait rester en détention à perpétuité.

À la suite de la décision de la Commission d’examen, vendredi, Mme de Delley a publié un message sur sa page Facebook disant qu’elle ne ferait aucun commentaire sur l’absolution inconditionnelle de l’homme qui a tué son fils.

Je n’ai aucun commentaire à faire aujourd’hui. Je n’ai plus de mots.

Carol de Delley, mère de Tim McLean

Vince Li a été déclaré non criminellement responsable de ses gestes en 2009 et a été interné au Centre de santé mentale de Selkirk, ville située au nord-est de Winnipeg. Il a ensuite poursuivi ses traitements dans l’aile psychiatrique du Centre des sciences de la santé, dans la capitale manitobaine.

En 2015, M. Li a été transféré dans un foyer de groupe à Winnipeg, et l’année dernière, l’homme a été libéré selon certaines conditions qui prévoyaient qu'il prenne ses médicaments sous surveillance, que son adresse soit communiquée à l'équipe médicale qui le suit et qu'il n'ait aucun contact avec la famille de la victime.

Après avoir écouté les témoignages de plusieurs professionnels de la santé mentale, la Commission d’examen a décidé que « le poids de la preuve n’appuyait pas l’inférence que [Vince Li] présente une menace importante pour la sécurité du public ».

Maintenir ses liens avec les médecins

Le directeur général de la Société canadienne de la schizophrénie, Chris Summerville, a travaillé avec Vince Li pendant environ huit ans et se dit confiant que l’homme gérera efficacement sa maladie.

Nous avons vu, et moi, personnellement, j’ai vu, en tête-à-tête, de personne à personne, de coeur à cœur, sa capacité de récupérer.

Chris Summerville, directeur général, Société canadienne de la schizophrénie

M. Li a déjà exprimé le souhait de « maintenir ses liens » avec les médecins et les organisations de santé mentale qui l’ont aidé, confirme le directeur général.

M. Summerville croit que la convalescence, la réhabilitation et la rédemption sont possibles pour les personnes atteintes de schizophrénie.

« Je sais que c’est un concept difficile, et je comprends qu’il y a des millions de Canadiens qui vont lire ce reportage et qui ne seront pas d’accord, et que certains auront peur », sympathise-t-il.

« Je fais de mon mieux, et les sociétés de schizophrénie à travers le Canada font de leur mieux, pour sensibiliser le public, pour montrer que les gens atteints de cette maladie peuvent gérer et bien vivre avec la schizophrénie, être des citoyens responsables avec une conscience morale, tout en suivant leur plan de traitement, explique Chris Summerville. J’en vois des exemples tous les jours. »

La crainte des rechutes

L’ancien agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et psychologue médicolégal Matt Logan croit que la libération inconditionnelle de Vince Li n’est pas dans l’intérêt public. Le médecin aurait préféré que la Commission d’examen impose des conditions en vertu desquelles Vince Li devrait continuer son suivi auprès de professionnels de la santé mentale.

Bien qu’il n’ait jamais travaillé avec M. Li, M. Logan indique que, souvent, les patients vont faire de réels progrès dans un environnement accueillant et bien structuré, mais ont des difficultés à s’adapter à la « vraie » vie.

Je m’inquiète d’une rechute, d’une récidive. J’ai peur qu’il manque de connaissance de soi, et qu’il arrête de prendre ses médicaments.

Matt Logan, psychologue médicolégal

« La désinstitutionnalisation des personnes atteintes d’une maladie mentale et leur installation dans la société avec le système de justice comme seul suivi… je pense que nous en avons encore à discuter comme société », conclut-il.

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